Urban Art Fair : 10 bonnes raisons d'aller au salon du Street Art

Psychose 156 : Strange fruit, 2016. timi sur toile, 130 cm x 181. Courtesy galerie Berthéas les Tournesols, Paris

La Carreau du Temple accueille jusqu'au 23 avril 2017, le salon Urban Art Fair. L'occasion de comprendre la diversité, l'importance et le dynamisme des artistes de la mouvance Street Art. Cette foire présente majoritairement des créateurs qui ont rayonné durant ces quinze dernières années. Visite.

Petit à petit, le drôle d’oiseau fait son nid : Urban Art Fair revient au Carreau du Temple pour une seconde édition. Aujourd’hui, collectionneurs, galeries et jeunes bobos soucieux d’être dans le coup, se passionnent pour les Streets artistes, qui travaillent sur toile. Je déplore souvent que le Street Art soit devenu un produit de marketing, mais Urban Art Fair est un salon sérieux, créé par un ex golfeur, ex galeriste passionné : Yannick Boesso. En réalité, le Street Art est un mouvement artistique important de la fin du XXe siècle, mais il est surtout pluriel. Il y a tant d’envies, de techniques, de médiums, de supports différents qu’il faudrait parler d’une nébuleuse du Street Art, et je souhaite bien du courage aux futurs historiens de l’art pour analyser et synthétiser tout ça. Mais le plus important est que, malgré son succès, l’art urbain ne perde ni sa force ni son sens... La première édition d’Uban Art Fair a été un succès incontestable. En ce qui me concerne, j’avais émis quelques réserves sur le côté trop inégale de la sélection. Cette année, la foire compte 25 galeries, soit cinq de moins que l’an passé. Le choix est donc plus exigeant et j’ai hâte de voir ça. Quand j’arrive devant le Carreau du Temple, je remarque que les artistes ont baptisés l’artère : « Rue de l’art de rue ». Visiblement, ils ont l’intention d’occuper le Carreau du Temple mais aussi tout le quartier. Je vois ce pochoir du collectif engagé Le Mouvement, des artistes qui collent sur les murs de Paris des personnages qui se rencontrent, surmontés de parapluies colorés, symboles d’anti morosité. De plus, le parapluie est un objet qui facilite les rencontres, le cinéma l’a souvent illustré. Bref, ce collectif prône un peu d’humanité dans ce monde de brut, ça commence bien...

Collectif Le Mouvement : pochoir, 2017.

Collectif Le Mouvement : pochoir, 2017.

Gare au gorille

Mais le plus important se tient à l’intérieur du Carreau du Temple. Je remarque dès mon entrée cette grande toile de Noé-Two, à la galerie Bartoux. La famille Bartoux évolue dans l’art depuis 1958. « Nous sommes des galeries de notre temps, l’art urbain en fait partie intégrante » aime à dire le galeriste. Je m’approche du gorille fumeur. Son regard est plein d’humanité. La fumée du cigare cède la place à des tags blancs et noirs, qui se fondent avec harmonie au fond coloré. J’apprends que l’argent de la vente de cette toile ira à une association pour la défense des gorilles : sympa. Mais ce bel animal est aussi la critique des riches dirigeants qui évoluent dans la jungle économique... En règle générale, les artistes urbains ne sont pas très copains avec le grand capitalisme...

Noé-Two : Je vous parle d'un temps..., 2016. Technique mixte, 310 cm x 180. Courtesy galerie Bartoux, Paris

Noé-Two : Je vous parle d'un temps..., 2016. Technique mixte, 310 cm x 180. Courtesy galerie Bartoux, Paris

A cheval

La galerie Openspace expose un artiste que l’on ne connait pas encore en France : Franco Fasoli, un argentin de 39 ans qui pratique la peinture, le collage et la sculpture. Résidant entre Barcelone et Buenos Aires, ce jeune créateur de 39 ans présente une œuvre étonnante : un cheval à l’envers, les pattes en l’air, écrasant le policier qui le monte, et qui se retrouve en bouillie, en dessous... C’est une œuvre forte. Je connais Fasoli sous le nom de JAZ, sous lequel il réalise de grands murs, dont un au Musée d’Art Moderne de Lyon, mais je ne savais pas qu'il était sculpteur.

Franco Fasoli : sculpture. Courtesy galerie Openspace

Franco Fasoli : sculpture. Courtesy galerie Openspace. Photo Thierry Hay

Monument

A tout seigneur, tout honneur, Bel Fine Art a construit pour l’occasion, une chapelle Banksy, le roi du Street Art, le plus audacieux, le plus impertinent, et probablement le plus intelligent. J’observe plusieurs œuvres dont celle ci, pleine de poésie.

