Olivier Py : "Il y aura grève et probablement annulation du Festival d'Avignon"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/06/2014 à 14H00
Le palais des Papes d'Avignon

Le palais des Papes d'Avignon

© Amantini Ana / AFP

Les intermittents du Festival "in" d'Avignon ont annoncé mercredi qu'ils pourraient faire grève si la nouvelle convention d'assurance chômage était confirmée, et ils ont dénoncé un "protocole d'accord inacceptable (…) affaiblissant toutes les catégories de travailleurs précaires". Une menace prise au sérieux par Olivier Py, le directeur du festival. Le "off" affirme vouloir jouer.

"Si l'Etat devait agréer l'accord du 22 mars, nous nous réservons la possibilité d'appliquer notre droit de grève dès le 4 juillet et le gouvernement en assumera les conséquences", préviennent dans un communiqué les intermittents du "in" d'Avignon, dont la 68e édition doit se tenir du 4 au 27 juillet. Ils ajoutent : "Nous, personnel du festival in d'Avignon, artistes, régisseurs généraux, régisseurs et techniciens, affirmons notre solidarité avec le personnel en grève, dans toute la France."
 
Les intermittents demandent que le ministre du Travail ne donne pas son agrément
Les intermittents du "in", qui ont demandé à la direction du festival de transmettre leur communiqué, "exigent le non-agrément" de l'accord par le ministre du Travail, "comme l'ont déjà demandé de nombreux (parlementaires) de la majorité gouvernementale".
 
"Nous soutenons les propositions du comité de suivi et demandons à ce qu'elles soient entendues par les partenaires sociaux au cours de nouvelles négociations (...) La nomination du médiateur, Jean-Patrick Gille, ouvertement d'accord avec l'agrément, n'est pas recevable. Cela ne nous fera en aucun cas reculer dans notre combat", ajoutent-ils, dénonçant "une rupture avec les positions soutenues par le parti socialiste concernant les enjeux de la culture dans notre société et notre quotidien". Et ils assènent qu'il n'y a "pas de culture sans droits sociaux".

Le directeur du festival d'Avignon, Olivier Py, a réagi mercredi sur Europe 1 : "Si cet accord (sur les nouvelles règles d'indemnisation, ndlr) est signé, il y aura grève et probablement annulation. Il n'y a absolument aucun doute là-dessus."

L'interview d'Olivier Py
Une trentaine de structures et manifestations (compagnies, festivals, tournages...) se sont déjà mises en grève ou ont été perturbées depuis une semaine par le mouvement des intermittents, selon un décompte de la CGT-Spectacle.

La direction du OFF fera tout pour que le festival ait lieu
Dans un communiqué daté de jeudi 12 juin, tout en se disant soliddaire, l'association qui accompagne le festival OFF s'engage "à poursuivre toutes les actions entreprises pour la bonne marche du OFF 2014". Elle affirme "que les services de l'association resteront ouverts pendant toute la durée du festival pour le public" et rappelle qu'en 2003, année de l'annulation du Festival IN, 87,4% des compagtnies présentes dans le OFF ont joué pendant tout le festival.

La concertation avancée au début de l'été
La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a annoncé mardi que la concertation tripartite entre l'Etat et les partenaires sociaux, prévue cet automne, serait avancée "au début de l'été". Répondant à une question du député Front de Gauche Patrice Carvalho, elle assuré que le gouvernement avait "entendu les inquiétudes" exprimées  par des parlementaires et le monde du spectacle sur le dossier des  intermittents.
 
Le médiateur nommé ce week-end par le gouvernement, le député socialiste Jean-Patrick Gille, "aura la lourde tâche d'évaluer les effets de l'accord du 22 mars, de faire des propositions pour résoudre les difficultés éventuellement posées par cet accord, de trouver les moyens pour organiser la concertation tripartite entre l'Etat et les partenaires sociaux", a-t-elle détaillé.

La pression s'accroît
Producteurs de spectacle, directeurs de festivals et intermittents ont accentué la pression mercredi pour demander au  gouvernement de ne pas agréer la convention d'assurance-chômage avant la saison des festivals. La CGT-Spectacle a annoncé une nouvelle journée d'action le lundi 16 juin, avec un rassemblement à partir de 14h30 place du Palais-Royal à Paris, à deux pas du ministère de la Culture, et appelle à amplifier les débrayages ce jour-là. Le syndicat affirme espérer être entendu et ne pas souhaiter bloquer les festivals.
 
Vingt festivals de musiques actuelles, dont des poids-lourds comme les Vieilles Charrues et les Eurockéennes de Belfort, ont réclamé la "suspension" des mesures d'économies concernant les intermittents du  spectacle.
 
Du côté des producteurs, le Profedim (Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles et diffuseurs indépendants de musique) affirme : "Nous ne voulons et nous ne pouvons revivre 2003." Et le Prodiss, qui rassemble 300 producteurs de spectacles privés dans les musiques actuelles, demande quant à lui un "moratoire jusqu'au 1er septembre  2014" afin d'"ouvrir dès cet été une concertation sur les moyens de lutter contre la précarité des intermittents du spectacle" et "se félicite" de  l'ouverture d'une médiation.
  
Le mouvement à Toulouse, Angers, Montpellier...
Premier à se mobiliser il y a une semaine, Le Printemps des Comédiens à Montpellier était toujours en grève mercredi et devait décider de la suite du mouvement jeudi. Jane Birkin a affiché son soutien aux intermittents et annulé le spectacle "Gainsbourg, Poète majeur" qu'elle devait proposer le 22 juin au Printemps des Comédiens.

Le mouvement des intermittents, qui s'étend, a empêché la première journée du festival Rio Loco de se tenir à Toulouse, tandis que huit théâtres de la ville ont annoncé qu'ils se mettaient en grève mercredi. Mardi, la soirée d'ouverture du festival d'Anjou a été annulée (mais les spectacles devaient se tenir mercredi).

Un système de "droits rechargeables"
La nouvelle convention d'assurance-chômage contestée instaure un système de "droits rechargeables" mais durcit le régime des intermittents et des cadres. Transcription de l'accord conclu le 22 mars par trois centrales (CFDT, FO, CFTC) et les employeurs (Medef, CGPME, UPA), elle doit entrer en vigueur le 1er juillet après avoir obtenu l'agrément du ministère du Travail.
 
En 2003, un mouvement de grève des intermittents, qui avait déjà débuté à  Montpellier, avait entraîné l'annulation du festival Montpellier Danse. Cette annulation avait fait tache d'huile, avec l'annulation des festivals d'Aix-en-Provence, d'Avignon, des Francofolies et d'une centaine de spectacles du off d'Avignon.