D'Days 2015 : un festival d'expériences et de techniques

Pierre Charrié : Surfaces Sonores. Courtesy D'Days 2015 / Pierre Charrié.

Les très nombreux parcours des D'Days 2015 ouvrent leurs portes jusqu'au 7 juin 2015. L'occasion exceptionnelle de découvrir tous les aspects du design contemporain. Une programmation tous azimuts qui, cette année, dépasse la simple présentation d'objets pour mettre à l'honneur l'innovation technologique. Le design face aux mutations du monde contemporain. Visites.  

Le festival D'Days souffle ses 15 bougies. Au fil des ans, il est devenu un adolescent qui ne manque pas d'intérêt, même si, comme tous les ados, il y a bien quelques défauts par ci, par là. Pour cet anniversaire, il s'empare, en grande pompe, du Musée des Arts Décoratifs. "Le vœu d'installer D'Days dans ce qui aurait toujours dû être sa maison mère se réalise enfin" précise René-Jacques Mayer, le président du festival.

Dédale

Le Musée des Arts Décoratifs devient donc l'endroit-phare des D'Days 2015. La preuve : le lancement du festival se fait là bas. Je suis accueilli avec un grand sourire et on m'indique une signalétique par codes couleurs au sol, afin de découvrir les différentes expositions réparties sur quatre étages. Mais au bout d'un quart d'heure, tout le monde est perdu. Il faut dire que le musée est un tel labyrinthe. Au début, ça m'agace mais après j'adore. Cela me donne l'occasion de redécouvrir les collections permanentes du musée : je vous recommande. Mais je suis là pour D'Days et il faut bien que je les trouve ces expositions...

Luxe, calme et volupté

Au détour d'un couloir, je vois cette étonnante bibliothèque réalisée par le très jeune designer Pierre Gonalons. Inspiré par les temples antiques, il reprend la forme immémoriale de la coupole et propose un petit nid cosy pour la lecture, la conversation, la concentration et la méditation.

Pierre Gonalons : bibliothèque Pavillons . Laiton à patine bronze, tabletterie en laque noire et feuilles de palladium craquelées. Miroir hémisphérique en plexiglas. Leds. H : 250 cm x D : 220 cm.(3 ex). 2012. Coutesy galerie Armel Soyer.

Pierre Gonalons : bibliothèque Pavillons . Laiton à patine bronze, tabletterie en laque noire et feuilles de palladium craquelées. Miroir hémisphérique en plexiglas. Leds. H : 250 cm x D : 220 cm.(3 ex). 2012. Coutesy galerie Armel Soyer.

 
Design et combats

J'entre dans l'exposition : "Design da Gemma" de David Elia, un designer très concerné par les problèmes environnementaux et sociaux de son pays, le Brésil. D'origine libanaise et uruguayenne, ce créateur qui a grandi en France, aux Etats-Unis et au Brésil, se situe à la frontière avec l'art contemporain. Il crée des objets fonctionnels avec un hommage à ce qu'il appelle "l'esprit Carioca". Il aime jouer avec les objets du quotidien, récupérer verres et plastiques et créer à partir d'eux.

Son but est de transcender la perception du quotidien. Son engagement a été salué par des collectionneurs comme François Pinault et Paula Cussi, qui ont chacun fait l'acquisition d'œuvres. J'observe une étrange étagère inspirée des descentes de police dans les favélas. Ce meuble-installation évoque la guerre des gangs. Ce sont en fait trois étagères en verres et bois qui enferment des pièces de Monopoly et des petits soldats : étonnant.

David Eia : Pacification, 2013. Collection Pacificacao. Bois doré, soldats en plastique doré, maisons de Monopoly. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

David Eia : Pacification, 2013. Collection Pacificacao. Bois doré, soldats en plastique doré, maisons de Monopoly. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

Ce créateur propose aussi ce fauteuil inspiré des plantes carnivotres du jardin botanique de Rio. Une façon pour Elia d'évoquer,à sa façon, la jungle urbaine.

David Elia : Chaise Carnivora, 2011. Polyétylène, acier inox poli, miroir d'accastillage. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

David Elia : Chaise Carnivora, 2011. Polyétylène, acier inox poli, miroir d'accastillage. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

David Elia veut saluer, à travers ses créations, le petit peuple brésilien. Il utilise donc des tongs, chaussures ultra populaires, pour ce curieux plateau, à la fois engagé et humoristique.

David Elia : Plateau.  Bois, dorure, tongs. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

David Elia : Plateau. Bois, dorure, tongs. Courtesy D'Days 2015 / David Elia.

La grâce du son

Le musée des Arts décoratifs propose également les surprenantes et belles surfaces sonores de Pierre Charrié. Il utilise les matériaux en fonction de leur capacité à diffuser du son, sans haut-parleur, en faisant juste résonner une surface à partir d'un vibrateur de son situé derrière la surface, à la manière d'un instrument de musique. Son exposition "Surface Sonores" présente ses expérimentations et prototypes dans différentes salles des Arts Décoratifs. Pas de doute, Pierre Charrié propose bel et bien un nouvel objet d'écoute. Et en plus, il est superbe.

Pierre Charrié : Surfaces sonores. Courtesy D'Days 2015 / Pierre Charrié.

Pierre Charrié : Surfaces sonores. Courtesy D'Days 2015 / Pierre Charrié.

Savoir faire 

Cette année encore l'objectif des D'Days est le même : embrasser toutes les formes du design, tisser un fil entre artisans et designers, favoriser les échanges. Le thème général de la 15e édition est l'expérience, une façon de donner un coup de chapeau au savoir faire des créateurs et de souligner que, beaucoup de projets menés par des designers, fonctionnent comme des expériences de laboratoire

Modernité et spiritualité

Cette année encore, un pays est invité. Cette fois ci, c’est la Thaïlande. J'arrive devant l'Espace Comines. Le TCDC (Centre de Création et de Design Thaïlandais) y expose les designers qu'il a choisi, en accord avec D'Days, sous le regard avisé de Chloé Braunstein-Kriegel, commissaire de l'exposition.  Elle vit en Thaîlande et a voulu sortir des stéréotypes afin de donner une image moderne de la Thaïlande. Le TCDC est important en Thaïlande, il recouvre 4500 m² à Bangkok. Sa mission est d'aider les créateurs et de rendre leurs travaux plus lisibles. Aujourd'hui, il participe au festival D'Days. J'admire ce fauteuil de Duangrit Bunnang, architecte très connu en Thaïlande.

Duangrit Bunnag : Malibu Chair. Bois recyclé, 2014. TCDC / Duangrit Bunnag

Duangrit Bunnag : Malibu Chair. Bois recyclé, 2014. TCDC / Duangrit Bunnag

Je regarde une grande cabane, un espace de jeu et de repos pour adules et enfants : plutôt sympathique. Demain, il y a fort à parier que ces espaces qui offrent un aspect ludique mais aussi un lieu de dépaysement, de protection, d'intimité, de calme vont se multiplier. Cette cabane de bois contre les bruits et les agressions de la vie urbaine est un bel exemple.

Atelier 2 : Camp. Courtesy TCDC / Atelier 2.

Atelier 2 : Camp. Courtesy TCDC / Atelier 2.

Rush Pleansuk récupère des meubles anciens et les transforme en maison des esprits (maison des ancêtres)...  En Thaïlande, chez un artisan, un architecte ou un designer, la spiritualité n'est jamais loin. Wirin Chaowana est née à Bangkok de parents artistes. Elle propose des objets d'art inspirés des décorations florales que l'ont trouve partout dans ce pays.

Wirin Chaowana : Pub Piab Riab Boy, 2015. Papier non acide.  Courtesy TCDC / Wirin Chaowana.

Wirin Chaowana : Pub Piab Riab Boy, 2015. Papier non acide. Courtesy TCDC / Wirin Chaowana.

J'ai trouvé cette exposition très sensuelle et intéressante. N'hésitez pas à aller faire un petit tour du côté de l'exposition "Sharing Days" : dépaysement, modernisme et respect des traditions.

