"Comme une bête", la boucherie littéraire de Joy Sorman

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 28/09/2012 à 11H49
Joy Sorman

Joy Sorman

© GRAD/JDD/SIPA

Ce livre, vous allez l'adorer. Ou le détester. Ou, peut-être même, lui trouver de grandes qualités et de gros défauts. Mais une chose est sûre, vous ne l'oublierez jamais !

Comment a-t-elle pu ? On regarde Joy Sorman, jeune femme très classe au petit sourire malicieux, et on lui demande, comme tout le monde en ce moment : pourquoi avoir choisi de vous plonger dans cette histoire de chair et de sang ? Elle nous parle d'un fait divers, découvert dans un journal breton, une affaire de drogue et de viande... Mais on n'est pas vraiment convaincu. Les raisons pour lesquelles Joy Sorman a choisi de s'immerger totalement dans le monde de la viande restent assez opaques, et ca n'est pas plus mal, finalement...

Il est question ici d'un ado, Pim. Un grand échalas qui cherche sa voie. Et va la trouver, dans un centre de formation des apprentis aux métiers de la viande. Il ne savait pas quoi faire de sa vie, il deviendra boucher et tout s'éclaire. Avec Pim, on découvre donc tout l'univers de l'artisan, la découpe, la chambre-froide, le rapport physique à l'animal-mort. Puis l'abattoir et ses rites, son horreur permanente mais aussi ses gestes étudiés, et des éclairs d'humanité dans la sauvagerie.

Mieux qu'un "Que Sais-Je" spécial boucherie, nous voilà incroyablement informés de tout. Jusqu'à l'écoeurement, pourront trouver certains. C'est violent, superbement maîtrisé. Ambigu à souhait, à l'image de ce personnage central, Pim, notre guide halluciné dans ce monde de la viande. Qui caresse ses maîtresses en expert, avec ses "pognes qui manipulent du mort", et s'est fait tatouer une côte de boeuf sur l'omoplate.

Joy Sorman raconte que son livre, si dur soit-il, n'est pas un manifeste végétarien. Et que dans ses rencontres avec les lecteurs, elle n'a jamais eu le sentiment d'encourager les conversions. Les anti-viande le restent, les carnivores aussi. "Comme une bête" ne s'embarrasse pas de tabous et secoue son lecteur. Toutes ses images nous accompagneront longtemps. 

"Comme une bête" de Joy Sorman (Gallimard)
165 pages - 16,50 euros