Festival d'Avignon : l'ouverture ce soir compromise après le vote de la grève

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/07/2014 à 08H59
"Le Prince de Hombourg", mise en scène Georgio Barberio Corsetti, Cour du Palais des Papes Avignon 2014

"Le Prince de Hombourg", mise en scène Georgio Barberio Corsetti, Cour du Palais des Papes Avignon 2014

© BORIS HORVAT / AFP

L'ouverture vendredi soir du 68e festival d'Avignon est fortement compromise, après le vote jeudi d'une majorité du personnel en faveur d'une grève, en soutien au mouvement des intermittents.

Lors d'une assemblée générale, 204 salariés du festival ont voté jeudi soir pour la grève, 144 contre et 4 se sont abstenus, selon un représentant de la CGT Spectacle.

Deux premières marquent l'ouverture du plus emblématique des festivals de l'été: "Le Prince de Hombourg", pièce mythique créée à Avignon par son fondateur Jean Vilar en 1951 avec Gérard Philipe, et "Coup fatal", un ballet d'Alain Platel avec des musiciens traditionnels de Kinshasa. "Il s'agit d'une intention de vote, dont l'incidence reste à déterminer spectacle par spectacle", a réagi la direction du festival.

D'autres nuages menaçants s'amoncellent sur Avignon, puisque des orages sont prévus dans la soirée, ce qui pourrait affecter "Le Prince de Hombourg", donné dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, à l'air libre. "Nous sommes à la fois menacés par le ciel et par la terre", a constaté Paul Rondin, le second d'Olivier Py, premier artiste à la tête du festival depuis Jean Vilar (1947 à 1971).

"Chaque représentation annulée coûterait 45.000 euros", a-t-il ajouté. Le spectre de l'annulation totale s'est toutefois éloigné, après le vote mardi du personnel à 80% contre une grève frappant l'ensemble des représentations.

Maintenir la pression

La CGT Spectacle s'est déclarée favorable à "des grèves votées par les artistes et les techniciens mais pas aux blocages, ni à l'annulation des festivals". Le syndicat a maintenu en revanche son appel à une "grève massive" dans toute la France vendredi, date d'ouverture d'Avignon, avant une autre journée de mobilisation le 12 juillet.

Dans le "Off", la majorité des 1.083 compagnies s'est déclarée déterminée à jouer, mais la "grande parade" qui donne le coup d'envoi des festivités vendredi après-midi est remplacée par une "marche silencieuse".

Aix-en-Provence sous la pression

A Aix-en-Provence, la tension est montée brutalement jeudi soir avec une manifestation bruyante des intermittents sur la place jouxtant la Cour de l'Archevêché, où était donné l'opéra "Ariodante" de Haendel, qui a dû s'interrompre brièvement. "Vendredi sera la journée la plus exposée", a reconnu le directeur du festival d'art lyrique Bernard Foccroulle. "Nous gérons la situation au jour le jour", a-t-il ajouté.

Chaque représentation annulée à Aix "coûterait au moins 150.000 euros", a-t-il estimé. Bernard Foccroulle a indiqué qu'une annulation du festival cette année rendrait impossible les éditions de 2015 et 2016. Le personnel du festival lyrique a jusqu'à présent entendu le message, privilégiant les actions de sensibilisation et écartant la grève.

La mobilisation des intermittents du spectacle vise à maintenir la pression alors qu'à Paris, une concertation mise en place par le gouvernement pour une "refonte" du statut a démarré. Le trio de personnalités chargé par le gouvernement de l'organiser a annoncé son calendrier : les réunions avec l'ensemble des parties doivent se tenir tous les jeudis jusqu'au 24 juillet avant une pause en août et leur reprise en septembre.

La mission doit remettre ses propositions avant fin décembre. "Nous avons déployé des trésors de diplomatie pour que tout le monde se mette autour de la table", a souligné Jean-Patrick Gille, l'un des membres de la mission. L'enjeu est de convaincre les plus sceptiques des intermittents que la concertation n'est pas seulement un leurre visant à passer l'étape cruciale des festivals d'été.

Aurélie Filippetti comprend l'inquiétude des intermittents

La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a dit vendredi comprendre l'inquiétude des intermittents du spectacle et la grève, "votée de manière démocratique" par le personnel du Festival d'Avignon, dont l'ouverture dans la soirée paraît compromise.

La ministre a ensuite pris la défense des intermittents et de la "concertation" mise en place par le gouvernement pour réformer leur régime d'assurance chômage. "Ca fait onze ans (depuis la dernière crise de 2003, ndlr) qu'ils sont inquiets, ça fait onze ans qu'ils veulent une vraie réforme du régime de l'intermittence", a jugé Aurélie Filippetti. "Ils ont l'impression de ne pas être suffisamment écoutés. Et surtout dès qu'il y a des négociations sur l'assurance chômage, ils sont stigmatisés, on les considère comme des privilégiés", a-t-elle plaidé.

"L'inquiétude des intermittents, je la comprends! C'est pour ça qu'on a lancé cette grande concertation qui va aboutir à une vraie réforme pour pérenniser et sécuriser un régime qui est indispensable à tous les artistes et à tous les techniciens", selon elle.

La grève : "une riposte nécessaire à l'avenir du spectacle vivant" selon la CGT

La grève votée par le personnel du Festival d'Avignon le jour de son ouverture est "la riposte nécessaire à l'avenir du spectacle vivant" après l'agrément de la convention d'assurance chômage par le gouvernement, a déclaré vendredi le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon.

La CGT "s'oppose à la convention de l'assurance chômage telle qu'elle a été négociée et à l'agrément qui a été donné par le ministre du Travail et elle organise la riposte nécessaire, utile, pour l'avenir du spectacle vivant dans notre pays", a affirmé Thierry Lepaon sur France Info.

Le gouvernement, qui a décidé d'agréer la convention d'assurance chômage des intermittents du spectacle, doit "assumer ses décisions et leurs conséquences", a ajouté le leader de la CGT. A propos du groupe de travail mis en place sur le statut des intermittents, il a estimé que "tout ça arrive bien tard". "Depuis les négociations ayant trait à la convention d'assurance chômage, nous mettons en garde le patronat et le gouvernement sur les conséquences de leurs actes", a-t-il ajouté.

Selon Thierry Lepaon, les votes "ont lieu à bulletins secrets et de manière ultra majoritaire". La "force" des intermittents, "c'est leur démarche collective telle qu'ils l'ont engagée depuis plusieurs semaines maintenant", a-t-il ajouté, affirmant: "les blocages (de spectacles), ce n'est pas la CGT".