Face à face

Après la Thaïlande, je pars découvrir "Le village des créateurs de la région Rhône-Alpes " chez Joyce galerie, dans les jardins du Palais Royal. Le crédo de ces jeunes designers lyonnais est d'aller, à travers leur travail, à la rencontre de l'autre. Adrian Blanc y présente un très astucieux projet Il propose une structure comportant un siège, capable de se fixer sur les bittes en béton des zones urbaines.

Benjamin Rousse, lui, présente un miroir qui fait directement référence aux célèbres tâches du test psychologique de Rorschach. Le miroir est découpé au laser. Cela permet d'avoir des angles qui seraient impossible d'obtenir avec un procédé classique. La forme du miroir, peut donc dépendre de la vision et de personnalité de chacun : original.

Benjamin Rousse : Echo. VDC / Benjamin Rousse.

Benjamin Rousse : Echo. VDC / Benjamin Rousse.

 
Au galop

Salvatore Urso décide de faire bouger les réunions de famille ou professionnelles. Il propose un étonnant siège en forme de selle de cheval. L'utilisateur s'assoit dessus comme un cavalier. Il dispose de poches sur le côté pour ranger son ordinateur ou sa tablette. Ce meuble d'appoint veut casser les codes. Salvator Urso est chaudronnier de formation. Son travail s'est donc naturellement orienté vers l'utilisation du pliage du métal. "Soyez le cavalier des temps moderne ... prenez les rennes" souligne le créateur. C’est sûr qu'avec de tels sièges, les grands rassemblements familiaux auraient une autre allure...

Salvatore Urso. Selles. Courtesy VDC / Salvatore Urso.

Salvatore Urso. Selles. Courtesy VDC / Salvatore Urso.

Sous sol

Même le métro parisien participe aux D'Days. Les étudiants de l'Ecole de Communication Visuelle (ECV) s'associe à la RATP et présente le projet " Pixel trip". Les jeunes créateurs proposent leurs visions du voyage à travers l'espace et le temps et s'installent dans plusieurs vitrines sur la ligne 14 (Pyramide, Madeleine, Bercy, Gare de Lyon). Dans ces stations de métro, les voyageurs ont donc l'occasion de découvrir un monde humoristique et très créatif, très proche de l'univers des jeux vidéos.

Pixel Trip - ECV : voyage au coeur du métro, 2015. ECV / D'Days 2015.

Pixel Trip - ECV : voyage au coeur du métro, 2015. ECV / D'Days 2015.

Bravo l'arbitre

Je continue mon périple, toujours en métro. Quelques stations plus loin j'arrive à la galerie Joseph, rue de Turenne. Là, j'ai un gros coup de cœur pour la chaise arbitre de Stéphanie Langard. J'en admire une blanche sur fond jaune. Ce meuble a déjà été présenté avec succès à la galerie Starter. Avec cette réalisation, une fois de plus, Stéphanie Langard montre qu'elle sait marier innovation et élégance. Roland Garros devrait y penser. Ce grand meuble peut bien sûr trouver sa place sur les cours de tennis, mais pas seulement.

Stéphanie Langard : Chaise arbitre. Courtesy galerie Joseph.

Stéphanie Langard : Chaise arbitre. Courtesy galerie Joseph.

 
Lumière intime

Dans la même galerie, j'ai beaucoup de tendresse pour les liminaires incroyables de Arnout Meijer. Sa lumière tremble et devient quasi hypnotique. C'est une véritable expérience.

 
Dentelle de bois

Je continue. J'emprunte le petit escalier blanc pour gagner le dernier étage et découvrir les œuvres des 23 élèves de l'école Duperré pour les Bosch Design Awards. Les élèves  doivent créer à partir d'un produit de la célèbre marque ou moderniser l'image de cette entreprise. J'admire les œuvres du gagnant : Manuel Volmar. Il propose des petites tables, une paroi ajourée et des lanternes inspirées de la calligraphie marocaine. Un hôtel parisien cinq étoiles serait déjà intéressé par son travail, où filaments, nerfs, veines, tendons s'immiscent dans le bois.

Manuel Volmar : ornementations, bois, 2015. Ecole Duperré / Manuel Volmar.

Manuel Volmar : ornementations, bois, 2015. Ecole Duperré / Manuel Volmar.

