Les Ostentions limousines ont retrouvé le chemin de Limoges

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2016 à 15H47, publié le 20/02/2016 à 14H51
L'évêque de Limoges, Mgr François Kalist, qui présidait la cérémonie, a procédé à la bénédiction de la bannière bicolore : une croix amarante (symbole d'éternité) sur un fond blanc (symbole de paix). Il a invité les fidèles à s'inscrire dans "un chemin de paix".

L'évêque de Limoges, Mgr François Kalist, qui présidait la cérémonie, a procédé à la bénédiction de la bannière bicolore : une croix amarante (symbole d'éternité) sur un fond blanc (symbole de paix). Il a invité les fidèles à s'inscrire dans "un chemin de paix".

© PASCAL LACHENAUD / AFP

Ces processions de masse organisées autour de reliques de saints locaux depuis plus d'un millénaire ont fait leur retour dimanche à Limoges, pour la première fois depuis leur inscription au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco. Depuis le début du XVIe siècle, les Ostensions se déroulent tous les sept ans, traditionnellement jusqu'à la Pentecôte

Dimanche, des représentants des 14 confréries des Ostensions ont participé à la messe célébrée en l'église Saint Michel des Lions à Limoges, une des plus anciennes de la ville, marquant le début de cette manifestation où se mêlent cultuel, populaire et culturel. Avant l'office, la bannière des Ostensions a été décrochée au domicile du "premier bayle", gardien de la confrérie limougeaude de Saint-Martial, puis amenée en procession jusqu'à l'église. En tête, les étendards de la confrérie où on pouvait lire "Dieu garde la ville et Saint-Martial le peuple".
Comme le veut la tradition, après la messe, un membre de la confrérie s'est hissé par l'intérieur de l'église de Saint-Michel des Lions jusqu'au clocher pour y accrocher la bannière des Ostensions

Comme le veut la tradition, après la messe, un membre de la confrérie s'est hissé par l'intérieur de l'église de Saint-Michel des Lions jusqu'au clocher pour y accrocher la bannière des Ostensions

© PASCAL LACHENAUD / AFP
L'évêque de Limoges, Mgr François Kalist, qui présidait la cérémonie, a procédé à la bénédiction de la bannière bicolore : une croix amarante (symbole d'éternité) sur un fond blanc (symbole de paix). Il a invité les fidèles à s'inscrire dans "un chemin de paix". "Les Ostensions, ce n'est pas du folklore", a souligné le prélat, "c'est l'actualité de notre condition, je pense notamment à la Syrie, où la paix est aujourd'hui vitale". Historiquement, les Ostensions signifiaient l'ouverture d'un temps de paix où les seigneurs locaux observaient une trêve dans leurs rivalités. Comme le veut la tradition, après la messe, un membre de la confrérie s'est hissé par l'intérieur de l'église de Saint-Michel des Lions jusqu'au clocher pour y accrocher la bannière des Ostensions. Elle y restera pendant toute la durée de la manifestation. 

Depuis le début du XVIe siècle, les Ostensions se déroulent tous les sept ans, traditionnellement jusqu'à la Pentecôte. Portées par 14 confréries, pour certaines très anciennes, elles consistent en des processions colorées au cours desquelles sont honorés plusieurs saints limousins des premiers âges chrétiens dans une vingtaine de communes, essentiellement en Haute-Vienne mais aussi en Vienne et en Creuse voisines.
Les ostensions en Limousin
Très populaires parmi les habitants des communes dites ostensionnaires. Ces célébrations renvoient à un évènement consigné par les chroniqueurs du Moyen Âge dès 994 : au cours d'une procession, une guérison miraculeuse serait survenue auprès de milliers de personnes atteintes d'ergotisme (empoisonnement par ingestion d'ergot de seigle, un champignon toxique pouvant contaminer cette céréale), aussi appelé le "mal des ardents" en raison des sensations de vives brûlures qu'il provoque. Durant cette procession auraient été exposées ("ostendere" en latin) et honorées les reliques de Saint-Martial, premier évêque de Limoges et saint-patron de la ville, évangélisateur de l'Aquitaine. Les chroniqueurs de l'époque ont attribué cette guérison inexpliquée à l'intercession du saint.
  
Les premières ostensions connues après Limoges furent organisées à Saint-Léonard-de-Noblat en 1016 et à Saint-Junien en 1046, qui constituent  encore aujourd'hui avec Limoges les ostensions les plus spectaculaires. Intimement mêlées à l'identité limousine, elles ont imprimé leur marque dans le paysage local au fil des siècles. Ces célébrations ont drainé vers Limoges des milliers de pèlerins fortunés venus de toute l'Europe médiévale pour se recueillir. Ces pèlerins et mécènes participeront à la consolidation d'un clergé puissant qui fera la renommée de la ville, contribuant à fonder l'abbaye Saint-Martial, laquelle devint un pôle d'attraction majeur au Moyen Age. En témoignent les vastes fouilles archéologiques qui ont débuté l'été 2015. L'édification de l'abbaye fut décidée après un tragique accident en 1017, un mouvement de foule ayant causé la mort  d'une cinquantaine d'entre eux. La construction sera achevée en 1028.
Capture d'écran de la vidéo consacrée aux Oostensions en Limousin

Capture d'écran de la vidéo consacrée aux Oostensions en Limousin

© DR
La tradition n'est  pas du goût de tous les Limousins. En 2009, un collectif de citoyens avait saisi le tribunal administratif, pointant du doigt l'incompatibilité entre la nature religieuse des ostensions et les subventions publiques dont elles bénéficiaient au titre de leur caractère "culturel". Le Conseil d'Etat a tranché en février 2013 -dix mois avant que l'Unesco annonce le classement des Ostensions  limousines-, il a confirmé les décisions de justice administrative de Limoges  et de Bordeaux, sur le fondement de l'article 2 de la loi de séparation de l'Église et de l'État, qui précise que "La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte".