Micky Clément, l'homme qui fait parler les nuages à la galerie "Republic"

Micky Clément : Chaises longues -Les Promesses de l'aube (détail). Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

"Republic Gallery" présente, jusqu'au 21 décembre 2013, les dernières photographies de Micky Clément sous le titre : "Les promesses de l'aube". Histoires de ciels et d'eaux, un théâtre d'ombre et de lumière.  

Le mystère de Nazareth

La rue Notre-Dame de Nazareth, à deux pas de la place de la République, est une longue artère qui se partage entre fabricants de vêtements, bars et galeries d’art. J’en ai compté six, dont une qui était en train d’accrocher son enseigne lorsque je suis arrivé. Pourquoi autant de galeries dans cette rue ? Mystère. La «Républic Gallery » est blanche à l’extérieur comme à l’intérieur. Elle est toute petite et l’éclairage est, à mon goût, un peu trop violent pour mettre vraiment en valeur les photos exposées.

Le sens du vide

L’aube, cet instant si particulier où le jour s’impose petit à petit et chasse la nuit. Ce sont quelques minutes de pure magie, avant que les choses ne redeviennent ordinaires. C’est ce moment exceptionnel, entre jour et nuit, quand la lumière révèle la dualité des éléments, que cherche à capter Micky Clément. L’artiste nous invite, via son travail, à traverser les frontières entre le bien être et l’angoisse, l’eau et le ciel, la présence et l’absence. Le titre "Les promesses de l’aube" est une allusion au roman de Romain Gary, "La promesse de l’aube" dans lequel il écrit : "La vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient pas". En regardant les photos de Micky Clément, je pense à Alain Resnais, à Wim Wenders, à Modiano, tous ces artistes qui savent donner un sens au vide et l’habiter de fantômes et de souvenirs.

Plongeon dans le ciel

J'observe une photo carrée de taille moyenne : quelques transats sur une terrasse face à la mer et un ciel lourd qui se déchire pour faire place à un premier rayon de soleil. Personne, pas un humain, mais curieusement cela n’empêche pas la vie, où son souvenir, d’être là...  Micky Clément adore regarder le ciel et ça se voit sans arrêt dans son travail. je trouve qu'il y a beaucoup d'émotion dans ce cliché.

Micky Clément : Chaises longues - Les promesses de l' aube. 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Micky Clément : Chaises longues - Les promesses de l' aube. 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Une autre photo représente une piscine désertée, même sentiment de vide, d’émotion, de souvenir. Je remarque le jeu très subtil et très précis des lignes droites, il donne une grande force à cette chaise haute, qui se dresse comme une statue antique. Les photographies de Micky Clément sont des décors de théâtre dans lesquels l'observateur est invité à projeter son imaginaire. A chacun de se faire son film, son théâtre.

Micky Clément : Chaise haute - Les Promesses de l' aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Micky Clément : Chaise haute - Les Promesses de l' aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Encore une piscine, mais cette fois ci, le reflet d'une forêt vient réveiller les eaux bleues du bassin. Cela fait combien de temps que personne n'est venu dans cette piscine ?

Micky Clément : Forêt - les Promesses de l' aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Micky Clément : Forêt - les Promesses de l' aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Je vois trois parasols fermés qui semblent attendre quelque chose. La proximité entre piscine et mer, eaux domptées et flots libres, provoque une impression étrange que vient renforcer la barrière blanche, sorte de frontière très marquée. Et puis, là encore, il y a une échelle de piscine, comme une invitation à disparaître, quelques temps, dans les eaux calmes.

Micky Clément : Parasols-Les Promesses de l'aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

Micky Clément : Parasols-Les Promesses de l'aube, 70 cm x 70. Courtesy Republic Gallery / Micky Clément.

En fait, cette photo est différente des autres, elle a été prise l'après midi, ce qui explique le grand ciel bleu. Mais Micky Clément me confirme "adorer travailler très tôt le matin et se faire un peu peur dans des lieux totalement vides".

La vie en noir et blanc

C’est toujours de l’eau, mais cette fois ci, sous forme de neige : un paysage montagnard, noir et blanc. La piste de ski ressemble à un grand corps posé là et le ciel est encore d’une grande noirceur. Le jour lui même semble se réveiller. Une fois encore : beaucoup de mystère et  dans cette photo qui libère les imaginations.

Micky Clément : Montagne - Les Promesses de l'aube, 70cm x 70. Courtesy RepublicGallery / Micky Clément.

Micky Clément : Montagne - Les Promesses de l'aube, 70cm x 70. Courtesy RepublicGallery / Micky Clément.

Qui est-il ?  

Micky Clément a 36 ans, il vit et travaille à Paris. Il réalise l'identité visuelle du chanteur Benjamin Clementine et publie régulièrement dans de nombreux magazines (Télérama, Marianne, Madame Figaro etc). Avant d'être photographe, il a été compositeur-interprète et le format carré de ses photos est un clin d'oeil au monde de la musique puisqu'il rappelle la taille des albums.

Je suis heureux d’avoir découvert ce travail sur l’eau et le ciel. Ce jeune artiste sait rassembler deux mondes qui s’opposent : la rigueur géométrique et le flou poétique. Ces photos sont à la fois très précises et pleines d’absences. Micky Clément sait faire parler les nuages, je les ai "écoutés" avec plaisir.

Republic Gallery 38 rue Notre-Dame de Nazareth. 75003 Paris.
Ouvert du mardi au samedi, de 14h à 19h