Slick 2015 : l'anti Fiac qui résiste bien

Anna Borowy : Touchies, 2015. Huile sur toile, 120 cm x 140. Courtesy Janinebeangallery

Jusqu'au 25 octobre, sous le pont Alexandre III, la Slick propose la découverte de jeunes artistes contemporains prometteurs.Visite.

Vu le prix du stand à la Fiac et les humeurs, parfois imprévisibles, du comité de sélection, de nombreux galeristes s'organisent, se regroupent et créent des "Fiac-off" ou des "Anti-Fiac". En ce moment, on ne les compte plus, mais il y a une qui sort du lot : la Slick. Elle existe depuis dix ans, preuve de son sérieux et de sa pugnacité et elle propose depuis son début une programmation de qualité. Alors c'est la nouvelle fable de l'histoire de l'art parisien : quand la Fiac se réveille dans son Grand Palais, la Slick, avec une certaine impertinence, dresse sa tente sous le pont Alexandre III, à deux pas. Je descends l'escalier qui mène à la structure de bois et de toile, une trompette est collée au dessus de la porte d'entrée. Ici, on ne se prend pas au sérieux et on tient à le faire savoir.

Pont Alexandre III : tente de la Slick, 2015. Photo Thierry Hay.

Pont Alexandre III : tente de la Slick, 2015. Photo Thierry Hay.

Anniversaire

31 galeries, plus ou moins émergentes y exposent plus de 200 artistes, plutôt jeunes. 50 % des galeries sont internationales, beaucoup d'allemands. Pour fêter son anniversaire, la Slick a commandée six installations à six artistes venus d'univers diffèrents : plasticien, designer, artiste floral ou sonore, photographe ou maître parfumeur. Ces travaux sont placés à l'entrée et ont pour vocation de mettre en éveil les cinq sens du visiteur. Sous la grande tente Slick, une partie est réservée à des œuvres produites pour l'occasion. Les habitués appellent cela" La Plateforme".

Illusion

Comme toujours, l'accueil est bon enfant et très sympathique. Habituée des lieux, la galerie Binôme surprend encore avec les derniers travaux de Lisa Sartorio. De loin, j'ai l'impression de paysages, des grandes herbes balancées par les vents. Mais quand je m'approche : surprise. Le paysage est constitué d'une accumulation d'images d'armes. " Des formes vivantes qui se déploient dans un mouvement exponentiel. Energie vitale et créatrice mais aussi mouvement sournois d'infiltration qui travaille sur la contamination physique et mentale" souligne le dossier de presse. Des armes aussi tenaces que des mauuvaises herbes, et qui se répandent partout...

Lisa Sartorio : L'écrit et l'histoire, 2014. Bren Mk 1. Impression encres pigmentaires sur papier Arman Smooth coton. 66 cm x 5&,5. Contre collage sur aluminium. Courtesy galerie Binôme.

Lisa Sartorio : L'écrit et l'histoire, 2014. Bren Mk 1. Impression encres pigmentaires sur papier Arman Smooth coton. 66 cm x 5&,5. Contre collage sur aluminium. Courtesy galerie Binôme.

Gomme bichromatée

Sur le même stand, j'observe les créations de Mustapha Azeroual, photographe autodidacte, scientifique de formation. Il s'intéresse aux techniques historiques de prises de vue et s'en inspire fortement pour ses créations. Il joue entre le passé et le présent et aime confronter les deux, à travers des paysages qui deviennent abstrait et même conceptuels. Pour ce faire, l'artiste utilise une technique bien particulière : la gomme bichromatée. En réalité, il 'agit d'un tirage pigmentaire aux sels de chrome réalisé par contact. Ce procédé a été inventé en 1850. J'observe un curieux cercle qui semble vibrer sans cesse. J'ai l'impression d'assister à la naissance d'une image.

Moustapha Azeroual : Echos 1, étude pour une subjectivité de la lumière, 2015. Epreuve daguerréotype. 16 cm x 20. Courtesy galerie Binôme.

Moustapha Azeroual : Echos 1, étude pour une subjectivité de la lumière, 2015. Epreuve daguerréotype. 16 cm x 20. Courtesy galerie Binôme.

