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Ce soir, à 19h27

Le Muséum de Paris fait chanter des pierres préhistoriques

Publié le 15/03/2014 à 18H23, mis à jour le 15/03/2014 à 18H59
Pierres musicales, ou lithophones, au son intact après des milliers d'années d'oubli...

Pierres musicales, ou lithophones, au son intact après des milliers d'années d'oubli...

© Capture image - reportage AFP
Des milliers d'années après leur fabrication, des pierres musicales du Sahara néolithique vont de nouveau chanter en public, samedi 22 mars, au Muséum de Paris.
Par Culturebox (avec AFP)

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Bien sûr, les chercheurs n'ont aucune certitude sur la façon dont nos ancêtres jouaient de ces instruments préhistoriques. Quoi qu'il en soit, c'est dans le cadre d'un conte musical créé pour le 80e anniversaire de l'Orchestre national de France (ONF), que ces lithophones (littéralement : "pierres à voix"), pierres polies cylindriques d'environ 80 à 100 cm de long, vont revenir à la vie, sous les maillets délicats de quatre percussionnistes de Radio France.

Un concert unique le 22 mars
"Après le concert, les 23 lithophones réintègrent les réserves ici, on ne refera jamais plus un tel concert", assure à l'AFP Erik Gonthier, ethno-minéralogiste au Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), l'homme sans qui ces pierres seraient peut-être restées muettes à jamais.

Car ces instruments de musique, découverts pour la plupart par des militaires en poste dans les anciennes colonies françaises d'Afrique au début du XXe siècle, ont longtemps dormi dans des tiroirs sous l'étiquette "pilon saharien", voire "hache" pour les plus aplatis d'entre eux. À la décharge des spécialistes, il est bien difficile de distinguer un pilon utilisé au néolithique pour moudre du grain d'un lithophone... "Il y a la proportion de l'objet, plus long, son diamètre qui permet de le prendre dans la main. Mais surtout, il y a la qualité sonore ! Si on tape dessus et que ça tinte comme une cloche d'airain, on a neuf chances sur dix de ne pas se tromper", résume Erik Gonthier.

Erik Gonthier nous présente les lithophones (AFP, 15 mars 2014)


Passionné de pierres, ayant passé douze années à les tailler pour des joailliers de la place Vendôme avant de devenir scientifique pour mieux les comprendre, Erik Gonthier a le regard qui brille dès qu'il s'agit de taper sur des roches. C'est même ainsi qu'il a identifié le premier lithophone saharien en 2004.

À l'époque, il commence par le tenir serré dans la main ou posé sur une table avant de le frapper "tout doucement" à l'aide d'un petit maillet, "mais ça sonnait pas terrible". "Et puis je me suis rappelé du piano de ma grand-mère et des petits bouts de feutrine placés sous les cordes pour qu'elles sonnent bien. Alors j'ai été fouiller dans les poubelles du Muséum pour récupérer des bouts de mousse, j'ai posé le lithophone dessus et là, il a fait +tiiiiinnnnggggg+!", raconte Erik Gonthier.

Des pierres reconnues comme instruments de musique en 2009
La pierre en question sera déclarée officiellement instrument de musique lithophonique en 2009. "Personne ne l'avait démontré avant nous, ça paraissait intolérable à mes confrères", bien que ce genre d'instrument soit connu dans d'autres parties du monde, en Asie par exemple, relate Erik Gonthier.

Coup de chance, ce premier lithophone est aussi "le plus beau" et sert de référence à tous ceux qui ont, depuis, été identifiés dans les collections du Muséum, ce qui lui vaut tout simplement le surnom de "Stradivarius". De la Mauritanie au Soudan, en passant par le Niger ou la Côte d'Ivoire, ces instruments sont âgés de 10.000 à 4.500 ans.

"Le premier MP3 de l'humanité"
"C'est le premier MP3 de l'humanité : un objet qui contient du son et qu'on peut transporter avec soi", contrairement aux stalactites d'une grotte ou à une grosse pierre angulaire avec lesquels nos ancêtres jouaient aussi certainement de la musique, estime le spécialiste.

Un objet rare et donc précieux. Découvert à 1.500 km de sa roche d'origine, le "Stradivarius" aurait nécessité deux ans de travail pour façonner "grain par grain" cette roche très dure, selon lui.

Comment en jouait-on? "Il faut deux points d'appui, peut-être à l'époque des supports en cuir ou fibres végétales, ou même posé sur les chevilles nues. Ils tapaient dessus, avec des cailloux, du bois... on ne sait pas exactement mais le son est intact."

"Quand j'entends mes collègues parler d'art préhistorique et oublier de citer la musique et les lithophones dans les grottes, ça me met hors de moi !", s'emporte ce passionné, qui aimerait pouvoir aller taper dans les grottes aux peintures rupestres pour vérifier si certaines stalactites auraient pu servir d'instruments de musique dans les "premières salles de cinéma" de l'humanité...

> "Paléomusique", samedi 22 mars à 16h et 18h pour les familles, lundi 24 mars à 14h45 pour les scolaires. Infos ici