Le style Steve McQueen : sa vie, ses passions, à la galerie Joseph

Steve McQueen. Bridgemanimages / Affiches sur les murs de Paris, 2017. Photo Thierry Hay

La galerie Joseph présente jusqu'au 30 08 2017, une grande exposition autour de la star de cinéma Steve McQueen, intitulée : "Steve McQueen style". L'occasion de découvrir, de nombreuses photos, affiches de film, documents, répliques de motos, vêtements : tout sur une grande figure symbolique du cinéma hollywodien et un fou de vitesse.

Un jeune cow-boy marche, ses bottes résonnent sur le plancher. Tout d’un coup, il s’arrête et arrache sur un mur une photo portant la légende « wanted ». A vrai dire, il n’a pas l’air complétement à l’aise. Soudain, il  lève la tête, son regard bleu azur transperce tous les postes de télévision en marche, et son ironie éclate au grand jour. C’est comme cela qu’un nombre incalculable de téléspectateurs découvrent dans la série télévisée "Au nom de la loi", celui qui n’est pas encore une star, mais porte déjà un nom de héros : Steve McQueen. Ce comédien, au caractère bien trempé, a su séduire une multitude de fans à travers le monde. Cette exposition à la galerie Joseph, bien connue pour ses présentations de meubles design, est donc très attendue. La galerie Joseph se situe dans une petite rue du Marais. Quand j’arrive dans le quartier, je comprends tout de suite que les organisateurs ont balisé le terrain...

Affiches pour l'exposition " Steve McQueen style" à la galerie Jacob, 2017. Photo Thierry Hay

Affiches pour l'exposition " Steve McQueen style" à la galerie Jacob, 2017. Photo Thierry Hay

Décontraction et détermination

Après avoir été chasseur de primes dans la célèbre série télévisée citée ci-dessus, Steve McQueen s’impose sur le grand écran en 1960, en jouant un des 7 Mercenaires du film de John Sturges, à côté de Yul Bryner et Charles Bronson, entre autres. Dès l’entrée, j’aperçois plusieurs photos du tournage : une jolie brochette de stars et d’hommes plutôt virils...

Grande évasion et grosse moto

Sturges engage à nouveau McQueen pour « La Grande Evasion ». L’acteur y montre sa décontraction et sa détermination. Deux scènes deviennent culte : quand il tient un gant de baseball et lance une balle contre le mur de sa cellule, et quand il s’enfuit à moto. Son demi-sourire, quasi permanent, et son regard transperçant en font une icône du cinéma américain. Ce serait lui qui aurait suggéré à John Sturges l’idée de l’évasion à moto, cascade comprise. La vitesse est déjà sa drogue... C’est vrai qu’il a fier allure sur cette moto imposante. L'acteur a toujours collectionné les motos : il en possédait 138.

La grande evasion, 1963. Steve McQueen conduisant une Triumph T110 de 1962. Rue des Archives.

La grande evasion, 1963. Steve McQueen conduisant une Triumph T110 de 1962. Rue des Archives.

Le goût de la course

Avec la moto, Steve McQueen vit une véritable histoire d’amour, l’exposition présente plusieurs répliques exactes des motos sur lesquelles McQueen a couru des courses d’enduro. J’admire une photo sur laquelle il se tient debout, très concentré, casqué, tenant sa moto. Elle porte le numéro 278. Ce jour-là, Steve McQueen participe au championnat du monde d’Enduro en 1964, à Erfurt, en Allemagne de l’Est. La veste kaki qu’il portait pour cette compétition, est exposée, sur un mannequin, à côté de la photo : séquence émotion pour les fans... Ils sont nombreux dans cette galerie. J’apprends que lorsqu’un producteur inquiet lui interdit de participer à une course de moto, McQueen va s’inscrire sous un nom d’emprunt... Cet homme là n’en a toujours fait qu’à sa tête.

Gentleman cambrioleur

Bon... Je continue ma pette visite. Je vois l’affiche très graphique du film "L’affaire Thomas Crown", dans lequel l’acteur interprète un banqier qui devient cambrioleur. En changeant son apparence, il fait considérablement évoluer son image. Il apparaît dans ce long métrage en costume trois pièces. En regardant cette photographie, je me dis que McQueen aurait fait un excellent 007...

Steve McQueen. Bridgeimages

Steve McQueen. Bridgeimages

Promotion

Le voici avec Faye Dunaway pour la promotion de « L'affaire Thomas Crown ». Cette photo pourrait être prise aujourd’hui. Cette fois ci, Steve McQueen a vraiment l’air d’un lord anglais : So british.