Je remarque aussi 2015, la gamme tendance poupée Barbie d'Adel Fecih. Une grande partie des expositions de la galerie Joseph mérite le détour, d'autant qu'un peu plus loin, dans un autre bâtiment, elle expose les très beaux luminaires de Lasvit (Frozen de Maxim Velcovsky), réalisés en verre de Bohème. Magnifique, le designer s'est inspiré de la transformation de l'eau en glace et ça se voit. Plus je les regarde, plus je les trouve beaux.

Maxim Velcovsky : Frozen. Lasvit / galerie Joseph.

Maxim Velcovsky : Frozen. Lasvit / galerie Joseph.

 
Hommage à Paris et aux parisiennes

Je cours au musée Carnavalet pour voir l'installation de Nathalie Auzépy, architecte, designer, scénographe et arrière petite fille d'Adolphe Alphand, bras droit du baron Haussmann. Elle s'est emparée du musée et propose des œuvres qui mêlent poésie et technologie. Dans les jardins, je découvre ses arbres en forme de plans de Paris ou son arbre à mots : original. Mais le plus spectaculaire est sans aucun doute son arbre de vie dans la salle de bal de l'Hôtel Wenzel. C’est à la fois un arbre et une harpe dont les cordes sont activées par les visiteurs.

Nathalie Auzépy et Dalcans : déambilation sonore, 2015. Nathalie Auzépy / D'Days 2015.

Nathalie Auzépy et Dalcans : déambilation sonore, 2015. Nathalie Auzépy / D'Days 2015.

En revanche, je suis beaucoup moins séduit, au premier étage, par les écrans qui rajoutent des jambes de femmes sexy sous les bustes des tableaux du XIXe : un peu facile à mon avis.

Techniques

Allez hop, c’est reparti, changement de musée : celui des Arts et Métiers maintenant. Je vais voir l'exposition : "Invention design". J'entre et découvre un très beau vélo en frêne de Paule Guerin et Till Breitfuss : totalement épuré mais très décoratif.

Charles Boulnois, Paule Guerin, Till Breitfuss : vélo Alérion. Keim 2014.

Charles Boulnois, Paule Guerin, Till Breitfuss : vélo Alérion. Keim 2014.

Dans une très grande salle, je découvre de nombreux exemples de technologies innovantes : un pont piétonnier du studio Heatherwik, qui se recroqueville comme une chenille. Je regarde aussi une machine à recycler les déchets de polypropylène d'Emile Visscher. Elle fonctionne selon le principe de fabrication de la barbe à papa. Partout, il y a des petits écrans où des designers s'expriment sur leurs démarches. Cette exposition sérieuse et pédagogique prouve l'audace des inventeurs et le souci des designers de s'adapter aux lois du marché : intéressant. En fait, l'inventeur et le designer doivent absolument travailler ensemble et se compléter.

Printemps

Un petit coup de cœur pour les tables colorées de Nathalie Lete chez Bazarthérapy, comme celle ci-dessous. Cette créatrice est connue pour sa façon d'introduire le monde végétal ou éthnisant dans son design.

Nathalie Lete : table Karma. Bazarthérapy / Nathalie Lete.

Nathalie Lete : table Karma. Bazarthérapy / Nathalie Lete.

Toujours plus grand....

Comme chaque année, D'Days veille à dépasser Paris Intra Muros et offre des" Parcours Grand Paris" à Pantin ou à Saint Ouen. Ce festival de design est bel adolescent (15 ans), mais je reste toujours perplexe face à cette volonté de gigantisme à tout prix, car le visiteur prend le risque de traverser Paris et d'aller à un endroit où il n'y pas grand-chose à voir...

Mais attention, je ne prétends pas avoir tout vu. Comme tous les ans, je suis sur les genoux mais heureux d'avoir découvert, parfois admiré, tous ces travaux de designers. Comme le dit le président du festival : "Le design sculpte nos pratiques individuelles" alors ... Bonnes visitesssssssssssss.... Courage pour ce festival-marathon et un conseil : renseignez vous bien avant... Finalement, D'Days c'est comme Venise, c'est en se perdant qu'on découvre des merveilles...

 

 

 

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  • odile cognet-dechen

    Bravo pour la randonnee culturelle et merci pour le partage ! Odile CD