Les stars des studios de cinéma de la Cinecitta sous l'oeil du photographe Willy Rizzo

Willy Rizzo : Stephania Sandrelli, Rome 1966 / Piazza di Espana, vue du clocher de l'église Trinita dei Monti, Rome 1960

La galerie "Studio Willy Rizzo", expose jusqu'au 01 avril 2017, les oeuvres photographiques et les meubles design de cet artiste. Dans les années 60, les plus belles femmes se rendent à Rome, où la Cinécitta (La ville du cinéma), est devenu le phare du cinéma mondial. A travers les travaux de Rizzo, le "Studio" rend hommage à une époque heureuse et légère. Visite. 

Je dépasse la maison de Gainsbourg, rue de Verneuil. Elle me semble moins belle qu'elle n' a été, les fans se croient obligés de laisser une trace, mais  parfois c'est dommage... Quelques centaines de mètres plus loin, je découvre la vitrine noire de la galerie "Studio Willy Rizzo". A l'extérieur, j'aperçois une grande photo représentant Fellini, ça tombe bien, j'adore son cinéma. Tout de suite, je vois que l'espace ne ressemble pas à une galerie classique. La façade est noire, le parquet aussi. L'ensemble donne l'impression d'un grand salon, chez un particulier : curieux, mais pas désagréable.

L'attente

Ici, on n'expose pas que les célèbres photos de Rizzo, mais aussi ses meubles, car l'artiste était aussi designer. En photo, comme en design, Willy Rizzo adorait, jusqu'à l'obsession, ce qui est beau : belles femmes, belles matières, beaux endroits. Les plus grandes stars des années 1945 à 1970 se sont assises face à ce spécialiste du portrait : Maryline Monroe, Maria Callas, Grégory Peck ou plus récemment Monica Belluci. La méthode de Willy Rizzo était très simple, faire poser la star et attendre qu'il se passe quelque chose dans le regard.

Willy Rizzo : Monica Belluci, Venise 2002

Willy Rizzo : Monica Belluci, Venise 2002. Courtesy Studio Willy Rizzo

Le secret de la Castafiore

Cela n'est pas donné à tous le monde, Willy Rizzo est un personnage de Tintin. Dans "Les bijoux de la Castaphiore", Hergé l'aurait représenté sous les traits du photographe Walter Rizzoto. Selon la légende, Rizzo serait venu interviewer Hergé pour le magazine Paris Match. Lors de cette rencontre, il aurait raconté au dessinateur un vol de bijoux dont la cantatrice Maria Callas venait d'être victime... Arrangée ou pas, l'histoire est belle, comme la vie du photographe.

Le cinéma et Winston Churchill

Willy Rizzo est né le 22 octobre 1928, à Naples. Dès l'enfance, il s'intéresse à la photo. En 1944, il achète un appareil photo Rolleiflex. C'est à Paris qu'il débute sa carrière, la chance est vite au rendez-vous, il est soutenu par le photographe Gaston Paris, ce qui lui permet de fréquenter les studios de cinémas de Joinville et de Billancourt. Après la seconde guerre mondiale, il travaille pour France Dimanche. Il couvre le premier festival de Cannes. En 1947, l'agence Blakstar l'envoie aux Etas Unis avec l'ordre de photographier tout ce qui l'étonne. Deux ans plus tard , il rentre à Paris. Employé par Paris Match, il réalise la première couverture en couleur, une photo de Winston Churchill. Il collabore également avec le magazine Vogue. Rizzo est élégant, charmeur, joueur. Il renvoie aux orties la vielle image du photographe, encombré d'un matériel très lourd et un peu bougon. Rizzo, c'est l'inverse : "Un grand Seigneur au milieu des beautiful people". En 1968, il part vivre à Rome, où il épouse l'actrice Elsa Martinelli. Rome, la ville où tout à l'air d'un jeu, une cité qui lui convient parfaitement.

