Les dessous coquins du musée des Beaux-Arts de Rouen

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/02/2016 à 19H09, publié le 15/02/2016 à 16H36
"Ne cachez pas ce sein..."

"Ne cachez pas ce sein..."

© France 3

A l’occasion de la Saint-Valentin, le musée des Beaux-Arts de Rouen a proposé une visite insolite de ses œuvres. La grille de lecture proposée n’était pas l’histoire des toiles ou des sculptures mais leur approche plus ou moins explicite de la sexualité et du plaisir. Autrement dit : que cache ce qui est montré ou que révèle ce qui est caché ? Curieux et instructif.

Reportage France 3 : J. Pitte, D. Frotté et A. Vian

Depuis l’Antiquité, la statuaire grecque et latine n’a jamais caché la nudité dans laquelle les artistes ont toujours vu la perfection esthétique du corps de la femme et de l’homme. Nul érotisme donc dans leurs représentations de ces êtres parfaitement proportionnés.

La sexualité plus suggestive voire franchement figurative se retrouvait ailleurs, dans des lieux particuliers comme certains balneum (thermes ou salles de bains) de Pompéi ou sur des objets qui n’étaient pas destinés à un usage public comme des vases ou différents ustensiles dont la vocation n’était pas en premier lieu artistique.
Une sculpture sans équivoque

Une sculpture sans équivoque

© France 3

Passées les années de pudeur excessive, de pudibonderie liées à la notion de pêché donc à la religion au Moyen-Age, il faudra attendre le XVIIe siècle pour que les corps, en particulier en peinture, se dénudent dans un contexte plus résolument érotique et libertin. Mais la nudité était présente auparavant notamment dans toutes les allégories ou représentations mythologiques mais elle était tolérée car elle était désérotisée, ce qui la rendait acceptable aux yeux de la société. 
Allégorie du désir, un message sans ambiguïté

Allégorie du désir, un message sans ambiguïté

© France 3
Corinne Aloues, médiatrice culturelle au musée de Rouen a voulu montrer aux visiteurs de cette journée ce que les artistes ont caché et montré ce qu’ils voulaient cacher. Comme par exemple - et c’est inattendu - la taille du pénis des statues. Corinne Aloues explique :

"C’est un signe d’appartenance à une certaine classe sociale que d’avoir un petit zizi (Pierre Perret n’y avait pas pensé ! ). Je pense que ça va vous rassurer, Messieurs… "conclut-elle.

Sourires des messieurs…
Il faut savoir apprécier la taille de...la statue

Il faut savoir apprécier la taille de...la statue

© France 3

Elle n’a peur de rien, elle explique froidement les choses, commente une visiteuse. C’est cru, c’est naturel. Elle ne cherche pas les mots, ça part comme ça, direct", achève la dame, amusée.

Plus sérieusement, Corinne Aloues poursuit son histoire (secrète) de l’art :

"L’art parle toujours de la même chose : l’amour, la mort, le sexe. Depuis la nuit des temps, c’est comme ça. La pudeur n’a pas reculé. Il y a des tas de choses que l’on continue de ne pas montrer. Les poils par exemple. Du coup, l’artiste a encore son rôle à jouer, poursuit la médiatrice culturelle". Sous-entendu, dans sa démarche de bousculer les conventions.

Et l’on pense bien sûr au sulfureux tableau de Courbet, "L’origine du monde" longtemps tenu secret, caché même derrière d’autres tableaux ou des tentures que l’on ne soulevait dans une gestuelle déjà elle-même pleine d’érotisme et de désir, que pour la montrer à quelques rares initiés dignes de toutes les confiances…
"L'Origine du monde" de Gustave Courbet, restée longtemps secrète

"L'Origine du monde" de Gustave Courbet, restée longtemps secrète

© MaxPPP /PHOTOPQR / L'ALSACE / Darek Szuster
Mais "L’Origine du monde" ne se trouve pas au musée des Beaux-Arts de Rouen.

"Je découvre une certaine lecture, explique un autre visiteur, certains côtés d’un tableau que je ne sais pas aller chercher"

"Je découvre une certaine lecture, certains côtés d’un tableau que je ne sais pas aller chercher", explique un autre visiteur.

L’érotisme des statues ou des toiles ("cachez ce sein", l'équivalent en littérature) ou l’art de dissimuler ce que l’on peut ou ne doit pas montrer mais dont la découverte est attisée par un désir irrépressible. Celui qui a sans doute animé les visiteurs de cet étrange et ô combien enrichissant voyage au musée…
Callypige...

Callypige...

© France 3

Le musée des Beaux-Arts de Rouen organise chaque mois des visites à thème.