Le musée Picasso rouvre ses portes ce week-end : visite en avant-première

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 24/10/2014 à 11H21, publié le 22/10/2014 à 10H48
"Nu couché", 1957, et "Femme sur un oreiller", 1969, de Picasso au Musée Picasso dans le cadre de l'exposition inaugurale du musée restauré.

"Nu couché", 1957, et "Femme sur un oreiller", 1969, de Picasso au Musée Picasso dans le cadre de l'exposition inaugurale du musée restauré.

© François Mori / AP / SIPA

Le musée Picasso de Paris rouvre ses portes ce week-end après cinq ans de fermeture pour travaux et une période mouvementée marquée par la révocation de sa directrice Anne Baldassari, qui a tout de même accepté d'assurer l'accrochage de l'exposition inaugurale.

L'hôtel Salé, qui abrite le musée Picasso depuis 1985, sera de nouveau ouvert au public samedi 25 octobre, date anniversaire de la naissance de l'artiste, né en 1881 à Malaga. Un week-end au cours duquel le public pourra découvrir gratuitement et sans réservation le musée rénové (samedi 25 de midi à 18h, dimanche 26 de 9h30 à 18h).
 
Le Musée national Picasso de Paris  conserve la plus importante collection publique de l'œuvre de Picasso, 5000 pièces, dont 300 peintures et 300 sculptures. Elle a été constituée grâce à des dations des héritiers et de Jacqueline Picasso, auxquelles se sont ajoutées celle de la collection particulière de Picasso, puis de ses archives.
Une salle du musée Picasso rénové

Une salle du musée Picasso rénové

© Romuald Meigneux / SIPA
 
Plus de 2000 m2 gagnés pour exposer la collection
 
Après les travaux, 400 œuvres de l'artiste peuvent désormais être montrées à la fois, sur une superficie d'exposition qui est passée de 1600 m2 à 3800 m2. Les services administratifs ont déménagé dans un immeuble mitoyen de l'hôtel particulier du XVIIe siècle et on a désormais "un bâtiment en totalité donné à la collection", dit Anne Baldassari, qui a assuré le commissariat de l'exposition inaugurale. L'ancienne directrice, débarquée en mai dernier par l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti pour le retard qui aurait été pris dans les travaux et pour un mauvais climat social, défend son œuvre. Elle estime que six mois pour obtenir le permis de construire pour un tel bâtiment, c'est un exploit. Que deux ans et demi de travaux, c'est tout à fait normal.
 
De nombreux espaces ont pu être récupérés pour exposer la collection, en particulier les sous-sols, et les combles, où étaient installés les bureaux.
L'escalier de l'hôtel Salé

L'escalier de l'hôtel Salé

© François Mori / AP / SIPA
 
L'œuvre de Picasso déployée sur trois étages
 
On entre dans le musée par un nouveau hall d'accueil, spacieux et lumineux, menant directement à la première salle du parcours "magistral", qui présente une sélection de l'ensemble de l'œuvre de Picasso, de 1895 à 1972, déployé sur trois étages. Il est chronologique mais ponctué de quelques "séquences" thématiques.
 
"Tout le principe de l'accrochage inaugural, c'est de mettre en avant le processus de travail, de rentrer dans l'intimité de l'œuvre en progrès avec ses difficultés", de mettre au premier plan "la cohérence profonde et souterraine de l'œuvre", explique Anne Baldassari.
 
 Après une toute petite salle, où est accrochée une des premières peintures de Picasso, "L'homme à la casquette" (1895), on peut voir des autoportraits de l'artiste, de 1901 à 1972. "On voit Picasso se représenter lui-même à travers les différents langages de ses différentes périodes, matérialisant les mutations de son langage. Le public va pouvoir se dire qu'il est toujours avec lui, pas avec un artiste multiface qui serait un traître à lui-même. Se dire au contraire qu'il est fidèle à lui-même", commente Anne Baldassari.
Anne Baldassari présente à la presse l'accrochage du Musée Picasso rénové (18 octobre 2014). Etudes pour les Demoiselles d'Avignon.

Anne Baldassari présente à la presse l'accrochage du Musée Picasso rénové (18 octobre 2014). Etudes pour les Demoiselles d'Avignon.

