" Je suis Fassbinder", de Falk Richter : "Le théâtre du réel"

Savannah Macé
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 23/05/2016 à 23H04, publié le 23/05/2016 à 17H05
Je suis Fassbinder illustration © Jean-Louis Fernandez

En 1977, des actes terroristes bouleversent l’Allemagne. Le réalisateur R.W. Fassbinder, chantre de la transgression réagit à cet état d’urgence. Il met en lumière le rapport de force entre les êtres. Une source d’inspiration pour Falk Richter, adepte de l’autofiction et Stanislas Nordey qui, après Charlie et le Bataclan, cosignent "Je suis Fassbinder", présenté au Théâtre de la Colline.

A l’heure où Raymond Depardon sillonne la France avec son film "Les Habitants", pour donner la parole aux anonymes. Alors que "Angleterre, Angleterre" d’Aiat Fayez, un texte sur la jungle de Calais, est lu à Théâtre Ouvert, Nordey et sa bande tentent également de s’inscrire dans notre réalité
 
5 comédiens partent de l’œuvre du cinéaste Rainer Werner Fassbinder et de ses craintes face à l’évolution confuse de notre société, pour, quatre décennies plus tard, questionner l'actualité terroriste des derniers mois qui a touché, en France, de nombreuses familles et alimenter le débat sur notre vision du monde, nos croyances et notre perception de l’être humain. Qui sommes-nous ? De quoi avons-nous peur ? Peut-on changer le cours des choses ? Comment mieux s’ouvrir au monde, voir au-delà de nous, de notre pays, de l’Europe qui perd ses valeurs démocratiques et humanistes alors que nos utopies font cendres.
Je suis Fassbinder 01 © Jean-Louis Fernandez

Stanislas Nordey, met en scène et joue avec Judith Henry, Laurent Sauvage, Thomas Gonzalez et Eloïse Mignon. Ils travaillent des scènes d’improvisations où Ils s’amusent à rejouer l’œuvre de Fassbinder et évoquent ses opinions passées sur le rapport à l’autre et à la violence en les rapprochant de notre actualité. Ils se filment et créent des mises en abîmes que renforce la scénographie. Plusieurs niveaux de plateaux sont recouverts d’éléments décoratifs des films de Fassbinder, comme la moquette des "Larmes amères de Petra Von Kant". Au-dessus de ce dispositif, trois écrans qui diffusent en boucle des extraits de ses films. Des bribes de cinéma qui questionnent l’autorité de l’homme sur la femme, toujours désespérée. 
Une certaine faiblesse du texte, le cliché des arguments utilisés pour s'adresser à des consciences abîmées par les attentats de l'année dernière déroutent le public qui peut avoir l'impression d'assister à une conférence, un cours de morale sur des faits connus et déjà analysés. A trop jouer ce parralèle Fassbinder-année 2016, les comédiens nous perdent par une prise de parole trop personnelle voire anecdotique.

Les personnages n’existent presque pas alors que les comédiens prennent toute la place. D'où, une sensation désagréable d’être "pris en otage". Car la proposition théâtrale, habillée par Thomas Gonzalez de gratuité et d’hystérie décorative, est quasi inexistante. Que signifie aujourd’hui "faire du théâtre" ? Que peut-on encore dire sur un plateau? Le courage ne fait pas tout. La Culture, l’Art, le Théâtre, sont d'abord des outils d’ouverture à l’inconnu.

Je suis Fassbinder 02 © Jean-Louis Fernandez
Cette expérimentation théâtrale, bien qu’autocentrée, permet pourtant de rappeler un essentiel : la nécessité de créer du partage et de la relation, du lien, pour être ensemble.

On est ici, on est ensemble, on passe du temps ensemble ça là, tout ça, ce sont des moments, de brefs évènements, de brefs moments, que nous vivons ici, tous ensemble, oui, ensemble, en collectif 

 
Je suis Fassbinder, mis en scène par Stanislas Nordey et Falk Richter

Paris – Théâtre de la Colline – Jusqu’au 4 juin 2016


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