"De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites": une première mise en scène tonique et entraînante

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/01/2016 à 17H31, publié le 12/01/2016 à 12H00
De l'influence des rayons gamma... DMDM

Pour sa première mise en scène, Isabelle Carré monte "De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites" de Paul Zindel. Au Théâtre de L’Atelier, nous voilà propulsés dans l'Amérique des années 70, dans une famille monoparentale. Un trio féminin, perdu dans ses désirs et ses névroses, qui tente de sauver ce qui reste quand l'autre n'est plus une figure de l'amour.

L'intérieur de Béatrice, la mère, est à son image. Un petit salon à l’abandon où règne une belle pagaille: piles de journaux, cadavres de bouteilles, vêtements et excréments de lapin jonchent le sol de cette pièce à vivre dans laquelle elle stagne et dérive. Elle passe son temps entre canettes de bière et cigarettes et se noie dans son désordre, répétant sans cesse qu’elle a raté sa vie et qu’elle méritait mieux. Béatrice aurait souhaité ne jamais grandir pour rester avec son père adoré. Vedette de son lycée, elle voulait devenir danseuse. Le sort en a décidé autrement et elle a trop rapidement rencontré le père de ses deux filles, Ruth et Mathilda. Une union soldée par un divorce. Sur la paille, n’ayant aucune formation, elle a choisi de garder de vieux grabataires chez elle pour cinquante dollars par semaine. Son seul revenu.
Les jours défilent dans la vie de cette femme jalouse de la jeunesse de ses deux filles qui ont encore la possibilité de réussir. Ruth qui a la beauté et une réputation de rebelle incarne le rire et la légèreté. Mathilda est un petit génie des sciences qui fait des expériences sur des graines de marguerites. Élève brillante que sa mère empêche parfois d’aller à l’école pour combler sa solitude et pour la garder plus longtemps. Mère froide mais déjantée, elle la prive de liberté pour la punir et lui faire payer son propre échec, la rabaisse en s’attaquant à son physique "ingrat".
Elle survit en se raccrochant à ses mesquineries, à ses souvenirs passés qu’elle partage avec Ruth et à son envie d’ouvrir un salon de thé. Son destin semble scellé, sans espoir de renouveau. La seule possibilité d’entrevoir la reconnaissance qu’elle attend apparaît avec un concours remporté par Mathilda. Mais elle ne pourra même pas se rendre à la cérémonie: Ruth lui faisant payer le prix de ses médisances. Apprenant qu’elle est traitée de "bargeot" par la moitié des parents d’élèves, elle se retrouve au fond du gouffre et de la méchanceté.
Isabelle Carré réussit une mise en scène tonique et entraînante. Les comédiennes, sans cesse en mouvement, créent une ambiance loufoque et amusante. Alice Isaaz est une pile électrique, une Ruth solaire qui dissimule ses angoisses. Lily Taïeb est une Mathilda patiente et introvertie; une jeune fille dont les pensées sont au milieu de ses champs de marguerites radioactives. Quant à Isabelle Carré, comme toujours, son naturel et sa spontanéité ressortent. Elle offre à Béatrice un double visage: celui d’une mère perverse mais attachante.
 
"De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites"  
Texte: Paul Zindel – Mise en scène : Isabelle Carré
Paris – Théâtre de L’Atelier – jusqu’au 6 février 2016

Sortir avec desmotsdeminuit.fr

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