Willy Rizzo : le Colisée, Rome, 1960

Willy Rizzo : le Colisée, Rome, 1960. Courtesy Studio Willy Rizzo

Designer

Il achète un local commercial qu'il transforme en appartement. Il crée quelques meubles pour lui. Ses amis font des commandes, puis c'est toute la jet Set romaine qui se bouscule pour avoir ses créations. Par la force des choses, il devient donc designer. Au départ, il emploie huit personnes, mais très vite, il lui faut 150 employés. "Considéré comme le designer de la Dolce Vita (Fellini), il l'incarnait aussi", précise le dossier de presse. Il aime les matériaux nobles : acier inoxydable, laiton , bois, marbre. Il déteste le pastique, pourtant très en vogue à l'époque. Il s'amuse, il invente : des lampes, des fauteuils, des chaînes HI FI, très modernes. Ces meubles se marient à la perfection avec le mobilier classique, d'où son succès. Sa marque de fabrique est une table basse tournante, en acier, au milieu duquel, il creuse un espace pouvant servir de bar ou accueillir une plante : gros succès. j'admire les lignes très épurées et la réelle beauté du meuble. J'imagine Mastroianni venant se servir un verre...

Willy Rizzo : table basse tournante, acier inoxydable.

Willy Rizzo : table basse tournante, acier inoxydable. Courtesy studio Willy Rizzo

Mais vers les années 70, la crise et le terrorisme assombrissent sérieusement le paysage. Rizzo retourne à son premier amour.

La photo encore et encore

En 1978, il décide de reprendre ses appareils photo. Il rentre en France. Il meurt le 25 février 2013, à l'âge de 84 ans, après une vie d'inventions, de fêtes et d'observations. Aujourd'hui, sa troisième femme, Dominique, veille à entretenir le culte et à la bonne santé des affaires. Une sacrée vie quand même ce Rizzo, non ? Ah oui j'oubliais, son meilleur copain, avec lequel il passait toutes ses vacances, se nomme : Jack Nicholson...

Sauvagerie et douceur

J'entre, je suis surpris par ce mélange de meubles années 70 et de photos. Je suis accueilli par de larges sourires. Madame Rizzo me fait visiter l'exposition. Mon œil est tout de suite attiré par une très belle photo de Sophia Loren. Elle incarne l'italienne type : un étrange mélange de charme, de sensualité, de liberté, de sauvagerie et de douceur. Sur ce cliché, la star pose, mais l'ensemble parait presque naturelle. Ce cliché est magnifique.

Willy Rizzo : Sophia Loren, Rome, 1958. Courtesy Studio Willy Rizzo

Willy Rizzo : Sophia Loren, Rome, 1958. Courtesy Studio Willy Rizzo

L'importance du regard

Quand il photographie une femme, ce qui lui est arrivé très souvent, Rizzo souligne toujours le regard et la bouche, pour donner une note de sensualité et de mystère. Sous son grand chapeau, Eleonora Rossi est très soignée, très élégante. Seule, la bouche amorce un début de moue...

 

Willy Rizzo : Eléonora Rossi Drago, Rome 1961

Willy Rizzo : Eléonora Rossi Drago, Rome 1961. Courtesy Studio Willy Riso

Au village

J'observe une autre photo représentant Gina Lollobrigida, à ses débuts. Elle porte une robe de villageoise, qui souligne ses formes. Sa bouche entrouverte laisse entrevoir des dents d'un blanc immaculé. Son regard témoigne d'une femme libre au caractère fort. Dans toute ses photos, Rizzo a toujours porté une attention extrême à la lumière. Ici, à gauche, j'aperçois un projecteur cinéma qui éclaire la comédienne, avec beaucoup de douceur. Cette photographie a été réalisée en 1959, à l'aide d'une chambre photographique.

Willy Rizzo : Gina Lollobrigida, Rome 1959

Willy Rizzo : Gina Lollobrigida, Rome 1959. Courtesy Studio Willy Riso

Col blanc

Changement ton avec l'actrice Pier Angeli, une des rares femmes à avoir eu une relation avec James Dean. Avec son col blanc et sa coiffure sage, elle apparaît comme une petite fille, mais la pose choisie par le photographe et l'acuité du regard montre une forte autorité. C'est justement le mélange des deux qui surprend et fascine. Derrière, le paysage est fou, comme un rêve...

