368 p. - 17,90 €

« Nous avons montré nos culs.
Nous avons trouvé que c’était un excellent métier, meilleur que tous ceux qu’on nous avait recommandés.
Nous avons vu quantité de corps, ceux des hommes et les nôtres, face à face dans l’espace feutré d’un sex-show. C’était très instructif, et pas seulement du point de vue anatomique : surgissaient des questions morales, sentimentales, politiques et même métaphysiques. Des questions sérieuses, en somme – plus sérieuses que nous.
Qui, nous ? Quelques strip-teaseuses réunies là, témoins des jours fastes ou médiocres d’une fabrique d’hétérosexualité de pacotille, fête foraine sexuelle ouverte de midi à minuit et regorgeant de corps et de pensées à décortiquer.
 »

À l’origine d’À L'Œil Nu il y a un double désir : rendre compte d’une expérience et d’un ensemble d’observations, d’un côté, et de l’autre construire un monde, aussi petit soit-il, qui n’existe nulle part ailleurs que dans un livre (le « théâtre de papier » dont parle l’un des personnages).
Le texte s’appuie sur une expérience réelle. Un grand nombre de gens ont une opinion sur les métiers du sexe sans en avoir jamais exercé un seul : Alice Roland a donc eu, d’une part, envie d’opposer une réponse à ces préjugés. D’autre part il lui a semblé plus juste d’écrire sur ce qu’elle connaissait, c’est-à-dire de partir de sensations et de pensées en situation.
Pourtant, malgré ce point de départ indispensable, À L'Œil Nu est tout sauf un témoignage. En ce sens, son sujet – le travail du sexe, le strip-tease ici – aura été une préparation à l’écriture car il constitue une porte d’entrée dans le monde, une occasion de se poser des questions sur les désirs et les normes, et il est en cela une expérience existentielle assez forte pour justifier l’écriture d’un livre.
Alice Roland rend fictionnel un matériau autobiographique, constitué de plus de pensées que d’événements. Elle y parvient par le moyen d’une succession de récits disparates qui reconstitue le petit monde clos sur lui-même d’un sex-show comme À L'Œil Nu (c’est le nom de l’établissement qui donne son titre au livre). Plusieurs narratrices y évoquent à la première personne les multiples aspects du métier, sans toutefois construire à proprement parler une histoire, avec un début, un milieu et une fin, qui aurait sonné aussi faux qu’une écriture à la troisième personne. Chaque personnage (c'est-à-dire : chaque voix) est donc avant tout un angle de pensée, un périmètre défini à l’intérieur de la profusion d’impressions et de découvertes que peut constituer le travail du sexe.
Autre aspect de cette méthode : on y ressent la collectivité que forment les personnages : le lieu (le sex-show) et le groupe (de strip-teaseuses) sont les héros d’À L'Œil Nu

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