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La cathédrale de Jean Linard, monument d'art brut en danger

Publié le 23/01/2012 à 16H38, mis à jour le 10/12/2012 à 15H16
La cathédrale de Jean Linard. Neuvy-deux-Clochers dans le Cher

La cathédrale de Jean Linard. Neuvy-deux-Clochers dans le Cher

© Gérard Guenin

43 spécialistes de l’art brut, singulier et "outsider" poussent un cri d'alarme. Artistes, conservateurs de musée, collectionneurs, critiques, éditeurs, photographes, galeristes ont envoyé une pétition à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, afin qu’il intervienne directement pour sauver un haut lieu de l’art singulier dans le département du Cher : la "cathédrale" construite par Jean Linard.

La cathédrale de Jean Linard, dans le Cher, est à vendre. Son créateur est mort en février 2010 et ses héritiers l'ont mise en vente. Pour l'heure, les acheteurs potentiels pourraient disposer comme bon leur semble de l'œuvre, sans aucune obligation de préserver le site ni de l’ouvrir au public, comme l’artiste le pratiquait.

La cathédrale de Jean Linard : "Ici le toit, c'est le ciel"
La cathédrale de Jean Linard : "Ici le toit, c'est le ciel" © Alain Jocard / AFP

Les spécialistes d'art brut s'inquiètent et alertent le ministre de la Culture de la menace qui pèse sur cette forme d'art singulier, bâtie "sur le terrain" (et pas seulement dans les musées, galeries ou collections privées). En effet, les créateurs édifient souvent leur ouvrage dans leur proche environnement, autour de leur maison, et la question se pose au moment de leur disparition. Ces œuvres "ont leur place dans l'héritage national", insiste Laurent Danchin, critique, spécialiste d'art brut.

Architectures insolites en danger

Certaines œuvres ont déjà subi un tel sort, comme la cathédrale de Marcel Landreau, dit "Le caillouteux". Quand il part finir ses jours dans sa région natale, et vend sa maison de Mantes, le nouvel acheteur promet d'entretenir le lieu. Il détruira tout.

Marcel Landreau et "La noce"
Marcel Landreau et "La noce" © Clovis Prévost / Les bâtisseurs de l'imaginaire

Heureusement,  Marcel Landreau avait pris soin d'emporter avec lui certaines de ses œuvres, qui ont été redécouvertes depuis et rassemblées par Freddy Tavard, un antiquaire passionné d'art brut. Même histoire à peu près pour le jardin des supplices de Martial Besse, à Villeréal (Lot-et-Garonne).

La vente des œuvres d'André Hardy début 2011 en est un autre exemple.

André Hardy, éléphant dans son jardin à Saint-Quentin-les-Chardonnets
André Hardy, éléphant dans son jardin à Saint-Quentin-les-Chardonnets © Remy Ricordeau

Parfois, les nouveaux propriétaires ont de louables intentions. Dans les environs de Lyon, Charles Billy (1909-1991) avait construit un ensemble de bâtiments imaginaires, "Le Jardin de Nous-Deux". La maison a été vendue en 2004 et les acheteurs, qui avaient pourtant de bonnes intentions, n'ont  finalement pas eu les moyens d'en faire un site ouvert au public.

La Maison aux coquillages de Bodan Litnianski est aussi à vendre depuis deux ans. Les petits-enfants ne veulent pas vendre dans n'importe quelles conditions. Ils aimeraient que l'œuvre de Bodan, leur grand-père, soit préservée, que le site soit ouvert au public. En vain pour l'instant.

Le Jardin des merveilles de Bodan Litnianski,
	préface Agnès Varda, photographies Benjamin Teissèdre,
	Éditions Vivement Dimanche, 2004.
Le Jardin des merveilles de Bodan Litnianski, préface Agnès Varda, photographies Benjamin Teissèdre, Éditions Vivement Dimanche, 2004. © Benjamin Teissèdre

Les initiatives publiques restent exceptionnelles, comme en 2003 avec la mobilisation des collectivités locales pour sauver le Jardin humoristique de Fernand Chatelain, à Fyé (Sarthe). Bref, ces œuvres "à part" sont souvent sauvées par la bonne volonté de passionnés ou de collectionneurs. Mais si elles ne sont pas classées ou si ces endroits ne sont pas reconnus, alors la question de leur préservation reste d'ordre privé.

Patrimoine historique

Trop risqué, pense Laurent Danchin qui préconise de créer un fonds de dotation pour aider les lieux menacés. En attendant, une pétition a été envoyée au ministre de la Culture, pour sauver la cathédrale de Jean Linard.

Diverses propositions sont faites, notamment le classement du site aux monuments historiques ou aux jardins remarquables, ou l'attribution du label "Patrimoine du XXème siècle". Les pétitionnaires demandent une subvention pour arrêter la dégradation du site et souhaitent un "accès public du site au public à un prix qui doit rester abordable, conformément à la volonté de Jean Linard qui ne demandait que 3€. Ce lieu doit en effet rester vivant et non pas être conservé seulement comme le témoignage inerte d’un artiste décédé."

Dans la lignée du "Palais idéal" du Facteur Cheval, ou de "La maison picassiette" de Raymond Isidore, classés monuments historiques en 1969 et 1983, la cathédrale de Jean Linard est un témoignage important d'architecture insolite en France.

"Le palais idéal" du Facteur Cheval, dans la Drôme
"Le palais idéal" du Facteur Cheval, dans la Drôme © Pawel Wysocki/ hemis.fr / AFP

La mobilisation autour de ce chef-d'œuvre servira peut-être de première pierre à une réflexion autour d'une forme d'art non académique et hors des murs, qui jaillit sans préméditation, et à laquelle les institutions culturelles ont bien du mal à faire une place.

 

Carte de France de quelques bâtiments imaginaires

 

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