Prix Femina 2013 : trois événements dans un nouveau décor

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 08/11/2013 à 09H35, publié le 06/11/2013 à 17H36
Benoîte Groult prend sa retraite du Femina, ici avec  Richard Ford, lauréat du Femina étranger pour "Canada" (L'Olivier)

Benoîte Groult prend sa retraite du Femina, ici avec  Richard Ford, lauréat du Femina étranger pour "Canada" (L'Olivier)

© xavier de torres/MAXPPP

Le prix Femina a été annoncé par sa présidente Diane de Margerie dans un nouveau décor. Du Crillon à l'hôtel Meurice, l'ambiance feutrée d'un grand hôtel parisien n'a pas empêché les dames du Femina de récompenser un âpre roman sur la traite négrière, "La saison de l'ombre" (Grasset), de Leonora Miano, romancière camerounaise, premier des trois évènements notables de ce Femina 2013.

Premier évènement : le Femina récompense le roman d'une camerounaise
Dès l'arrivée de Leonora Miano, les questions fusent : "Le Femina pour une romancière noire, c'est symbolique?" "Que pensez-vous des insultes proférées contre Taubira?" La romancière, qui se définit comme "une artiste activiste" ne se dérobe pas. "Je parle du racisme vécu en France par les personnes noires. J'ai écrit un texte pour le théâtre dans ce sens, et j'assume. J'aurais aimé que d'autres que nous réagissent aux propos insultants adressés à Christiane Taubira. Elle est le troisième personnage de l'Etat. J'aurais aimé entendre réagir le président de la République, et j'aurais aimé une sanction". Si elle admet que son œuvre est politique, et qu'elle veut bien voir son prix aujourd'hui érigé en symbole, Leonora Miano espère que son oeuvre est aussi "un projet esthétique".
Leonora Miano, lauréate du Femina 2013

Leonora Miano, lauréate du Femina 2013

© Laurence Houot / Culturebox
La romancière n'est pas contredite par les dames du jury. "Leonora est une romancière qui a eu, qui a et qui aura une vraie œuvre. On peut parfois récompenser un éclair mais avec Leonora Miato, on est certaines de couronner la solidité d'une œuvre", souligne  Danièle Sallenave. "C'est une romancière qui a du souffle. Son livre sera peut-être jugé difficile à lire au début, mais c'est un grand livre poétique, magnifique" ajoute Diane de Margerie. Fin du premier évènement.

Deuxième évènement : Richard Ford est là
L'écrivain américain a parcouru quelques milliers de miles pour arriver jusqu'ici. "Je ne suis pas ébloui" affirme-t-il a son arrivée. Il ne parle pas de son prix, mais des flashes des photographes. Regard bleu d'acier et allure à la Clint Eastwood, ce grand écrivain se dit "très honoré" de recevoir le Femina. "C'est très important d'avoir des lecteurs en France", ajoute-t-il avant de demander à son épouse de le rejoindre pour les photos.
Richard Ford, lauréat du Femina étranger 2013

Richard Ford, lauréat du Femina étranger 2013

© Laurence Houot / Culturebox
Richard Ford voit couronné par le jury du Femina ("C'est un Dieu", nous dit Danièle Sallenave) son huitième livre, un très beau roman sur la vie, ce qu'elle nous donne et ce que nous en faisons, qui questionne sur le bonheur avec une infinie finesse.

Troisième événement : Benoite Groult prend sa retraite
Elle prend la parole juste après la proclamation des résultats. Petit bout de femme élégante au regard toujours vif : "Je démissionne" annonce-t-elle. "Je lis moins et je n'habite plus à Paris…". A 93 ans, Benoîte Groult prend sa retraite, après 19 années de bons et loyaux services".
Benoîte Groult annonce qu'elle prend sa retraite du Femina

Benoîte Groult annonce qu'elle prend sa retraite du Femina

© Laurence Houot / Culturebox
L'écrivain, militante et féministe, confie plus tard qu'elle n'arrêtera pas d'écrire, et que sa vie est encore pleine de premières fois "J'expérimente un nouveau genre littéraire à 93 ans", déclare-t-elle sourire en coin. Une BD "Ainsi soit Benoîte Groult" de Catel lui est consacrée. "Un genre que je regardais de haut et que je croyais être réservé aux jeunes garçons. Je ne suis pourtant ni l'un ni l'autre", ajoute-t-elle. "Je vais regretter quelques amies ici tout de même" conclut-elle. Mona Ozouf passe par là "Elle va nous manquer!", murmure-t-elle, émue.