Steve McQueen - Faye Dunaway, 1968. Affaire Thomas Crown. Rue des Archives

Steve McQueen - Faye Dunaway, 1968. Affaire Thomas Crown. Rue des Archives

Du gamin des rues à Broadway

Qui était vraiment Steve McQueen ? Que les fans se rassurent, McQueen est un vrai dur, un gamin des rues. Le conte de fée hollywoodien est bien réel. L’acteur avait coutume de dire : « Je suis un enfant de la rue, je ne suis pas prêt à faire le moindre compromis ». Et il n’en faisait pas... Né le 24 mars 1930 dans l’Indiana, Terence Steven McQueen est un enfant unique qui n’a pas connu son père. Il aurait disparu six mois avant sa naissance, et sa mère l’aurait abandonné dans une ferme. C’est donc son oncle qui veille à son éducation. A douze ans, il retrouve sa mère, mais il devient un petit voyou. Il part au canada où il travaille comme bucheron. De retour aux Etats- Unis, il est embauché dans un cirque itinérant. En 1947, il rejoint l'armée, les marines. Voilà déjà un curriculum qui a de quoi forger le caractère et donner une autorité certaine au regard. Trois ans plus tard, il s’installe à New York. Il s’inscrit à l’Actors Studio et débute à Broadway en 1955. Très vite, un agent artistique le repère. Il joue dans une série TV, puis il devient Josh Randall (Au nom de la loi) durant plus de 90 épisodes. Le succès est planétaire. Le gamin abandonné et réputé incontrôlable, tient déjà sa revanche, et ce n’est pas fini...

L’homme qui crée la mode

McQueen possède une qualité assez incroyable, dès il porte un vêtement, celui-ci devient culte. Film après film, l’acteur crée la mode, comme James Dean. Les marques de montres ou de vêtements n’oublient pas de se servir de lui. Il en profite largement... Ici, il porte un blouson de golfeur et des lunettes qui deviendront célèbres. Son style, décontracté, élégant, s’impose dans les rues américaines, mais aussi en Europe.

Steve McQueen :

Steve McQueen. Rue des Archives

La grande classe

Je suis rejoint par la co-commisssaire de cette belle exposition, Ghislaine Rayer, spécialiste de la mode. Elle me précise : « Il n’a jamais succombé à la mode, il s’est créé un style hors du temps ». C’est vrai que lorsque je regarde les nombreux habits présentés ici, je me dis que n’importe quel jeune homme aujourd’hui pourrait les porter dans la rue. J’ai demandé plusieurs fois leurs avis à des jeunes femmes dans l’exposition. A chaque fois, les mêmes mots sont revenus : «  La grande classe »...

Le culte de la vitesse et de l’élégance

En 1968, Steve McQueen tourne un film qui consolide encore sa notoriété : « Bullitt », avec sa célèbre poursuite en voiture : plus de dix minutes de suspens et de bruits de moteur. A cette époque, Steve McQueen est très « bankable », les assurances refusent qu’il accomplisse quelques cascades. Il le regrette amèrement.Génial ! Je tombe nez à nez avec la réplique de la fameuse Ford Mustang Fastback, vert olive, que le comédien conduisait à toute vitesse dans ce long métrage. C’est une véritable sculpture sur roues. Elle est vraiment superbe.

Fastback -Steve McQueen (Bullitt). Courtesy galerie Joseph.

Fastback -Steve McQueen (Bullitt). Courtesy galerie Joseph.

Le vérificateur

Dans « Bullitt », il peut, malgré tout, pratiquer son culte de la vitesse, la seule chose qui l'apaise vraiment et lui fait oublier les blessures d'enfance. Sa règle de vie est simple : repousser les limites, en voiture, en moto, dans la vie de tous les jours aussi... Au cinéma, Steve McQueen a la réputation d’être toujours sur le dos du réalisateur, il veut être au courant de tout et donne son avis sur tout. Il ne cède rien et veut tout vérifier.Souvent, dans un scénario, il n'hésite pas à barrer entiérement une page. Si le réalisateur voulait McQueen, il ne lui resté plus qu'à céder...

Une star cool

Steve McQueen n’est pas tellement soucieux de son image et se laisse volontiers photographier. Sur tous les clichés, il donne l’impression d’un homme particulièrement cool... Au premier étage de la galerie, j’admire une série de photographies rarement vues. Sur l'une d'elles, je vois l’acteur en caleçon, un bras au-dessus de l’épaule de sa première femme Neile Adams, en bikini, une photo rarissime. D’autres clichés montrent l’acteur jouant avec son chien. Mais je m’intéresse plus particulièrement à cette photo ci-dessous. Steve McQueen est debout, à côté de sa femme Neile. Je suis surpris par la farandole de petits pots de fleurs et les chaussons brodés aux pieds de l’homme de "La Grande Evasion" : étonnant, non ? Mais l'épaule contre la vitre, il reste semblable à lui même : cool.

Steve McQueen et sa première femme Neile chez eux en 1963. Bridgeimages

Steve McQueen et sa première femme Neile chez eux en 1963. Bridgeimages

Un grand séducteur

Avec ses muscles, son audace et son humour, McQueen est un homme à femmes. Alors qu’il débute et joue dans une pièce de Théâtre « A Haitful of Rain », il épouse Neile Adams en 1956. Le mariage capote quand Neile  apprend qu’il la trompe avec Barbara Leigh. De son côté, Steeve McQueen découvre que sa femme le "cocufie" également, une courte liaison. Le mariage n’avait aucune chance... Mais les deux resteront amis. En 1972, le comédien tourne un film important : « Guet-apens », de Sam Peckinpah. Il y rencontre Ali Mac Grow, qu’il épouse en 1973, mais très rapidement, McQueen roucoule avec un mannequin, Barbara Minty, qui deviendra sa troisième épouse. En réalité, Steve McQueen aurait eu de très nombreuses aventures. Il a tellement manqué d’amour dans sa jeunesse, qu’il se rassure un peu... Mais il ya tout de même une vraie zone d'ombre : l'acteur se serait souvent montré violent envers les femmes. Certains hématomes d'Ali Mac Grow ne seraient pas passés inaperçus...