Interactif

La Slick 2015 met l'accent sur la technologie. La galerie Charlot expose plusieurs œuvres interactives, dont celle-ci d'Eric Vernhes. La galeriste m'invite à appuyer sur le cadre noir d'un tableau. Soudain l'œuvre se met en branle, d'abord des formes colorées, puis des lettres et tout cela finit par un poème.

Eric Vernhes : Gerridae, 2014. Programme informatique, métal, bois, écran LED. 50 cm x 50 x 10. Courtesy galerie Charlot.

Eric Vernhes : Gerridae, 2014. Programme informatique, métal, bois, écran LED. 50 cm x 50 x 10. Courtesy galerie Charlot.

Bonnes formes
J'aime beaucoup Viallat et je trouve que la galerie Oniris a bien raison de proposer ses créations. Elle expose également Guillaume Moschini, un peintre abstrait qui travaille à partir de toile brute et joue sur les équilibres instable, le plein, le vide.

Du côté de Cuba
Uprising Art gallery présente un " Spécial Cuba", dont l'artiste Santiago Olazabal avec cette œuvre figurative pleine de charme.

Santiago Olazabal : sans titre (la petite fille), 2003. Huile sur toile, 121 cm x 156. Courtesy Uprising Art gallery.

Santiago Olazabal : sans titre (la petite fille), 2003. Huile sur toile, 121 cm x 156. Courtesy Uprising Art gallery.

Cinéma

Sur le stand de la galerie Claire Gastaud, je vois cette oeuvre lumineuse d'Anne-Sophie Emard. En haut, une maison bretonne qui paraît sortie tout droit du film "Psychose" d'Alfred Hitchcock, et en bas, l'image d'une "Ophélie" blanchâtre. Anne-Sophie Emard adore mélanger des représentations de plusieurs sources.

 

Anne-Sophie Emard : Khari, 2015. Boîte lumineuse, 120 cm x 90. Courtesy galerie Claire Gastaud.

Anne-Sophie Emard : Khari, 2015. Boîte lumineuse, 120 cm x 90. Courtesy galerie Claire Gastaud.

Minets

En général, je ne suis pas très séduit par les créateurs utilisant la taxidermie. J’ai presque une overdose des ces animaux empaillés, utilisés désormais à toutes les sauces. Mais chez LKFF Art, je ne suis pas resté indifférent face à ce très étrange double chat, réalisé par : "Les deux garçons". Je trouve le côté kitsch parfaitement assumé, la mise en scène façon procession espagnol bienvenue et j'ai aimé le petit clin d'œil discret au surréalisme, avec les gants dans la partie inférieure. Ceci étant dit, ces deux demi-chats sont aussi dérangeants que mignons, je pense que c'est tout à fait voulu... Cette oeuvre fragile est malgré tout touchante.

Les deux garçons. Courtesy LKFF Art & Sculpture projects.

Les deux garçons. Courtesy LKFF Art & Sculpture projects.

Millet sur le tapis

Dans la même présentation j'admire longuement une très belle tapisserie de Lucien Murat. En fait l'artiste utilise l'acrylique sur une tapisserie. Je remarque un petit clin d'œil à "l'Angélus de" de Millet, mais l'ensemble est résolument contemporain. C'est superbe.

Cabinet de curiosité
J'arrive devant le stand de la galerie berlinoise Janine Beanggallery, je vois une étrange sculpture en mousse noire d'Ulla Reiter et une nature morte très soignée de Grigori Dor, artiste d'origine russe, installé à Berlin depuis 1997. Il y a un petit côté "cabinet de curiosité" dans cette toile.

Allo quoi

Chez Valérie Delaunay, Matthieu Boucherit se pose la question du poids des images. Dans un monde ou chacun préfère regarder son écran de portable plutôt que son voisin ou le paysage environnant, c'est une bonne question, d'autant qu'il nous fait bréfléchir sur des images d'actualité très fortes...

Mathieu Boucherit : Le poids des images, J'aime series, 2014. oil drawings on wood, 10 cm x 7,5. Courtesy matthieu Boucherit / Galerie Valérie Delaunay.

Mathieu Boucherit : Le poids des images, J'aime series, 2014. oil drawings on wood, 10 cm x 7,5. Courtesy matthieu Boucherit / Galerie Valérie Delaunay.

En dix ans la Slick a réussie à s'imposer et à fédérer une communauté de fidèles. Elle est devenue un rendez-vous incontournable pendant la Fiac.

Slick : pont Alexandre III

De 12h à 20h