Haute surveillance. Quand Mathilda May cible la misère humaine de l'open space!

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/09/2014 à 22H16, publié le 16/09/2014 à 17H19
Open Space photo dmdm
Il y a quelque chose de familier dans cette pièce qui nous raconte la vie d’un open Space, de jubilatoire aussi. Mathilda May est l'auteur et le metteur en scène inattendu de cette fresque sur le monde du travail.
On y découvre une entreprise et ses employés. Rien que de très banal. C'est sur les heures partagées au grand jour d'un espace "libéré" de ses cloisons que s'arrête celle qui a d'abord été comédienne. Sur une intimité disparue au prétexte d'un partage professionnel élargi. Mais à quel prix et à quel coût pour la santé mentale du personnel?
 La lumière trop forte des néons surexpose les travers de chacun soumis à l’approbation et aux regards constants de tous ses collègues.
 Nous sommes dans un vase clos d’ambitions, de fantasmes, d’addictions, de haines et de rêves.
Seuls moyens d’exister : faire du bruit, s'agiter, se faire remarquer à tout prix. Faire claquer ses talons, se trémousser à la photocopieuse... Et tant pis pour la rançon que doit payer le timide : l’indifférence générale pour qui ne sait pas en faire autant.
La visite inopinée du chef fait redoubler de zèle. La lutte est sévère pour exister, serviles ou frondeurs dans un même mimétisme.
 Les mots sont ici inutiles. L'environnement est imaginé comme un univers de bruits, de borborygmes et d’onomatopées. Le langage théâtral est chorégraphique et musical. Il y a du Tati dans cette fresque rythmée et déjantée dans laquelle -bon casting!- sept comédiens sont tour à tour danseurs, chanteurs et bruiteurs.
Les trouvailles rythment ce pan de la comédie humaine qui nous réjouit et nous touche. La mise en scène use d’arrêts sur images pour pointer l’attention sur un personnage, d’accélérés pour évoquer les haines contenues, de ralentis pour souligner l’attrait du plus sexy de tous ou encore de replay. Mathilda May sait le cinéma.
On peut, certes, s’étonner de sa curiosité pour le monde du travail. elle s’en explique dans le dossier de presse “J’ai traversé souvent des rédactions de magazines, j ai toujours été fascinée par le vacarme de ces endroits ouverts, où tout le monde s’agite, parle en même temps, le bruit dingue et la parole incompréhensible...”
 
La pièce est très applaudie, comme son auteur quand elle se joint à la troupe dans le rappel.  
 
“Open Space”
Théâtre du Rond Point
Salle Renaud-Barrault
4/9 au 19/10