© François Mori / AP / SIPA
 
Les "Demoiselles d'Avignon" à travers des études
 
A côté une salle s'intéresse à la confrontation de l'artiste et de son modèle, avec "La Fillette au pieds nus", œuvre peinte par Picasso à 14 ans, où les deux adolescents "se regardent avec le même mystère", et qui inaugure "ce vis-à-vis du peintre et de son modèle qui va se déployer dans toute le bâtiment" et "qui est très forte, très émouvante", selon la commissaire.
 
Suivent une salle consacrée au travail sur les "Demoiselles d'Avignon" (l'œuvre finale est au MoMA), une autre sur la période africaine, où Anne Baldassari souligne l'importance de la sculpture. Puis c'est l'invention du langage cubiste. La commissaire aime particulièrement ces petites guitares en carton et en papier journal qui tiennent encore par miracle et ne seront jamais montrées ailleurs en raison de leur fragilité. "Sans doute les plus grands chefs-d'œuvre du musée Picasso", s'amuse-t-elle.
L'accrochage inaugural du musée Picasso

L'accrochage inaugural du musée Picasso

© Romuald Meigneux / SIPA
 
Après le cubisme
 
On monte ensuite dans les étages par le majestueux escalier du XVIIe siècle, entièrement restauré. Suivent les œuvres des années 1920, où Picasso se libère du cubisme : "Tout le programme de transformation de Picasso dans cette période a été mal compris, mal montré", estime Anne Baldassari : "On nous parle de retour à l'ordre, mais si Picasso retourne à la figuration, c'est de la façon la plus anti-académique. On est dans la subversion des signes."
 
A la fin des années 1930 et au début des annés 1940, la Guerre d'Espagne et le nazisme inspirent de nombreuses œuvres à Picasso qui veut faire de l'art une arme contre la violence. Il a dessiné "L'Orateur", un bronze, sur une feuille de journal dans lequel le gouvernement de Léon Blum annonce que la France n'interviendra pas en Espagne, une nouvelle qui le désespère. Les portraits de femmes sont en réalité des "peintures de la guerre", avec "des regards cloués qui incarnent la terreur".
 
Suivent les années "pop" où Picasso assemble des objets, puis les hommages aux grands maîtres, Velasquez et Delacroix, le Titien, le Greco, et, plus près de lui Manet ou même Matisse.
Les combles du musée Picasso abritent désormais la collection privée de l'artiste.

Les combles du musée Picasso abritent désormais la collection privée de l'artiste.

© Romuald Meigneux / Sipa /
 
La collection personnelle de Picasso installée sous les combles
 
Une des grandes réussite du musée rénové, ce sont les combles, où a été installée la collection personnelle de Picasso. L'espace est magnifique, intime, avec ses grandes poutres du XVIIe siècle, et l'évocation des artistes qu'il aimait est très émouvante.
 
Des œuvres de Cézanne, Van Dongen, Degas, Braque, Matisse (celui-ci a donné à Picasso un portrait de sa fille en échange d'une nature morte), de Modigliani, un des derniers portraits de Renoir, dialoguent avec des toiles de Picasso. Sa collection, commencée tôt, a pu s'enrichir de pièces majeures quand il a eu les moyens, à partir de 1918, d'en acquérir.
 
Un autoportrait de Miro témoigne du soutien que lui a apporté Picasso, qui l'a aidé à venir à Paris. "On est dans des histoires très fortes de filiation, dans un sens ou dans l'autre", commente Anne Baldassari.
 
Enfin, le sous-sol, est consacré aux ateliers de Picasso, avec notamment des photos de l'artiste lui-même ou de Brassaï et quelques céramiques.
 
Musée Picasso, 5 rue de Thorigny, Paris 3e
Tous les jours sauf lundi, le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai
11h30-18h du mardi au vendredi
9h30-18h le week-end, nocturne le 3e vendredi de chaque mois jusqu'à 21
Tarifs : 11€ / 9€
 
Week-end inaugural le samedi 25 de 12h à 18h et le dimanche 26 de 9h30 à 18h : entrée libre sans réservation.