Laurie Darmon chamboule la scène française

Crédit : Zacharie Ellia

Comme toute jeune fille qui se respecte, Laurie Darmon est remplie de contradictions. A 23 ans, elle sort son premier EP, Mesure PremièreL’aboutissement d’une introspection commencée dès l’âge de 16 ans. Pour sortir de sa vie rangée, la timide Laurie a choisi la composition musicale. Un patchwork de rap, poésie, chanson française qui révèle l’artiste en devenir.

Le ton est franc. La jeune fille, encore fragile. C’est là toute l’ambivalence de Laurie Darmon, auteur, compositeur, interprète. Son premier mini-album de 5 chansons s'avère être le résultat d'un travail de longue haleine qui sonne comme une thérapie. « Je reste ma plus grande source d’inspiration », confie-t-elle. Accompagnée par son piano ou des cordes mélancoliques, elle pose sa douce voix pour slamer les sentiments que son tempérament réservé a bloqué de longues années. Des chansons aux consonances amoureuses, mais avec Laurie Darmon, tout est toujours mouvement.

Rupture, son titre principal composé à 16 ans, ne parle pas d’une séparation amoureuse. Il décrit plus d’un état d’esprit de la chanteuse, tiraillé entre le calme et la tempête. Sans aucune niaiserie et des sonorités recherchées et entrainantes. Des chansons qui sortent aujourd’hui, mais qui symbolisent son évolution vers un autre « moi » plus épanoui. Cette quête se réalise en solitaire : « Je me suis enfermée pour faire cet album et je l’ai fait écouté à très peu de personnes. Je savais ce que je ne voulais pas et j’ai travaillé les arrangements ». Laurie est devenue une autre personne, qui refuse d’étouffer sa voix d’artiste. Pour elle, « c’est une affaire de psychologie ».

« Si je n’avais pas été passionnée, ça aurait été plus simple »

Laurie a grandit dans l’Ouest parisien. Elève studieuse, petite fille sage, son parcours la destinait à une vie "rangée". Lycée tranquille et études de Droit à la Sorbonne. Mais l’oreille a toujours été bercée par la musique. « J’ai été éduquée à la bossa nova par mon père, il y avait toujours de la musique à la maison. » Elle prend des cours de piano dès l’âge de 5 ans, apprend la guitare toute seule et chantonne, sans jamais s’autoriser à rêver d’être chanteuse.

Pourtant, à l’âge de l’adolescence, elle a besoin « d’une autre façon de s’exprimer ». Poussée par son entourage, elle enchaine les petites scènes parisiennes, tout en continuant de mener une vie carrée : « l’année de mon bac, je travaillais jusqu’à 18h30 toutes les semaines avant d’aller sur scène ». Mais à la fin de sa licence de droit, la très sérieuse Laurie explose. Torturée entre deux états : « un état calme et un autre attiré par le danger, qui a envie de se frotter à l’insécurité ».

Elle termine sa licence de droit les études puis devient pleinement chanteuse. « J’ai enfin osé vivre », confie Laurie. Elle ressort alors ses vieilles compositions du placard, et les resculpte avec des mains déchaînées.

Aujourd’hui, elle espère la sortie d’un album, mais ce qu’elle attend le plus c’est d’être sur scène, le dernier palier à sa renaissance. Un nouveau danger qu’elle a déjà conceptualisé : vidéo projection, valorisation de l’espace et improvisation.

 

Visuel EP Mesure première - Laurie Darmon

Laurie Darmon raconte Mesure Première : 

• Rupture :
" C’est la deuxième chanson que j’ai écrite. Musique et paroles sont sorties d’un coup, en une demi-heure un dimanche, à 7h30 du matin : c’était très intense. Je dormais chez des copines, et j’avais besoin d’écrire ça parce que je n’étais pas tranquille. J’aime bien quand ça se passe comme ça, lorsque je ne reste pas longtemps devant ma feuille.

En sept ans, la chanson a évolué. Le passage rapé de la fin est vraiment venu au moment de la conception du disque, en studio. Les paroles sont les mêmes que quand j’avais 16 ans mais elles n’ont plus tout à fait la même signification. Quand je les ai écrites, c’était plus une histoire d’amitié. "

• Ta Voix :
" Je l’ai composée un matin en vacances. C’était la première fois que j’écrivais une chanson joyeuse, c'était très particulier. J’ai mis presque deux ans à la finir. Pendant ce temps, je l'ai laissée en mémo vocal dans mon téléphone portable, sans rien faire avec. La mélodie elle, est restée dans ma tête.

Je pense que cette chanson me dépassait un peu. Je ne savais pas trop comment l’interpréter. Et puis je l’ai reprise deux ans plus tard au moment d’écrire ce disque. Cette chanson a eu une vie très courte, par rapport aux autres. Je ne l’ai jamais jouée sur scène. "

• Mes Mots, Tes Lèvres Douces :
" J’ai conçu le texte en premier, d’un seul coup. C’est une chanson que j’ai écrite uniquement dans les moments où j’étais en retard. Je l’ai commencée alors que je devais retrouver une copine. J’étais très à la bourre, c’était honteux. Mais je me suis arrêtée pour écrire, parce que j’avais l’inspiration. "

• Malsain :
" Celle-là je l’ai écrite dans le bus, en sortant du collège. Dans ma tête, j’avais seulement un morceau de rap, sans mélodie. Les premières paroles étaient une sorte de parodie de ce qui se passait dans la société à ce moment-là.

Mais lorsque je suis arrivée chez moi, une fois devant mon piano, je me suis dit qu’il serait peut-être mieux d’y mettre de vraies paroles. Et une heure plus tard j’avais composé cette chanson. J'ai ressenti l’effervescence des premières compositions mais pas du tout la tristesse qui est décrite dans le texte. A un moment de la chanson je m'adresse à un "autre moi". A cette époque je pensais parler d'une autre personne, et puis j'ai compris que cette personne était en moi, un fantasme à assouvir quand on grandit. "

• L’Envie d’Ecrire :
" C’est la seule chanson qui m’a vraiment demandé du temps. Un jour d'avril, j’ai composé une musique au piano, une mélodie et un texte pour le refrain. C’est longtemps resté un mémo vocal dans mon portable. Et puis fin août, en attendant à l’aéroport, les couplets sont sortis de manière très brutale, évidente.

Je crois que cette composition en deux temps reflète le texte. Ce que je chante dans le refrain c’est que l’envie d’écrire, c’est quelque chose que l’on essaye d’éviter. J'y parle du besoin d’écrire, lorsque je sais que quelque chose ne va pas mais que je n'ose pas le regarder en face. Et c’est uniquement en l’écrivant que cela peut sortir. "

 

Marie Aubazac, Cyril Camu, Marie Gicquel et Morgane le Cam

  • http://sizo.future-architecture.org/ AkoZ

    Découverte maintenant. Voix très jeune, beaucoup de mots, qui rendent presque complexes ses chansons poétiques. Une direction d'efforts à pouvoir laisser venir son inspiration au lieu de l'attendre, la pousser à sortir des mots. Un grand potentiel d'une mélodie qui va aller en force de sa propre histoire.