Mâcher la poussière : le très beau nouveau roman d'Oscar Coop-Phane

Servi par une écriture pleine de grâce, le quatrième ouvrage de cet auteur de  28 ans est une méditation sur la condition humaine. Tragique, forcément.

 

Les personnages d'Oscar Coop-Phane sont comme ces vieilles maisons de famille perdues au fin fond de la campagne : isolées, usées par le poids des années qui passent et des intempéries qui frappent, grises, monotones, et néanmoins sublimes.

En 2012, à tout juste 23 ans, cet ancien garçon de café faisait une entrée remarquée sur la scène littéraire française avec la publication de Zénith-Hôtel. Dans ce superbe ouvrage, récompensé par le prix de Flore, il dépeignait avec justesse et poésie les vies fracassées de petites gens aux prises avec un monde trop rude pour eux. Cinq ans plus tard, la même beauté froide et mélancolique irradie Mâcher la poussière, son quatrième roman.

L'action se déroule dans un luxueux hôtel, où un baron dans la force de l'âge est assigné à résidence après avoir tué le neveu d'un chef mafieux. Piégé dans sa prison dorée, Stefano cherche désespérément une raison de vivre. D'abord dans l'amour qu'il croit trouver auprès d'Isabelle, une jeune fille de 17 ans qui rêve de luxe et de grandeur. Puis dans la drogue et la vie de débauche que lui apporte Joseph, le barman de l'hôtel. Ou encore dans l'amitié délicate de Raymond, un poète maudit aux illusions perdues, qui traîne désormais son spleen ainsi que son immense fortune de palace en palace. Mais les chimères après lesquelles court Stefano n'ont-elles pas vocation à disparaître quand on croit pouvoir les attraper?

Plus qu'un livre sur l'enfermement du corps, Oscar Coop-Phane nous livre en filigrane une réflexion sur la condition humaine. Terrible, car éternellement insatisfaite. Tel Tantale devant qui l'eau et la nourriture se dérobent, Stefano voit son bonheur s'évaporer dès qu'il lui est permis de le sentir de près.

On retrouve sinon dans Mâcher la poussière tout ce qui a déjà fait le succès de son auteur : son écriture tout en poésie et, surtout, sa compréhension profonde de l'être humain. Le talent d'Oscar Coop-Phane n'est jamais aussi évident que lorsqu'il s'agit de disséquer les tréfonds de l'âme. Il décrit à merveille toutes les petites trahisons, les mesquineries, les non-dits, les espoirs (déçus) et les rêves de ses personnages. Au détriment, parfois, de la trame narrative : l'auteur ne craint pas, à certains moments, de découdre le fil de son récit afin de nous immerger pleinement dans la psychologie des protagonistes. Certains le lui reprocheront. Mais pas nous.

Oscar Coop-Phane, Mâcher la poussière, Grasset, 320 p., 19 euros.

Jonathan Grimmer