Le "Juin d'Art" à Saint-Germain-des-Près : les galeristes montrent qu'ils ont du coeur

Isabelle De Luca : Marie, huile sur toile, 130 cm x 130 / Tête de reliquaire Peuple Lumbu, Gabon. Circa 1900. Bois, pigments, verre, H : 31,5 cm. Charlotte Grand-Dufay

Jusqu'au 5 juin 2016, de nombreuses galeries de Saint-Germain-des-Près ouvrent grand leurs portes et proposent à leurs clients de reverser une petite partie de l'achat à l'UNICEF, de quoi soigner son image et attirer les curieux. Visites.

Qu'on se le dise : galeristes et marchands d'art de Saint- Germain- des- Près résistent. Régulièrement, ils organisent des manifestations culturelles, afin de réaffirmer la vocation culturelle de ce quartier célèbre. Non, il n'y a pas que des commerces de bouche ou des boutiques de fringues à Saint-Germain-des-Près. L'association Art Saint-Germain-des-Prés, vieille de 18 ans, propose "Le Juin d'Art Saint-Germain- des-Prés". Les galeries les plus actives dans le domaine de l'art moderne et contemporain, l'art tribal et l'archéologie, le design et les arts décoratifs ouvrent leurs portes. Non, il n'y pas besoin d'être un collectionneur argenté ou un spécialiste de l'art contemporain pour pousser la porte d'une galerie. Comme on parle trop souvent de chiffres ou de records, les organisateurs veulent, cette année, prouver que l'art est "aussi une affaire de cœur, d'émotion, de découverte et de partage", d'où le titre : "Côté cœur, côté raison". La preuve qu'un marchand peut aussi avoir du cœur : chaque galeriste participant, propose à ses clients de verser une partie du montant de son achat à l'UNICEF-France. Il n'y a plus qu'à espérer que l'acheteur, lui aussi, est un gros cœur...  Combien versera t-il à l'UNICEF s'il achète ce beau tableau d'Olivier Debré, qui me rappelle Nicolas de Staël ?

Olivier Debré : la Fossette, 1958. Huile sur toile, 54 cm x 65. Courtesy galerie Applicat Prazan

Olivier Debré : la Fossette, 1958. Huile sur toile, 54 cm x 65. Courtesy galerie Applicat Prazan

Nouvelle Irlande à Paris

La rue des Beaux Arts portent bien son nom, elle accueille de nombreuses galeries d'art premier ou contemporain. Alain Bovis est bien connu des amateurs d'art africain. Je pousse la porte, pour voir rapidement l'exposition intitulée : "Formes et abstraction", le désir de montrer un certain rapprochement entre sculpteurs d'art premier et abstraction. L'idée n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle fonctionne. Cette spatule venue de Mélanésie l'illustre bien.

Spatule, Nouvelle Irlande, archipel Bismarck, Mélanésie. Bois, perles, coquillages. H : 42,5 cm. Fin du XIXe. Vincent Luc. Courtesy galerie Alain Bovis

Spatule, Nouvelle Irlande, archipel Bismarck, Mélanésie. Bois, perles, coquillages. H : 42,5 cm. Fin du XIXe. Vincent Luc. Courtesy galerie Alain Bovis

Pluie et feuilles de chou

Dans la même rue, quelques mètres plus loin, je tombe nez à nez avec cette étonnant Gainsbourg de Berard Pras. Cet artiste adore rassembler, dans son travail, une multitude d'objets hétéroclites. Ce Gainsbourg, cigarette à la main et mallette (de billets ?) à gauche, a le regard perdu. Je remarque la montre molle à la Dali en guise d'oreille et le morceau de disque vinyle dans la partie supérieure. Les notes d'un piano entourent la tête et composent une sorte d'auréole.

Bernard Pras : Serge Gainsbourg, cibachrome sous diasec. 160 cm x 120. Edition sur 5, 2014

Bernard Pras : Serge Gainsbourg, cibachrome sous diasec. 160 cm x 120. Edition sur 5, 2014

Photo de famille

Au 29 rue de Seine, la galerie Berthet-Aïttouares occupe depuis 1986 la première galerie Yvon Lambert, collectionneur et marchand très célèbre dans le milieu. Depuis 1999, Michèle Aïttouares travaille avec sa fille. L'acteur Philippe Noiret aimait y venir et donner de la voix, ce qu'il savait très bien faire : "Bonjour, le viens voir les filles", disait-il. Cette visite le changeait un peu de l'ambiance des plateaux de cinéma. Pour "Juin d'Art Saint-Germain-des-Près", les galeristes exposent leurs artistes historiques comme Hartung ou Degottex. Mais elles proposent aussi cette magnifique photo d'Antoine Schneck, né en 1963 et ancien cameraman de TV. Cet artiste photographie des visages de toutes origines sur fond noir et toujours avec la même force. Je mes souviens également d'une série sur les gisants de la basilique Saint-Denis, même la pierre semblait vivante. Aujourd'hui, je regarde ce visage et je suis stupéfait par l'humanité qui s'en dégage.

Antoine Schneck : Naponsa. Courtesy galerie Berthet-Aïttouares

Antoine Schneck : Naponsa. Courtesy galerie Berthet-Aïttouares

Première fois

Jacques Barrère participe pour la première fois à l'événement. Pour l'occasion, il a décidé de s'adresser aux jeunes collectionneurs avec une sélection d'œuvres à moins de 10 000 euros, comme ce bouddha assis à 3000.  Je ne sais pas vraiment s'il sourit ou si il fait un peu la moue.

Bouddha assis, bronze. Thaïlande, école de Chien Seng. XVIe siècle. H : 30 cm .

Bouddha assis, bronze. Thaïlande, école de Chien Seng. XVIe siècle. H : 30 cm .

Autodérision

Il pleut de plus en plus. J'accélère. Je vais jeter un coup d'œil à la Seine qui ne cesse de monter, si ça continue je vais revenir à la rame... Parmi les fidèles d'Art Saint Germain- des- Près, je dois citer la galerie Anthony Meyer. Si vous aimez l'art océanien, c'est là qu'il faut venir. Meyer propose une confrontation entre art ancien et contemporain. Mais la surprise, ce sont des autoportraits que l'artiste Martin Schneider, premier photographe de Madonna et spécialiste des cow-boys, a réalisé dans ... le Perche. On les croirait daté du XIXe et issus de Nouvelle Guinée. L’artiste se moque ouvertement des clichés ethnologiques classiques ou colonialistes. Et quelle belle preuve d'autodérision...

Martin Hugo Maximilian Schreiber. Impression Epson sur papier Hahnemühle 200 cm. 2013-2014

Martin Hugo Maximilian Schreiber. Impression Epson sur papier Hahnemühle 200 cm. 2013-2014

Mauvais galop

Ce cheval blessé d'un jeune peintre syrien Omar Ibrahim est, hélas, un beau symbole de la Syrie actuelle. L'animal réussira t-il à retrouver son équilibre ? Pas sûr...

Omar Ibrahim : Cheval blessé, huile sur toile, 150 cm x 150

Omar Ibrahim : Cheval blessé, huile sur toile, 150 cm x 150

Cet événement culturel s'inscrit dans le cadre des "7 jours à Paris", mariage d'amour ou de raison, entre D'Days, Carré Rive Gauche, Nocturne Rive Droite. L'occasion pour près de 400 marchands de présenter leurs écuries et mettre en commun leurs énergies pour conjurer la pluie, les problèmes de transport et attirer un nouveau public... Quelle que soit la hauteur de la Seine et le temps qui passe, Saint Germain-des-Près doit, à mon avis, conserver son cap artistique...