Joe Sacco unit journalisme et BD dans "Reportages"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 25/01/2012 à 15H19
Joe Sacco

Joe Sacco

© Jea Sacco / Futuropolis

Ses ouvrages apparaissent comme nécessaires, évidents. Voici donc une bonne nouvelle : Joe Sacco propose un nouveau livre au rayon bandes dessinées, "Reportages", aux éditions Futuropolis. Il y livre quelques unes de ses récentes enquêtes à travers le monde.

 

Joe Sacco

Joe Sacco

© Joe Sacco / Futuropolis

 

Leçon

Chaque bande dessinée de Joe Sacco est une gifle. Il y apporte la preuve que le mariage de la BD et du journalisme peut donner le meilleur. Que l'artiste ne surpasse pas le reporter, et vice versa : ils s'alimentent. Le troisième fondement de cette oeuvre unique est l'humilité : Joe Sacco prend le temps d'enquêter, interroge longuement les gens, ne se met en scène que pour servir le récit, accepte le parti pris pour mieux changer d'avis si nécessaire, doute toujours.

Dans "Reportages", nous voici embarqués sur le terrain, en Palestine, en Irak, en Inde, en Ingouchie ou à Malte. Ce sont des textes et des images parus dans les plus prestigieuses revues américaines, seuls, ou accompagnant les travaux d'autres journalistes. On y retrouve les questionnements habituels de Sacco : sur l'inhumanité de la guerre, l'intolérance, les errements diplomatiques et leurs conséquences concrètes sur les peuples, la force injuste des puissants sur les pauvres... Le reporter aime les personnes anonymes, simples, et leur laisse longtemps la parole, qu'ils aient fuient la Tchétchénie ou qu'ils souhaitent rejoindre l'armée irakienne. Souvent, il s'assied avec les personnes qu'il interviewe, et semble littéralement les "accoucher" de tel ou tel traumatisme, souvenir.

 

Joe Sacco

Joe Sacco

© Joe Sacco / Futuropolis

 

Un mariage improbable

C'est ainsi qu'a commencé le parcours de Joe Sacco. Des études de journalisme, une passion pour la bande dessinée, et un choix étrange pour les autres : concilier les deux. Déjà, il refuse d'écouter le plus grand nombre, ne se fie qu'à ce qu'il voit. Un premier projet sur la guerre du Vietnam n'aboutit pas. C'est au Proche-Orient qu'il initiera son genre. Estimant que les médias sont trop partiaux sur la question israélo-palestinienne, il part en juger par lui-même, et s'attarde dans les Territoires Palestiniens. Cela donnera un ouvrage fondateur : "Palestine, une nation occupée". Plus tard, Joe Sacco se rend en Bosnie Herzégovine, pendant et après la guerre, et illustre des récits mieux que n'importe quelle reconstitution ou images d'archives.

Récemment, le journaliste et auteur de bande dessinée a franchi un nouveau cap sous le titre "Gaza 1956, en marge de l'histoire" (Dargaud, 2010). Ici, la bande dessinée devient documentaire. Le travail de Joe Sacco dure six longues années, avec un seul objectif : raconter avec le plus de justesse possible un massacre oublié des Israéliens sur la population de Gaza. L'ouvrage, lourd de 400 pages, est une fascinante enquête dans la mémoire des survivants, entre vérité et  faux souvenirs, plaies mélées de différents moments d'histoire, déni, imconpréhension face à cette fouille dans le passé quand le présent est si sanglant.

 

Joe Sacco

Joe Sacco

© Joe Sacco / Futuropolis

 

Donner la parole

Ici, dans "Reportages", Joe Sacco compile certaines de ses enquêtes de terrain, pour en faire un ensemble représentatif de ce qu'il fait habituellement. Il livre aussi à la fin de chaque histoire une critique de son propre travail, et le contexte dans lequel il a livré le reportage. Ces coulisses apportent un éclairage neuf sur le regard que portent les médias traditionnels sur la bande dessinée (pas toujours bon...), et sur la place qui lui est accordée. Les enquêtes en elle-même sont d'autant plus fortes que le dessin est d'un très grand niveau. C'est lui qui donne le ton, l'ambiance.

Pour présenter ce nouvel ouvrage, Joe Sacco dit : "Je me soucie surtout de ceux qui ont rarement l'occasion d'être entendus, et ne crois pas qu'il m'incombe  de contrebalancer leurs voix  avec les excuses bien ourdies des puissants. Ces derniers sont souvent excellement bien servis par les médias traditionnels et les organes de propagande. Les puissants doivent être cités, c'est vrai, mais afin de mesurer leurs assertions contre la vérité, non pour obscurcir celle-ci."...