Des mots: Pascal Blanchard, Daniel Buffard-Moret, Geisha Fontaine, Peter Szendy. Musique: Berry & P. Kopatchinskaja

Des mots de minuit
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 02/07/2017 à 21H16, publié le 02/07/2017 à 18H00

Quand il s'agit de déconstruire toute idée d'identité nationale, surtout si elle fait ministère; qu'il s'agit pour la surdité d'escalader des montagnes; qu'il s'agit encore de mettre la danse à portée du regard et du corps du commun des mortels ou de ne pas trop facilement considérer que "les tubes" musicaux ne renvoient qu'à une banalité; qu'il s'agit enfin d'offrir de la musique en "live"

Des mots de minuit: émission N°331 du 21 janvier 2009.

Réalisation: Guy Saguez
Rédaction en chef : Rémy Roche
Production: Thérèse Lombard et Philippe Lefait

©desmotsdeminuit.fr/France2
 

Cette émission est traduite en langue des signes. 


CONVERSATION:

Très souvent, l'immigration se résume à des chiffres. C'est quelque chose qui a été très longtemps invisible. Beaucoup d'entre nous ont oublié que ce sont des immigrés du sud, des Kabyles, qui ont construit le métro parisien. L'immigration nous est constitutive depuis très longtemps et pourtant on préfére la résumer à des chiffres, ceux qui rentrent, ceux qui sortent! Alors que c'est une histoire, un présent. Ils ont construit, ils ont bâti. Les immigrés ont autant de légitimité que n'importe qui puisque la France est un pays d'immigration! Qu'on le veuille ou non, notre histoire s'est bâtie comme ça.

Pascal Blanchard. DMDM, 2009.
Pascal Blanchard

Pascal Blanchard

L'historien, spécialiste du fait colonial et auteur, avec la directrice de recherche au CNRS Isabelle Veyrat-Masson, du livre "Les guerres de mémoire", s'exprime sur l'immigration, les expulsions de clandestins, la couleur de la peau comme signe d'identification, la posture de la France face à son passé colonialiste, le racisme. Il évoque son métier d'historien, la place de la mémoire et de l'oubli dans l'Histoire.
À l'époque la France a été dotée par Nicolas Sarkozy d'un ministère dit notamment "de l'identité nationale"...  

Boîte Banania.

Boîte Banania.

"L'objet qui le prolonge...": Une boîte à chocolat en poudre sur laquelle le "tirailleur sénégalais" a remplacé au sortir de 14-18, la "jolie Antillaise". Pascal Blanchard note qu'avec BananiaBibendum et La vache qui rit, il y a là trois images qui ont construit la France. 
 

Nous sommes des gens normaux, qui entendons mal, voire pas du tout. Nous avons seulement besoin d'un coup de main, d'un coup de coeur, d'une écoute.

Daniel Buffard-Moret. DMDM, 2009.
Daniel Buffard-Moret

Daniel Buffard-Moret

L'alpiniste, en situation de handicap (surdité), est le fondateur en 2002 de l'association "Les montagnes du silence"  qui vise un rapprochement entre sourds et entendants. Il revient sur son parcours et sur son engagement en faveur de l'intégration des jeunes sourds. Appareillé pour une surdité presque totale, Daniel Buffard-Moret découvre le monde des sourds en intégrant un institut de jeunes sourds à 14 ans. Le soir, il n'hésite pas à refaire les cours de la journée en Langue des Signes ou à expliquer comment tournent les planètes à ses camarades de classe. Il a découvert l'alpinisme à 19 ans sur le Mont-Blanc.

Appareil auditif.

Appareil auditif.

"L'objet..." Celui qu'il a toujours sur lui et qui le rend entendant. Il dit qu'il n'est plus fabriqué aujourd'hui faute de rentabilité de cette prothèse pour son handicap rare. Il ajoute que la langue des signes a été "la plus grande découverte de sa vie".
À noter la remarque de Pascal Blanchard qui estime que les personnes en situation de handicap ont à se protèger dans leur différence et à surprouver aux autres qu'ils appartiennent aussi à la société...

 

Je dis que la partie du corps qui danse d'abord et qui m'inspire le plus, ce sont les yeux parce que -même si c'est un cliché- le regard a une force inouïe dans le rapport à l'autre et que la danse est aussi une histoire de rapport à l'autre, une histoire collective, et dire que ce sont les yeux qui dansent d'abord, c'est une façon de dire qu'il faut que la danse ne deviennent pas une histoire de spécialistes. Qu'elle est d'abord une histoire d'humain et de rencontre!

Geisha Fontaine. DMDM, 2009.
Geisha Fontaine

Geisha Fontaine

La chorégraphe et théoricienne de la danse et Pierre Cottreau ont fondé la compagnie de danse contemporaine "Mille Plateaux Associés". Elle évoque son nouveau spectacle "Une pièce mécanique", et parle de  sa réflexion sur le temps dans la danse. À noter qu'elle organise des répétitions en public et des ateliers de danse pour tout public.

Sur la danse, et dans un esprit voisin, voir la série "corresponDanse" sur Des mots de minuit.
 

Des peluches chinoises qui dansent.

Des peluches chinoises qui dansent.

"L'objet..." Deux des trois peluches mécaniques rapportées de Pékin et trouvées en pleine activité sur un marché parmi une quarantaine d'autres. Hasard d'une promenade alors que le spectacle en préparation portait sur les objets animés. Toutes ces peluches disent: "Danseur, tu es le danseur!" 

 

La musicologie n'a pas grand chose à dire sur les tubes... puisque, sans vouloir leur porter tort, ils se ressemblent à peu près tous. C'est banal. C'est un gars, une fille comme le dit Boris Vian dans sa chanson tube (NDLR: L'expression "un tube" pour désigner une chanson à succès a été inventée par Boris Vian en 1957. Il trouvait que l'expression utilisée alors dans le métier n'était pas très élégante: avant cette date, on disait en effet "un saucisson".)
C'est plutôt le philosophe qui doit s'intéresser à cette passionnante banalité, à cette musique qui nous obsède et nous fait retrouver un passé -un été!-, possiblement nostalgique. Fellini décrit cette expérience qui nous fait dire toujours: "J'y étais!"

Peter Szendy. DMDM, 2009.
Peter Szendy

Peter Szendy

Le musicologue et philosophe est sur le plateau à l'occasion de la sortie de son livre "Tubes: la philosophie dans le juke-box" (Éditions de minuit). Il évoque la notion d'écoute, notamment de la musique, puis sa réflexion autour des "tubes" musicaux.

Rouleau de piano mécanique.

Rouleau de piano mécanique.

"L'objet..." Un rouleau de piano mécanique trouvé sur un marché aux puces de Madrid qui lui a été offert et qui intègre un pot-pourri de "Manon" de Massenet.

MUSIQUE:

La chanteuse Berry interprète "Mademoiselle" et "Le bonheur". 

La chanteuse Berry interprète "Mademoiselle" et "Le bonheur". 

La chanteuse Berry (site officiel)
 

Patricia Kopatchinskaja

Patricia Kopatchinskaja

Portrait et musicographie de cette violonniste moldave, née dans une famille de musiciens et qui a grandi en Autriche. Elle joue d'instruments anciens et actuels et compose notamment pour Fazil Say.  


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