Intermittents : les négociations reprennent, sept théâtres occupés

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/04/2016 à 18H20, publié le 27/04/2016 à 09H09
La Comédie Française occupée par les intermittents (26 avril 2016)

La Comédie Française occupée par les intermittents (26 avril 2016)

© Citizenside / Mannone Cadoret / Citizenside / AFP

Les occupations de théâtres ont gagné les régions : après le TNS de Strasbourg et la Comédie Française et l'Odéon à Paris, quatre autres théâtres, à Bordeaux, Lille, Montpellier et Caen, ont été investis par les intermittents alors que les négociations ont repris mercredi après-midi sur leur régime d'assurance chômage.

La ministre de la Culture Audrey Azoulay a appelé toutes les parties "à la responsabilité" pour que "les partenaires négocient, sans se laisser perturber par des mobilisations qui sont parfois caricaturées et lorsqu'elles empêchent des spectacles ne servent pas la cause qu'elles veulent défendre". "C'est un moment historique parce que pour la première fois, ce sont les partenaires sociaux du secteur du spectacle qui ont la main, qui peuvent négocier un accord qui soit pérenne, durable pour le secteur", a ajouté Audrey Azoulay à la sortie du conseil des ministres.

La ministre du Travail Myriam El Khomri a estimé que les négociations sur le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle qui reprennent ce mercredi devaient "se dérouler dans un climat serein", alors que des représentations ont été annulées mardi soir au Théâtre de l’Odéon occupé ainsi qu’à la Comédie France, investie également par une cinquantaine d’intermittents.

Plusieurs théâtres occupés

A Strasbourg, les intermittents se sont réunis en assemblée générale mardi soir dans une salle du Théâtre national et ont voté une occupation symbolique, sans impact sur les deux représentations qui avaient lieu le soir même.

Même situation à Bordeaux, où le théâtre national Bordeaux-Aquitaine (TnBA) était occupé mercredi, mais sans blocage, les représentations ayant eu lieu normalement mardi. En Normandie, la Comédie de Caen avait mis à disposition des intermittents depuis une semaine un petit théâtre de 250 places, le Théâtre des cordes, où il n'y a pas de spectacle à l'affiche.

A Lille, le Théâtre du Nord était occupé mercredi et un message des intermittents était lu avant chaque représentation. A Montpellier, le centre dramatique national était également occupé mercredi.

Myriam El Khomri souhaite un "climat serein"

"Les partenaires sociaux du spectacle doivent se mettre d'accord de façon apaisée, c'est un élément déterminant. Mais je pense que cette négociation va aboutir. Elle doit se dérouler dans un climat serein", a déclaré la ministre du Travail sur France 2, alors que les négociations reprennent mercredi.
 
"Nous faisons tout pour que ce régime qui est important pour les intermittents, avec cette spécialité culturelle, puisse se développer. Nous sommes très vigilants avec Audrey Azoulay (ministre de la Culture, NDLR) sur ce point-là", a-t-elle assuré.

Mardi soir, une cinquantaine de personnes (intermittents, étudiants et  participants au mouvement Nuit Debout) ont investi la Comédie Française, entraînant l'annulation de la représentation programmée, "Lucrèce Borgia". Un peu plus tôt, c'est celle de "Phèdre(s)" avec Isabelle Huppert qui avait été annulée au Théâtre de l'Odéon, occupé depuis dimanche soir.

A Strasbourg, le TNS occupé

"A l'initiative de plusieurs organisations et de la coordination nationale des intermittents du spectacle, un appel à manifester mardi 26 avril devant l'Odéon et à perturber la représentation de Phèdre(s), a été lancé", a indiqué la direction de l'Odéon pour justifier l'annulation du spectacle, ce que contestent les intermittents. "Nous avons demandé à prendre la parole avant le début de la représentation mais cela nous a été refusé dès la fin de la matinée", ont affirmé à l'AFP les intermittents, assurant n'avoir jamais lancé un appel à perturber la représentation mais simplement à un rassemblement devant le théâtre.

La CGT veut un accord "équilibré"

Après l'échec lundi soir des négociations sur le régime d'assurance chômage du spectacle, la Coordination des intermittents et précaires (CIP) a fait part mardi après-midi de sa détermination à poursuivre l'occupation du théâtre de l'Odéon, à Paris, jusqu'à la reprise des discussions mercredi.
 
"Nous avons rendez-vous demain mercredi à 16h au ministère du Travail", a indiqué à l'AFP Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération CGT-Spectacle. "On veut arriver à un accord équilibré. Il faut que les  employeurs prennent leur part de responsabilité", a-t-il commenté.
 
Depuis dimanche soir, une cinquantaine d'étudiants, de chômeurs, d'intermittents, de précaires, et de "nuit-deboutistes" occupent la terrasse de l'Odéon, au premier étage du théâtre. Les intermittents  rassemblés sur la place face au théâtre ont été éloignés par les CRS lundi soir dans les rues adjacentes, au prix de quelques échauffourées et de jets de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre.

L’Odéon ne veut pas jouer sous protection policière

"Tout en déplorant les incidents de la veille au soir, Stéphane Braunschweig, directeur de l'Odéon, ne peut accepter qu'un spectacle ne puisse être joué que sous la protection des forces de l'ordre", a fait valoir la direction. Le Théâtre de l'Odéon "fait confiance à la négociation en cours (....) et espère qu'elle aboutira rapidement à un accord permettant de garantir le régime spécifique d'assurance chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle".
 
Lundi, les négociations s'étaient soldées par un échec, mais un nouveau rendez-vous a été fixé mercredi, veille d'une journée nationale de mobilisation contre le projet de loi réformant le droit du travail.
 
"Le compte n'y est pas encore, notamment sur les effets que pourrait avoir un éventuel accord et aussi sur la contribution des employeurs", selon la CGT-Spectacle, au terme d'une journée marathon au ministère du Travail.
 
"Il nous manque encore deux choses pour parvenir à un accord. D'abord des éléments chiffrés qui nous permettront de savoir qui est touché par telle ou telle mesure, positivement ou négativement", a-t-il ajouté. En cas de nouvel échec de la négociation, la CGT a déposé un préavis de grève reconductible, à compter de jeudi.

Le cadrage proposé par le patronat "inacceptable" pour la CGT

Les artistes et techniciens du spectacle bénéficient de règles spécifiques d'indemnisation du chômage, maintes fois critiquées pour leur coût. Le déficit de ce régime atteint environ un milliard d'euros chaque année, soit environ un quart du déficit général.
 
Un cadrage financier, proposé le 24 mars par la partie patronale et signé  par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (syndicats minoritaires dans le spectacle) impose un effort global de 185 millions d'euros d'économies en année pleine d'ici à 2018 aux intermittents, mais suggère que l'Etat en compense une partie,  à hauteur de 80 millions.
 
Des conditions jugées "inacceptables" par la CGT et la Coordination des intermittents et précaires (CIP) menacent de perturber les prochains festivals.