La pop d'Isaac Delusion monte en gamme

Avec “Rust & Gold”, qui sortira le 7 avril prochain, la pop d'Isaac Delusion a cessé de rêver. Les français ont réussi à se hisser au niveau des groupes internationaux façon Phoenix, loin de l'image électro vaporeuse qui leur collait à la peau. Le groupe signe un chef d'oeuvre pop, moins rêveur mais diablement emballant.

“Ne plus être catégorisé comme le groupe dream pop, gentil et mignon”, c’était l’objectif d’Isaac Delusion avec “Rust & Gold”. Nouvel album, nouveaux membres et nouveau label pour l’ancien duo parisien composé de Loïc Fleury et Jules Pacotte. “Rust & Gold” se veut plus “rugueux”, plus “crasseux” que le premier album éponyme, sorti en 2014. “Le titre résume parfaitement cet album”, explique Loïc Fleury, trentenaire d’au moins un mètre quatre-vingt dix dont la voix  androgyne, elle, n’a pas changé. A ses côtés, Jules Pacotte, co-fondateur du groupe, renchérit : “Le titre retranscrit bien à la fois nos moments de doutes, nos difficultés, et l’aspect très vaporeux musicalement.”

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Loïc Fleury (à gauche) et Jules Pacotte (à droite) au Pop Up de leur nouveau label Microqlima

“Rust”, pour la rouille et les hésitations. "Gold", pour le but à atteindre et l'oxymore. Le groupe a composé cet album “en autarcie totale” au Point éphémère, dans le 19ème arrondissement de Paris, pendant près d’un an. Un lieu “crasseux” qui leur a inspiré ce contraste entre “une certaine brillance, un côté vaporeux et le crade”, entre “des morceaux très sombres” comme "Isabella" ou "Black Widow" et des morceaux plus gais, plus lumineux, comme "Voyager".

Pourtant, avec Isaac Delusion, leur premier album, les ex-rêveurs avaient marqué les amateurs de pop électronique française. Le groupe faisait référence à la “nostalgie de l’enfance, à l’émerveillement du voyage”, se souvient Loïc Fleury. “Maintenant, nous traitons des thèmes plus terre à terre, rebondit Jules. Nous voulions faire quelque chose de plus puissant, plus incisif, plus percutant et donner un aspect sauvage à notre musique.”

Un travail d'orfèvre sur le son

D’un album à l’autre, c’est l’aspect-même de la musique qui évolue. L’approche rythmique tout d’abord. Jules Pacotte, chargé des “claviers et des machines” dans le groupe s'est appliqué à garder un son pop mais en le rendant plus dansant. C’est ainsi que l'on passe du planant “Midnight Sun” sur le premier album à “Cajun” sur “Rust & Gold”. Les arrangements ont ensuite été finement travaillés : “Nous avons réussi à créer un disque qui sonne exactement comme nous l’imaginions dans nos têtes”, analyse Jules. Le tout non sans difficultés. Après avoir envoyé un morceau à six ingénieurs du son différents, le groupe en conclut qu’il doit mixer lui-même ses arrangements. Finalement, la touche d’Antoine Gaillet (M83, Julien Doré) et Antoine Chabert (trois Grammy Awards pour le dernier album de Daft Punk) “sublimera” ces derniers mois de travail intensif. “Nous avons franchi un grand pas : c’est le premier album que nous produisons seuls”, conclut Loïc.

Dans la création de “Rust & Gold”, chaque nouveau morceau a été pensé pour la scène. Le groupe, lui-même, a évolué au fur et à mesure des concerts. Le groupe, pensé d'abord comme un duo, est vite devenu quatuor puis quintet avec l'arrivée d'un batteur, Cédric Laban. Pour Loïc, “l’ajout de ce batteur capable de jouer des rythmiques électro hyper tordues” rend le son du quintet “encore plus hybride”. En mettant des rythmiques de batterie à la place des boîtes à rythme et inversement, Isaac Delusion “brouille les pistes”. 

Isaac Delusion a grandi. De l'enfance et du rêve présents dans le premier album, le groupe passe à un univers rempli de voyages et de rencontres. Désormais, le groupe s'est forgé une identité : "Nous avons expérimenté plus de choses sur cet album, relate Loïc. Nous sommes partis de musiques du monde." Introduction rythmée à la guitare électrique, voix planante et rythmes électroniques, "Cajun" est l'illustration de ces nouvelles inspirations incisives. Inspirée de la musique cajun venue de Louisiane, aux Etats-Unis, cette chanson marque la montée en gamme du groupe, la fin d'une ère dream pop. Le chanteur s’en réjouit : “J’aime voir que les gens ont du mal à décrire le style de musique du groupe”.

 

Florence Morel et Marianne Cazaux