Le 26 septembre 1940, Walter Benjamin se suicide à Port-Bou, devant la frontière espagnole. Quarante ans plus tard, le 2 août 1980, un attentat à la gare de Bologne fait quatre-vingt-cinq morts et plus de deux cents blessés. Après quinze ans d’enquête, les responsables sont identifiés : il s’agit de militants néofascistes, d’officiers du renseignement militaire et de Licio Gelli, le dirigeant de la loge P2. Dans un bar au bord du lac Léman, deux jeunes néofascistes se réjouissent du massacre de Bologne, rêvant d’en avoir été les auteurs. En 1924, en Italie, Benjamin assiste aux premières parades de Benito Mussolini. Il pressent ce qu’il va advenir de l’Europe. En 1933, il quitte Berlin, sa ville natale, pour une longue errance, d’abord à Ibiza, puis en France, en Italie, au Danemark. À Paris, il est abasourdi par la lecture de Bagatelles pour un massacre, le pamphlet le plus violemment antisémite de Céline que la critique juge alors comme une « blague ». Benjamin s’interroge sur l’avenir du roman, sur l’Histoire, sur l’avènement de la culture de masse, mais aussi sur le voyage, qu’il accomplit par la force des choses. Il va surtout, de manière surprenante et détournée, s’opposer à sa famille, au judaïsme, au marxisme – dont il épouse en partie la cause. Ce premier tome du Manifeste incertain se propose d’évoquer à la fois le destin de Walter Benjamin dans l’Europe en crise, celui de deux jeunes néofascistes à la fin des années quatre- vingt et différentes figures de l’art moderne – Bram van Velde, Samuel Beckett, Edward Hopper –, comme des contrepoints au récit. Roman anti-romanesque, méditation sur le roman, roman fragmenté, écrit et dessiné, le Rêveur abîmé dans le paysage est conçu comme un voyage dans la beauté, la fureur, la bêtise, les illusions et le désenchantement.

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