Un défaut inconnu

Tous les photographes qui ont saisi la personnalité de McQueens ont insisté sur son regard bleu des mers du Sud. Parfois, il est évident qu’un petit projecteur a été rajouté, pour souligner la couleur des yeux de l’acteur. Mais je remarque quelque chose : sur un nombre incalculable de clichés, Steve McQueen plisse les yeux et semble se mordre les lèvres. Ghislaine Rayer, qui dirige cette exposition avec Patrice Gaulupeau, m’apporte une explication dont je n’avais jamais entendu parler. En vérité, Steve McQueen avait un léger défaut à la lèvre supérieure, c’est pourquoi on a toujours l’impression en le regardant, qu’il se mord les lèvres. Cela contribue aussi à lui donner une attitude très personnelle, à renforcer son originalité. Sur l’affiche de l’exposition, la petite malformation de la lèvre supérieure est bien visible.

Steve McQueen (affiche de l'exposition "Steve McQueen style" à la galerie Jacob, 2017). Aurimages

Steve McQueen (affiche de l'exposition "Steve McQueen style" à la galerie Jacob, 2017). Aurimages

Fragilité et humour

La star était un étrange mélange de force et de fragilité, et c’est justement cela qui fait son charme. Il était également capable d’autodérision. En 1965, il apparaît sur la couverture d’un magazine en affichant un sourire béat, franchement caricatural. En page intérieure, on le voit le visage couvert d’empreintes de lèvres féminines rouges.

Colère et cinéma

Une chose mettait en joie Steve McQueen : le bruit d’un moteur. Après la moto, l’automobile est sa seconde passion, mais elle provoquera sa chute... La vitesse est sa drogue préférée, en attendant d’en découvrir d’autres... A la fin des années 60, il devient son propre producteur. Deux découvertes vont lui donner l’envie irrésistible de réaliser un film sur une course automobile. En 1966, John Frankenheimer tourne Grand Prix, Steeve McQueen n’a aucun rôle dans le film, il est furieux, d’autant que Frankenheimer est un ami. En 1969, son rival Paul Newman devient pilote automobile sur le circuit d’Indianapolis, pour le film « Virages ». Steve McQueen veut sa revanche. Après tout, le roi de la vitesse, c’est lui... Il réalise donc le film « Le Mans », dans lequel les assurances, encore elles, refusent qu’il conduise. Elles disent également non à une participation lors des vraies 24 Heures du Mans : première déception pour McQueen réalisateur, qui voulait inclure, dans son film, des images de la course française. Si Steve McQueen innove en plaçant des caméras partout sur les voitures, il oublie juste un détail : l’histoire... Il n’y en a pas, le film n’est qu’une suite de plans de voitures à grande vitesse. Quand il sort, les critiques sont très mauvaises. Le film est un énorme bide. L’acteur est vexé, humilié. Le culte de la vitesse, sa raison de vivre, va désormais entraîner sa chute. Sur cette photo, il apparaît le visage bouffi. En effet, sa consommation d’alcool augmente considérablement. Il devient paranoïaque, il se drogue régulièrement : marijuana et cocaïne. Certains affirment qu’il sniffait de la cocaïne depuis le début des années 70... Une chose est sûre, après l’échec de son film, son regard n’exprime plus la même vitalité, ni la même ironie. La chute est terrible.

Steve McQueen - Le Mans. Bridgeimages

Steve McQueen - Le Mans. Bridgeimages

FIN

La maladie ne tarde pas à jouer un rôle dans la vie de l’acteur : un cancer du poumon. Il meurt à 50 ans, d’un arrêt cardiaque, à la suite d’une opération ratée au Mexique. Aujourd’hui, les jeunes artistes se rappellent encore de lui et lui rendent hommage. Je découvre, dans cette présentation, plusieurs créations contemporaines, plus ou moins réussies, en souvenir de l’acteur.

Cette exposition est tout simplement exceptionnelle. Si, comme moi, vous aimez Steve Mac Queen, ou les motos, ou le cinéma, elle est pour vous. En partant, je regarde une photo et j’entends la Co-commissaire de l’exposition Ghislaine Rayer dire : « Macho, mais pas trop ». C’est bien résumé et c’est peut-être ça la clef de son immense succès. Aujourd’hui encore, il compte de nombreux fans, hommes et femmes, preuve que le mythe McQueen est toujours vivant, en 2017...

Galerie Joseph : 116 rue de Turenne, 75003 Paris

Tous les jours de 11h à 20h

Entrée : 8 euros