Théâtre. "Le Jour du Grand Jour": Quand le Théâtre Dromesko joue avec le tourbillon de la vie et de de la mort

Savannah Macé
Par @desmotsdeminuit
Publié le 22/02/2016 à 12H06

La dernière création du Théâtre Dromesko conçue par Igor et Lily pour la mise en scène et la scénographie et écrit par Guillaume Durieux : un théâtre forain dans lequel les comédiens réinventent à la vie, à la mort les moments clés d'une existence. Des événements intimes et publics qui font traces pour l’éternité. Un joyeux florilège visuel et sonore, aux parfums de musique tzigane...

Pour cette traversée, le spectateur est Immergé sous un chapiteau de bois pendant 1h30 dans un dispositif bi-frontal. Dix comédiens, chanteurs, danseurs et musiciens, déambulent sous nos yeux, explorant les cérémonies et les rituels d'un quotidien d'humanité. Les scènes enchaînent avec une énergie virevoltante mariages, cortèges funèbres, banquets et discours officiels. Ces mises en scène communes à la société sont tournées à la dérision ou mettent l’accent sur la beauté de ces moments où le temps est suspendu.

Un temps de rêve.
Le public passe du rire aux larmes. Il s’amuse de l’illusion et des astuces originales qui créent un univers atypique, celui du cirque et d’une marée visuelle très esthétisante où les corps se confondent. Ce travail sur les matières et les objets prend parfois des allures de cabinet de curiosités. Les jeux et les intensités de la lumière multiplient les ambiances. Les comédiens poursuivent le jeu sonore dans les coulisses et inventent un hors scène. Ils composent avec peu d’éléments, évoluent de manière chorégraphique et millimétrée. La surprise est au cœur de leur démarche acrobatique et onirique.
Impossible d’oublier ce trio dansant entre un couple et ce somptueux marabout aux ailes cendrées et au plumage de neige. Un moment unique dans lequel l’oiseau pose délicatement ses longues pattes sur les dos des danseurs qui s’entrecroisent. Le cortège funèbre contribue aussi à la sensibilité ambiante. Dans la pénombre, éclairés à la bougie, portant des becs d’oiseaux, les veilleurs recouvrent le corps du mort, étendu sur une charrette tirée par un poney.

Une richesse.
Une multitude de propositions scéniques d’où émane un lyrisme qui, au rythme du violoncelle et de l’accordéon, emporte le spectateur dans cette folle aventure humaine. Voyage qui se clôturera par une procession interminable de robes de mariés et un banquet collectif pour prolonger le partage, après la représentation.
Dans leur étonnante baraque patinée par les rêves et peuplée d'animaux, Igor et Lily offrent un spectacle unique, où la poésie est reine. 
Depuis qu'ils ont renoncé, en 1991, à leurs aventures en compagnie d'autres bandes (celles du Cirque Aligre ou celle de Zingaro), Igor et Lily promènent leur habitacle nomade un peu partout en les remplissant d'images colorées et bruissantes.
Depuis longtemps, ce n'est plus dans La Volière  fameuse et peuplée de volatiles et de musiciens, qu'ils nous invitent, mais dans une longue baraque au bois huilé par les rêves. Ils y ont ajouté deux absides pour les changements de costumes, installé la scène le long du transept et réparti le public en face-à-face pour assister à cette procession de saynètes.

Lanterne magique. 
Ces magiciens de la scène, qui ont tant roulé leur bosse, semblent nous offrir leur dernière lanterne magique. Leur univers a toujours évoqué des mondes anciens, entre musiques tziganes, vieilles chansons réassaisonnées et objets chinés et transformés, mais, cette fois, la nostalgie, plus âpre que d'habitude, est un miroir de leur parcours.
Est-ce parce que Guillaume Durieux, le jeune comédien-auteur qu'ils ont invité à réagir en voix off dans le spectacle, s'est inspiré de leur vie d'artistes? Car si tout commence par l'hilarante inauguration officielle d'une « "yourte de la vie", dédiée aux savoir-faire traditionnels par un maire tendance frontiste (mieux vaut en rire), les situations grinçantes sont vite recouvertes d'un leitmotiv plus mélancolique.

Qui partira le premier?
Dans ce tourbillon aussi triste que gai, les deux figures d'Igor et Lily surnagent. Elle, toujours aussi rousse et royale dans ses robes pimpantes. Lui, le taiseux à casquette bardé de son accordéon. Tous deux comme surlignés par ces commentaires parfois tournés jusqu'à la dérision du dramaturge qui les contemple. Les voilà ainsi attablés, mangeant en silence leur soupe dans le halo d'une loupiote. Et l'on entend leur dialogue de sourds:

- Qui es-tu ?
- Que suis-je au fond de toi?
- Qui partira le premier?


Résumé poignant du "vieillir ensemble"! Avant et après, le public aura pu apprécier la noce: du bal fringant au défilé de mariées dérivant avec leurs traines. Onirisme à la Chagall, clair-obscur à la Georges de La Tour... Igor et Lily ont l'esprit pictural. Et forain: ils restent des montreurs d'oiseaux (le marabout!) qui nous hypnotisent et nous envoûtent par leur lente sarabande...
 
 
"Le Jour du Grand jour"  - Création du Théâtre Dromesko
En tournée:
Mars 2016 : Théatre Forum de Meyrin - Genève
Juin 2016 : Théâtre des Salins - Martigues
Juillet 2016 : Les Nuits de Fourvière
Septembre 2016 : Festival Eclats de rue - Caen

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