Leonard Cohen et les artistes face à la mort

Le 21 octobre dernier, le chanteur de 82 ans Leonard Cohen a sorti un album intitulé "You want it darker". Cet opus très solennel et religieux évoque la mort, la sienne. Comme lui, d'autres chanteurs ont créé des œuvres annonçant avec clairvoyance leur disparition prochaine. Nous en avons retenu trois.

« I'm out of the game » : dès les premières secondes de son 14e album, Leonard Cohen donne le ton avec sa voix rocailleuse. Il est désormais prêt, comme il le dit dans la suite de la chanson : « I'm ready my Lord ».

Prêt à quoi ? Difficile de ne pas penser qu'il parle de la mort. D'autant plus qu'il avait clairement annoncé le 17 octobre dans une interview au magazine The New Yorker « je suis prêt à mourir ».

Quelques jours, plus tard, le chanteur de 82 ans est apparu affaibli lors d'une conférence de presse pour présenter ce nouvel album intitulé You want it darker. Un son très sobre et solennel. La religiosité est partout présente, que ce soit dans les textes aux références chrétiennes et juives, comme dans la musique, parfois animée par les choeurs de la synagogue de Montréal.

Pas de doute, Leonard Cohen affronte bien la mort dans cet opus parfaitement maîtrisé et produit par son fils Adam. Autre indice s'il en fallait : après le décès de sa muse Marianne Ihlen en juillet dernier, l'artiste canadien lui avait écrit une lettre d'adieu dans laquelle il glisse qu'il pensait bientôt rejoindre son amante mourante. Si l'heure de Leonard Cohen est venue, le chanteur et ses fans s'y seront au moins préparés.

1. David Bowie

 

Cela n'avait pas été le cas pour David Bowie. Sa disparition le 10 janvier 2015 avait pris de court le monde entier. La star de 69 ans avait caché qu'elle souffrait d'un cancer. Le Thin white duke avait sorti trois jours avant son décès son 25e album nommé Blackstar. A défaut d'avoir annoncé sa maladie à ses fans, David Bowie leur a légué un album.

Le titre « Lazarus » sonne comme le testament du chanteur. Dans son clip, on le voit couché dans un lit d'hôpital, les yeux bandés chantant : « Look up here I'm in heaven » (« Levez les yeux, je suis au paradis ») ou encore « I've got nothing left to lose » (« Je n'ai plus rien à perdre »).

Quant à la dernière chanson de son album, David Bowie semble s'adresser à ses fans dans une sorte d'évangile :
« Je ne peux pas tout livrer
Voir davantage et moins ressentir
Dire non et vouloir dire oui
C’est tout ce que j'ai jamais voulu dire
C'est le message que j’envoie »

2. Johnny Cash

 

A la fin de sa vie, Johnny Cash, atteint du diabète, était devenu presque aveugle et se déplaçait en chaise roulante. Comme Leonard Cohen, l'homme âgé de 71 ans en 2003 a été très atteint par la mort de son épouse June Carter. Ce drame l'a fait immédiatement réagir : il décide de se remettre à écrire et chanter. Malgré l'état de santé défaillant de Johnny Cash, son producteur Rick Rubin va l'aider à écrire ses dernières chansons : il emménage un studio d'enregistrement dans la chambre de l'artiste et lui envoie un ingénieur son qui restera à ses côtés presque jusqu'à la mort du chanteur.

Ses chansons seront publiées dans des albums posthumes, American V : a hundred highways et American VI : Ain't no grave. L'artiste y dévoile des textes très solennels et lourds de sens. Le titre « God's gonna cut you down » est un bon exemple. Cette chanson folk traditionnelle a été reprise par Johnny Cash qui annonce avec une voie rauque que « Tôt ou tard, Dieu te punira ». Le clip de cette interprétation, filmé après la mort du chanteur met en scène de nombreuses stars : Iggy Pop, Patty Smith, Bono mais aussi Kanye West, Johnny Depp, Justin Timberlake, etc. Tous sont habillés en noir pour rendre un dernier hommage au « Man in black ».

Mais le titre le plus bouleversant des derniers jours de l'artiste est incontestablement « Hurt » sorti en 2002 dans l'album American IV : The man comes around. Le clip de cette chanson a été tourné dans le musée de Johnny Cash, qui était depuis longtemps fermé au public. Jugé comme le clip le plus triste par The Independent, il a même fait pleuré Rick Rubin qui n'est pourtant pas un grand sentimental.

On y voit un chanteur vieux et résigné qui referme pour la dernière fois, le clavier d'un piano.

3. Alain Bashung

 

Côté français, en 2009, Alain Bashung a laissé un grand vide en disparaissant à 61 ans, suite à un cancer du poumon. L'artiste avait commencé l'enregistrement de son dernier album Bleu pétrole sans savoir qu'il était malade. Une fois au courant, il a écrit la chanson « Comme un Légo », un titre où le chanteur se place au-dessus de la foule pour l'observer, comme s'il n'était déjà plus parmi nous.

Malgré sa maladie, le chanteur a pourtant souhaité rester sur scène jusqu'au bout, comme pour honorer ses fans. Une série de concerts à l'Olympia malgré sa chimiothérapie en 2008. En 2009, malgré l'annulation de plusieurs concerts, il vient aux Victoires de la musique et remporte trois prix. Lors d'une interview à France Inter, il avait déclaré : « L'affection que m'envoyaient les gens, j'avais l'impression que ça pouvait me guérir de tous les maux. C'est d'une telle force qu'on se dit : je suis immortel maintenant ».

L'immortalité est aussi visée par Leonard Cohen. Lors de la conférence de presse pour présenter son album, le Canadien est revenu sur sa déclaration au New Yorker annonçant qu'il était prêt à mourir. Il a alors glissé : « Je crois que j'ai exagéré. En fait, j'ai l'impression de vivre éternellement ! ».
Et on lui souhaite...

Anouk Passelac

  • gerardmanvussat

    « Jugé comme le clip le plus triste par The Independent, il a même ***fait pleuré*** Rick Rubin qui n'est pourtant pas un grand sentimental. »

    Bravo la “culture” sur France Télévision... Comment se fait-il bon sang d'bonsoir qu'autant de gens, y compris des professionnels du rédactionnel, ne sachent plus faire la distinction entre un infinitif et un participe passé ?

    Petite leçon de rattrapage avec Franck Lepage :