Willy Rizzo : Pier Angeli, Rome 1962

Willy Rizzo : Pier Angeli, Rome 1962. Courtesy Studio Willy Riso

Chignon choucroute

Sur cette photo, Claudia Cardinale porte un joli chignon "choucroute", façon Bardot, typique de l'époque. Son sourire et son regard sont intenses. Sa veste de tailleur suggère un grand couturier. Elle est aussi sensuelle qu'élégante. Son sourire est très naturel.

Willy Rizzo : Claudia Cardinale, Rome 1966

Willy Rizzo : Claudia Cardinale, Rome 1966. Courtesy Studio Willy Riso

L'ombre créative

Bien sûr, Willy Rizzo a beaucoup fréquenté les studios de la Cineccita, édifié par Mussolini en 1937. 75 kilomètres de rues et une immense piscine au service du septième Art. Plus de 4000 films tournés sur place, dont de nombreux péplums (Ben Hur). Fellini en a fait son temple créatif, son chez soi. Je découvre le maître dans son costume privilégié, un imperméable de détective et un chapeau moins austère. Derrière, l'extraordinaire comédienne Anita Ekberg, la star de la Dolce Vita, celle qui a partagée l'écran et le charme de Rome, avec Marcello Mastroianni. Le geste que fait l'actrice est typique des films de Fellini, une femme outre-temps qui fait un signe, tel un fantôme nostalgique, venu interpeller les mémoires. Je revois dans ma tête quelques scènes Felliniennes, ou le sourire et la nostalgie se marient sans cesse. Madame Dominique Rizzo, sa troisième femme, m'indique l'ombre de son mari, très visible sur les marches. C'est une photo rare.

Willy Rizzo : Federico Fellini et Anita Ekberg, Cinecitta 1960

Willy Rizzo : Federico Fellini et Anita Ekberg, Cinecitta 1960. Courtesy Studio Willy Riso

Chapeau et équilibre

Je vois aussi cette subtile photographie de Virna Lisi, prise en 1965. Le mouvement de l'épaule va dans le sens inverse de celui du chapeau rose, construisant ainsi une sorte de cadre pour le visage. Là encore, le regard et la bouche sont soulignés.

Willy Rizzo : Virna Lisi, Rome 1965

Willy Rizzo : Virna Lisi, Rome 1965. Courtesy Studio Willy Rizzo

A table

En 1955, Willy Rizzo dîne avec quelques amis sur une terrasse romaine. Soudain , il se lève et réalise cette photo, de gauche à droite : René Clément, Gina Lollobrigida et son mari. En face, un peu penchée, Maria SchellTony Curtis et Janet Leigh. Belle brochette...

Willy Rizzo : Gina Lollobrigida, Tony Curtis, Janet Leigh et Maria Schell

Willy Rizzo : Gina Lollobrigida, Tony Curtis, Janet Leigh et Maria Schell. Courtesy Willy Rizzo

Autre époque

Toutes ces photos, plus belles les unes que les autres, témoignent d'une époque faite de sensualité, de fantaisie, d'élégance et de liberté, rien à voir avec aujourd'hui. J'observe ce tirage. Au premier plan, la Ferrari de Willy Rizzo, conduite par son ex femme. Elle discute avec une copine, très élégante. La table est à quelques centimètres du caniveau. Tout semble se faire simplement, tranquillement, Ferrari ou pas Ferrari...

Willy Rizzo : Ferrari, via Veneto. Rome, 1962

Willy Rizzo : Ferrari, via Veneto. Rome, 1962. Courtesy Studio Willy Riso

En ce temps là, chaque jour apporte son lot d'insouciance et de plaisir, savamment cultivé, ce qui n'empêche pas quelques soirées nostalgiques, façon Dolce Vita. Dans son travail, Willy Rizzo avait un objectif : "Faire sentir la personne". Involontairement, il a été bien au-delà, en illustrant une époque étonnante, dans laquelle les stars de cinéma, ses amies, donnaient le tempo. Aujourd'hui, ou tout semble complexe, fragile, menacé, cette exposition fait un bien fou...
Studio Willy Rizzo : 12 rue de Verneuil, 75007 Paris

Ouvert tous les jours de 11h à 18h30