Banksy : Girl with ballon, 2004. Sérigraphie, 70 cm x 50. Courtesy galerie Bel-Air Fine Art

Banksy : Girl with ballon, 2004. Sérigraphie, 70 cm x 50. Courtesy galerie Bel-Air Fine Art

Enfance et résistance

Je me souviens d’avoir vu les gamins de Seth, à la Tour 13, un immeuble entièrement occupé par des artistes avant sa démolition. Un évènement monté par la galerie Itinérance , qui a connu un grand succès médiatique et public. Je retrouve Seth à la galerie Géraldine Zbero. C’est elle qui a fait passer Seth du mur à la toile. Cet artiste a une obsession : l’enfance. Il peint sans arrêt des enfants qui pousse une structure pour essayer d’aller voir de l’autre côté... L’artiste considère qu’à partir de 8 ans, un gamin perd sa spontanéité et sa liberté créative, au profit d’un formatage culturel, du à une éducation-carcan. Il dessine donc, sans cesse, des enfants de huit ans qui résistent et désirent autre chose, que l’éducation qui les attend. Je regarde cet enfant qui fait un effort pour respirer un air poétique et coloré, au-delà des nuages. Je remarque que le corps est essentiellement constitué de courbes douces. Seth, né en 1972, est un grand voyageur. En 2013, il fait le tour du monde et écrit un livre : « Globe-painter ». Il réalise de nombreux reportages sur l’art urbain à travers le monde pour l’émission de Canal+ « Les nouveaux explorateurs ». C’est vraiment un artiste intéressant, et les collectionneurs l’ont compris.

Seth : sans titre. Technique mixte sur toile, 195 cm x 130. Courtesy galerie Géraldine Zberro, Paris

Seth : sans titre. Technique mixte sur toile, 195 cm x 130. Courtesy galerie Géraldine Zberro, Paris

Tourbillon

Saber est une star dans le milieu. Reconnu par le Washington Post comme " un des meilleurs artistes et le plus respecté dans le domaine". Né en 1976, Saber commence par le graffiti. A 21 ans, il réalise une œuvre monumentale le long du fleuve Los Angeles. C’est la création de graffiti la plus grande, elle serait visible par satellite depuis l’espace. La galerie Wall Works, spécialiste du Street Art, présente deux tableaux magnifiques, de ce roi du Street Art. Une nouvelle fois, je peux vérifier son sens du mouvement et de la couleur.

Saber : encre ,aérosol,charbon et marqueur à l'huile sur toile. Courtesy galerie Wall Works

Saber : encre ,aérosol,charbon et marqueur à l'huile sur toile. Courtesy galerie Wall Works

Lutteurs

La galerie du jour Agnès B, a déjà exposée Cléon Peterson l’an dernier. Je retrouve donc ses lutteurs, peints sur des toiles circulaires évoquant des tambours, ou des grands formats. Les peintures de Peterson m’évoquent les décors mythologiques des poteries grecques antiques. Peterson nous propose une lutte à mort, les corps épousent à la perfection le cercle du chassis. Je suis heureux de retrouver cet artiste, dont j’ai déjà dit du bien l’an dernier.

Cleon Peterson : This is Darkness, 2016. Acrylique sur toile, 152 cm x 152. Courtesy galerie du jour agnès b, Paris

Cleon Peterson : This is Darkness, 2016. Acrylique sur toile, 152 cm x 152. Courtesy galerie du jour agnès b, Paris

La reine verte

Matt Gondeck propose une toile avec les personnages de Tintin dont les visages sont écorchés. A côté, je découvre une reine d’Angleterre, version D*Face. C’est un créateur provocateur, très anti-américain, qui revisite le Pop Art à sa façon. Ici, l’artiste procède à un savant découpage, sur quatre couches de papiers, avant de procéder à quelques brûlures. Cette souveraine verte à une drôle de bobine, elle ne passe pas inaperçue.

Pixels

A la galerie Art in the Game, je retrouve le travail pointilliste de Kan. Il peint plusieurs petits points superposés, de tailles différentes sur toute la toile et dessine des scènes tirées de l’actualité (souvent des émeutes urbaines) ou du cinéma, et de préférence assez violentes. En réalité, il reconstitue une image, comme le ferait une télévision après une rupture de réseau. Mais c’est un beau travail, très original. Un conseil : il faut prendre du recul pour saisir les peintures de Kan.

Kan : Fire and stick, 97 cm x 146. 17920 points. Courtesy galerie Art in the game

Kan : Fire and stick, 97 cm x 146. 17920 points. Courtesy galerie Art in the game

Sur même stand, je découvre les carreaux de faïence d’Add Fuel. Son travail me rappelle les azulejos portugais. Sa technique se déroule en deux étapes me précise le galeriste : d’abord un biscuit de céramique, puis un passage par la sérigraphie afin d’imprimer des motifs. Je me rapproche et découvre un tas de détail, des petits personnages, des yeux etc.

