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Les monuments aux morts vus par Depardon et des milliers d'anonymes

Publié le 08/07/2014 à 16H33, mis à jour le 09/07/2014 à 11H46
A gauche, Raymond Depardon. A droite, le monument aux morts de Montcavrel, Pas-de-Calais, vu par le photographe

A gauche, Raymond Depardon. A droite, le monument aux morts de Montcavrel, Pas-de-Calais, vu par le photographe

© A gauche, Ginies / SIPA - A droite (c) Raymond Depardon / Rencontres Arles

Chaque village de France, le plus petit soit-il, a son monument aux morts en hommage à ses enfants morts pendant la guerre de 1914-1918. Des milliers de ces monuments, photographiés par des anonymes à l'occasion d'une grande collecte, sont projetés aux Rencontres d'Arles sous le parrainage de Raymond Depardon qui a souhaité réveiller le regard sur ces ouvrages de mémoire.

Reportage : S. Depierre, G. Carra, C. Pares


Un grand inventaire photographique des monuments aux morts de 1914-1918 a été lancé en février conjointement par la Mission du centenaire de la Première guerre mondiale, l'Université de Lille III et les Rencontres d'Arles.

Le monument aux morts de Saint-Yrieix-la-Perche, Haute-Vienne, photo mairie de Saint-Yrieix
Le monument aux morts de Saint-Yrieix-la-Perche, Haute-Vienne, photo mairie de Saint-Yrieix © Rencontres Arles

 36.000 communes invitées à photographier leur monument aux morts
Les 36.000 communes françaises ont été invitées à participer à cette collecte inédite. Le photographe Raymond Depardon a établi un protocole simple pour la prise de vue de ces monuments auxquels on ne prête plus guère attention. Cinq mille réponses sont arrivées en trois mois sur une base de données de  l'Université de Lille III, qui a traité ces dépôts.
 
"Les images nous ont été envoyées par des responsables de mairie mais aussi par des amateurs de photographie, des passionnés soucieux de rendre hommage aux morts, des classes de primaire qui ont fait un travail autour avec leur institutrice", explique à l'AFP Martine Aubry, ingénieure de recherche à Lille III.
 
Le résultat de cette collecte est présenté sur huit écrans sous les voûtes d'une église désaffectée d'Arles. Les monuments aux morts défilent, dans toute leur diversité, au son des cloches, des chants d'oiseaux ou parfois de la sonnerie aux morts.

Raymond Depardon, le monument aux morts de Céret (Pyrénées-Orientales)
Raymond Depardon, le monument aux morts de Céret (Pyrénées-Orientales) © Raymond Depardon / Rencontres Arles

 Des images introduites par douze photos de Raymond Depardon

"Il y a à la fois des monuments aux morts très simples, réalisés en usine. Mais aussi de grandes sculptures y compris pour de petits villages", relève Martine Aubry.
 
En guise de préface, Raymond Depardon expose une douzaine de ses photographies couleur grand format de monuments aux morts, prises entre 2004 et 2010 dans le cadre de la mission photographique sur la France commandée par la Datar.
 
"Au départ, j'étais comme tout le monde. Je les trouvais un peu dérangeants. Je ne savais pas s'ils étaient là pour nous donner mauvaise conscience... Dans le monde rural, les jeunes se donnaient rendez-vous devant. Plus personne ne les regardait", explique Raymond Depardon. "Et puis, à ma grande surprise, je me suis aperçu qu'ils n'étaient jamais les mêmes, qu'ils étaient d'une très grande variété."

Le monument aux morts de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), photo : mairie de Saint-Yrieix
Le monument aux morts de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), photo : mairie de Saint-Yrieix © Rencontres Arles

 Empêcher une répétition de l'Histoire

Du village de Montcravel (Pas-de-Calais) à Céret (Pyrénées-Orientales), en passant par Royan (Charente-Maritime) ou Rimeize (Lozère), ces monuments saisis par Depardon rappellent avec délicatesse le désastre humain de la guerre de 1914-1918 : 1,35 million de soldats "morts pour la France".
 
"Avec cette lumière très particulière, Raymond Depardon sublime avec pudeur et simplicité cet hymne à une génération perdue, cette douleur latente que le temps ne doit pas atténuer, pour empêcher une répétition de l'Histoire", souligne François Hébel, directeur sortant des Rencontres d'Arles.
 
"Dès 1918, 1919 - parfois même avant-, les conseils municipaux se disent qu'ils doivent ériger un monument pour rendre hommage aux 'morts pour la  France'", raconte Mme Aubry. L'Etat encourage cette pratique et subventionne à hauteur de 10% à 15% l'édification des monuments. Les communes financent le reste, en lançant des souscriptions publiques. La grande période de construction a lieu entre 1919 et 1924.
 
Une multiplication de la mémoire

Tous ces monuments constituent "une multiplication extraordinaire de la mémoire de la guerre", estime Annette Becker, historienne spécialiste de la Première guerre mondiale. Selon elle, chaque monument reproduit au moins une de ces trois idées : la foi dans la patrie avec le coq terrassant l'aigle ; le devoir et le sacrifice avec la statue du soldat ; l'arrière avec les femmes qui pleurent les disparus.
 
Pour l'université de Lille, le travail n'est pas fini. Elle avait déjà recensé les monuments aux morts dans le Nord-Pas-de-Calais. Sa banque de données compte désormais 7.500 monuments et si pour Arles c'est trop tard, il est toujours temps d'envoyer des photos.
 
Monuments aux morts, Eglise des Frères prêcheurs, Arles, du 7 juillet au 31 août

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