Dominique Blanc, éblouissante et féroce dans "La Locandiera"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/09/2013 à 15H55
André Marcon et Dominique Blanc © Artcomart

Voilà enfin la grande tragédienne aux quatre Césars dans une comédie savoureuse, explorant la sensualité et la séduction dans "La Locandiera" de Goldoni.

Mirandolina, femme forte et libre, a repris l’auberge de son père, menant ses hôtes, qui la courtisent, par le bout du nez. Alors, quand un chevalier « ennemi juré des femmes » lui résiste, elle se lance le défi de le faire craquer : « J’ai parié avec moi-même de faire tomber amoureux le chevalier de Ripafratta, et je n’échangerais pas un tel plaisir contre un bijou même deux fois plus grand que celui-ci. »
 
Quel plaisir de retrouver Dominique Blanc dans ce rôle pétillant, elle qui vient de tourner pendant trois ans dans « la Douleur » de Duras, mise en scène par Chéreau. La comédienne a tout ce qu’il faut de grâce et de légèreté, d’ombre et de férocité, que réclame le théâtre de Goldoni.
Acte I - Scène 23 avec Dominique Blanc
 
Vive, pleine d’esprit, elle règne sur la scène de l’Atelier, savourant son pouvoir puis victime à son tour, lorsque le succès de son entreprise risque a contrario de mettre en péril son cœur et sa réputation.
 
Pris dans sa toile, le chevalier est incarné par un impeccable André Marcon. Drôle et touchant, il faut voir ce monstre de misogynie, taillé dans ses certitudes, s’effondrant peu à peu jusqu’à une souffrance inconsolable. Car bien entendu les conventions sociales vont  contrecarrer les sentiments naissants de ces deux personnages, l’un venu de l’aristocratie et l’autre du peuple.
Acte II - Scène 4 avec Dominique Blanc, André Marcon et Gaël Kamilindi
 
Aux côtés de ces deux pointures, on retiendra dans une distribution inégale François de Brauer, qui pousse avec délectation son Marquis de Forlipopoli jusqu’aux limites de la caricature.
 
Pour Marc Paquien qui signe une mise en scène classique et élégante, Mirandolina et le chevalier «  nous racontent l’histoire de deux êtres ayant renoncé à l’amour. Deux êtres qui vont pourtant, pour la seule et unique fois de leur existence, le rencontrer et le perdre à jamais ». Il signe pour nous le premier coup de cœur de la rentrée.
 
« La Locandiera » de Goldoni  
Théâtre de l’Atelier jusqu’au 25 janvier 2013
1, place Charles Dullin, Paris 18e
Réservation : 01 46 06 49 24