"Traumatisé" par 2003, "Le Mans fait son cirque" est en partie reporté

Par @Culturebox
Publié le 27/06/2014 à 16H01
Alain Taillard, directeur artistique de "Le Mans fait son cirque"

Alain Taillard, directeur artistique de "Le Mans fait son cirque"

© OLIVIER BLIN/ MAXPPP

"Traumatisée" par l'annulation à la dernière minute de son Festival du cirque en 2003 en raison du mouvement des intermittents, la ville du Mans a décidé de reporter partiellement l'édition prévue ce week-end, illustrant le dilemme dans lequel sont plongées les collectivités locales.

Au Mans, la grève des intermittents de 2003 a laissé des traces. Le Mans fait son cirque avait dû être annulé, du coup,  la ville a décidé de reporter une partie des festivités à fin août début septembre. La grande aire engazonnée des bords de l'Huisne qui, loin des projecteurs d'Avignon, devait accueillir quatre chapiteaux et une centaine de représentations du 26 au 29 juin, et réunir quelque 20.000 personnes dans le quartier dit sensible des Sablons, reste ce week-end le domaine des joggeurs et des pique-niqueurs.

"Il y a beaucoup de tristesse que les choses ne se fassent pas. C'est un festival proche de la population, qui rayonne largement sur toute l'agglomération mancelle", relève son directeur, Alain Taillard. Mais il était devenu "techniquement impossible" d'assurer la tenue de la manifestation, qui nécessite d'importantes infrastructures et emploie une quarantaine d'intermittents, relève-t-il.

Prise dès le 19 juin par le maire Jean-Claude Boulard (PS), qui a lancé le festival en 2001, la décision de "reporter" un volet des festivités est totalement assumée par l'élu. "En 2003, les compagnies s'étaient déplacées mais il n'y avait pas eu de spectacle et la ville a tout payé (500.000 euros, ndlr). Les contribuables ont tout payé et n'ont rien vu. Ce n'est plus possible dans le contexte budgétaire contraint qui est le nôtre aujourd'hui", indique M. Boulard à l'AFP.

La CGT contrariée

Un parti pris vivement critiqué par la CGT, qui a accusé dans un communiqué la municipalité de vouloir "la mort des festivals" et de "remettre en cause le droit de grève", alors que plusieurs autres festivals, à Avignon, Montpellier et Orléans notamment, ont été maintenus malgré les risques de perturbations.

"Je suis en devoir d'éviter d'engager les finances de la collectivité quand il y a un grand risque d'annulation", rétorque M. Boulard, soulignant que les spectacles, qui engagent une vingtaine de compagnies, étaient simplement "reportés" au second semestre. "Les compagnies nous ont dit qu'elle voulaient jouer mais qu'elles ne pouvaient pas se désolidariser du mouvement. Ce report leur permet de conserver leur plan de charge, et d'offrir tout de même, plus tard, les spectacles à la population", estime M. Taillard.

La grande parade maintenue

"L'annulation de 2003 a représenté un véritable traumatisme pour la ville. On ne voulait pas revivre la même chose, et on ne pouvait pas se le permettre financièrement", confie, sous le couvert de l'anonymat, une autre source proche de la municipalité. La CGT-spectacle a prévenu que "la lutte continuait", après le feu vert jeudi du gouvernement à la nouvelle convention d'assurance chômage qui entrera en vigueur le 1er juillet.

Elle rallonge le délai de carence entre la fin des périodes travaillées et le versement des allocations pour les intermittents, même si l'Etat a promis un dispositif compensatoire. "Notre festival était particulièrement exposé car, manque de chance, il était pris en tenaille entre la date de l'agrément et le début d'Avignon", relève M. Boulard.

La ville entend cependant maintenir le second volet de son Festival du cirque : la "grande parade" longue de 1,5 km, fédérant une trentaine d'associations de quartiers et réunissant 2.000 participants, qui doit défiler samedi soir devant quelque 40.000 personnes dans le centre-ville. "Tous les contrats ont été signés", a indiqué le maire, rappelant toutefois qu'en 2003, cette parade avait dû elle aussi être annulée à la dernière minute.