Le jeu vidéo se professionnalise : la finale de "League of Legends" électrise Bercy

Par @Culturebox
Publié le 04/09/2017 à 19H17
Steven Liv, alias "Hans Sama", est un joueur professionnel français de League of Legends. Il fait partie de l'équipe des "Misfits" qui était opposée aux "G2 eSports" lors de la finale européenne qui a eu lieu le dimanche 3 septembre 2017 à l'Arena de Bercy. 

Steven Liv, alias "Hans Sama", est un joueur professionnel français de League of Legends. Il fait partie de l'équipe des "Misfits" qui était opposée aux "G2 eSports" lors de la finale européenne qui a eu lieu le dimanche 3 septembre 2017 à l'Arena de Bercy. 

© Christophe Simon / AFP

Des joueurs de très haut niveau, des équipes encadrées par des coachs, des psychologues voire des nutritionnistes, des dizaines de milliers de spectateurs français chaque mois : l'e-Sport ou sport électronique tend à se confondre avec le monde du sport traditionnel. Dimanche 3 septembre, la finale européenne de "League of Legends" a rassemblé près de 13 000 fans à l'AccorHotels Arena. Reportage.

"Enfin un événement français à la hauteur de l'e-Sport", glisse un spectateur quelques minutes avant le début de la finale. Il faut dire que c'est la première fois que la France accueille un dispositif de cette envergure pour l'organisation d'une compétition de jeu vidéo. L'Arena de Bercy mobilisée pour tout un week-end et près de 20 000 places vendues pour les deux jours. Sur l'Hexagone, ces chiffres sont exceptionnels, mais en Allemagne ou en Espagne, ils sont devenus monnaie courante. D'où l'impatience des fans. 
La finale européenne de "League of Legends" a eu lieu le dimanche 3 septembre à l'Arena de Bercy. Elle a rassemblé plus de 13 000 spectateurs

La finale européenne de "League of Legends" a eu lieu le dimanche 3 septembre à l'Arena de Bercy. Elle a rassemblé plus de 13 000 spectateurs

© CHRISTOPHE SIMON / AFP

Plus de 100 millions de joueurs de "League of Legends" dans le monde 

L'e-Sport est devenu ces dernières années un véritable phénomène, en particulier autour du jeu "League of Legends" dans lequel deux équipes de cinq joueurs ont pour objectif de détruire la base ennemie. Le jeu possède une communauté qui ne cesse de se développer. En 2017, il rassemble plus de 100 millions de joueurs dans le monde. Ce qui fascine dans "League of Legends", c'est sa dimension compétitive : il pousse à s'améliorer constamment pour surpasser ses adversaires. Et quoi de mieux pour progresser qu'observer de vrais professionnels? Aujourd'hui, les meilleurs joueurs du monde s'affrontent dans des championnats régionaux appelés LCS (League of Legends Championship Series). La finale du championnat européen s'est tenue dimanche 3 septembre dans l'Arena de Bercy. Elle a opposé l'équipe des "G2 eSports" à celle des "Misfits". A la clé : une récompense ("cashprize") de 68 000 euros.

Reportage : M. Weber / J. Chanteraud / L. Michel 
En plus de ces enjeux financiers, l'engouement autour de cette finale est considérable. Des commentateurs chevronnés ont même été recrutés pour faire vivre l'événement plus intensément au public. Un peu comme si on assistait à un match déterminant de football. "Hormis le fait qu'ils ne courent pas derrière un ballon, c'est un peu la même chose", sourit Charles "Noi" Lapassat, commentateur de "League of Legends" pour la Web TV "O'Gaming", "le sport électronique reprend les mêmes codes que le sport traditionnel". "Avec ce côté divertissement que le sport n'a pas", objecte son accolyte Fabien "Chips" Culié. 

Des entraînements intensifs pour les joueurs professionniels

En marge de cette finale à Bercy, Culturebox a rencontré Pierre Medjaldi, joueur professionnel depuis bientôt 4 ans. Aux abords de l'AccorHotels Arena, le jeune homme de 21 ans est régulièrement sollicité par ses fans pour une photo ou un autographe. Pierre, alias "Steeelb4ck" dans le monde virtuel de "League of Legends", est devenu une véritable superstar. "C'est ce qui me donne la force de me dépasser, pour être toujours meilleur. Car je ne veux pas décevoir mes fans", explique-t-il. Mais il le sait, sa célébrité est fragile dans le monde très exigent de l'e-Sport. Du jour au lendemain, s'il n'est pas au niveau, il sera remplacé par un joueur plus jeune et plus talentueux.

Alors, avec son équipe, les "Vitality" (une autre équipe du championnat européen, éliminée avant la finale), il s'entraîne six jours sur sept, dès 9h du matin et parfois jusque tard dans la soirée. L'objectif : améliorer sa connaissance du jeu, ses réflexes, sa concentration mais aussi travailler avec ses coéquipiers pour perfectionner les stratégies et la communication entre les joueurs. Des créneaux quotidiens d'exercice physique sont même prévus dans son emploi du temps. De quoi faire mentir les stéréotypes d'adolescents oisifs qui entourent le monde du jeu vidéo. 

L'e-Sport a-t-il un avenir olympique? 

En août, devant ce phénomène grandissant, Tony Estanguet, co-président du comité Paris 2024, a annoncé qu'il lui semblait envisageable que l'e-Sport devienne une discipline olympique lors des JO de Paris. Mais toutes ces belles perspectives ne sont pas pour demain. Côté Comité International Olympique (CIO), le scepticisme règne sur la question. Pour Thomas Bach, le président du CIO, une chose est sûre, pour les jeux violents, ce sera non. "Nous voulons promouvoir la tolérance, la non-violence et la paix entre les peuples. Ces valeurs ne sont pas en accord avec les jeux vidéo trop violents où l’on retrouve des explosions, des tueries. C’est là que nous devons poser des limites", a-t-il déclaré dans une interview donnée au South China Morning Post le 28 août