Du côté des cathédrales

Comme l’an dernier, H Gallery expose Monkey Bird. Ce duo d’artistes, apparu en 2012, est très inspiré par le Moyen âge et les bâtisseurs de cathédrales. Il cultive un goût prononcé pour le symbolisme et les mathématiques. Ils possèdent une vraie connaissance de l’histoire de l’art et veulent s’inscrire dans cette lignée. Ici, ils présentent une cathédrale détruite, et se posent la question de savoir si la terre est plate...

Monkey Bird : Analogie, collection 1, 2017. Pochoir réalisé sur un assemblage de bois ancien, techniques mixtes, aérosol, acrylique et brou de noix. 84 cm x 98. Courtesy H Gallery, Paris.

Monkey Bird : Analogie, collection 1, 2017. Pochoir réalisé sur un assemblage de bois ancien, techniques mixtes, aérosol, acrylique et brou de noix. 84 cm x 98. Courtesy H Gallery, Paris.

Vanités

La même galerie présente également une série de vanités de Nowart, réalisées directement à la bombe sur la toile... Nowart a travaillé avec Shaka, plus jeune. Mais il est évident qu’entre les têtes que je vois et celles que j’ai vues de Shaka, il y a plus qu’un point commun...

Madame et les autres

Artistic Rézo a réuni ses artistes dans une grande installation. Les boites surprises, surréalistes et religieuses, de Madame, côtoient les dessins colorés de Bault et les calligraphies sensuelles et géométriques de Romain Froquet.

Artisitc Rezo : oeuvres de Madame (boîtes), Romain Froquet (calligraphies), Bault. Urban Art Fair, 2017.

Artisitc Rezo : oeuvres de Madame (boîtes), Romain Froquet (calligraphies), Bault. Urban Art Fair, 2017.

Sélection

Je descends au sous-sol où le magazine Graffiti Art Magazine (Une revue que je vous recommande), expose une sélection de dix œuvres emblématiques qui ont fait la « Une » de ce magazine.

Panneau

Le collectif Le Mouvement n’est pas seulement à l’extérieur du Carreau du Temple, mais aussi à l’intérieur. Il regroupe une quinzaine d’artistes très engagés. Les trois principaux membres, attirent mon attention sur un problème qui touche les Streets artistes actuellement. D’un côté, les collectivités locales, et même les ministères, ne cessent de faire appel à eux, de l’autre la police continue de les interpeller, allez comprendre... Alors ils proposent pour ce salon, un mur de la liberté ou chacun peut apposer sa signature. Ils ont même inventé ce nouveau panneau : « Arrêtez d’arrêter ». Inventif...

Collectif Le Mouvement : Proposition de panneau, 2017. Photo Thierry Hay

Collectif Le Mouvement : Proposition de panneau, 2017. Photo Thierry Hay

Couleurs

Je fais un dernier tour du salon, j'admire une belle série d’œuvres du célébrissime Shepard Fairey, et plus loin quelques tableaux ultra colorés de Popay, et ce beau JonOne, une valeur sûre de la planète Street Art, chez Brugier-Rigail. C'est un hymne à la couleur.

JonOne : Bounce, 2016. Acrylique sur toile, 123 cm x 155. JonOne.

JonOne : Bounce, 2016. Acrylique sur toile, 123 cm x 155. JonOne.

Je préfère cette édition 2017, à celle de l’an dernier. Mais il manque encore un petit quelque chose, pour que ce salon joue vraiment dans la cours des grands : une sélection encore plus précise et un petit grain de folie. La planète Street Art est quand même « sacrément barrée », alors... Mais Urban Art Fair Paris, bénéficie de la conviction, de la pugnacité de ses organisateurs et me parait sur la bonne voie. Ah oui, j’oubliais, ici contrairement aux galeries d’art contemporaines classiques, on parle très facilement argent : 10 000 euros une grande toile de Seth, 17600 un tambour grand format de Peterson, 4000 euros un Nowart, 1400 un petit Popay. Avec ou sans intention d’acheter, si vous voulez mieux découvrir les différentes tendances du Street Art, ou sortir de vos idées reçues, c’est au Carreau du Temple qu’il faut aller. Le Street Art évolue tellement et dans tous les sens que je ne suis pas sûr qu’on puisse encore l’appeler comme ça longtemps, si vous avez une idée...

PS : Après Paris, une nouveau Urban Art fair ira à New York en juin, dans un bel immeuble rénové au cœur de Manhattan.

Carreau du Temple : 4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris

Vendredi 21 & samedi 22 avril : de 11h à 22h

Dimanche 23 avril : de 11h à 19h