Au théâtre, "Le Faiseur" de Balzac par Demarcy-Mota: l’amour fait beaucoup, mais l’argent fait tout!

Savannah Macé
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 04/04/2015 à 17H18, publié le 04/04/2015 à 12H01
Le Faiseur illustr © Jean-Louis Fernandez

L’argent, un thème omniprésent dans l’œuvre d’Honoré de Balzac, merveilleux observateur de son époque. Un sujet qu’il définit comme le mécanisme explicatif du 19e et qui, dans "Le Faiseur", mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota deux siècles plus tard, au Théâtre des Abbesses, trouve toute sa résonance. Une étude sociologique et surprenante d’originalité et de cynisme.

Ecrite en 1840, Le Faiseur explore les vices humains et la dépendance à l’argent, à travers le problème de la dette. Mercadet, homme d’affaires ruiné usera, jusqu’à épuisement, de toutes les conspirations, corruptions et spéculations possibles afin de faire patienter ses créanciers qui le tiennent à la gorge. Dans une instabilité permanente, la maison Mercadet sera constamment confrontée au néant et à la peur du vide, une peur que le père comblera par tous les moyens, utilisant jusqu’à s fille pour lui organiser un mariage forcé avec un riche parti.
Mensonges, complots et mises en scènes, autant d’éléments qui se prêtent au théâtre et à l’amusement, sans oublier pour autant le capitalisme financier tourné en dérision. Des notions qui font toujours sens dans notre société et que Emmanuel Demarcy-Mota, le metteur en scène, a su moderniser tout en valorisant l’aspect ridicule de cette avidité à vouloir tout posséder, même ce que nous devons.
Le faiseur 2 © Jean-Louis Fernandez
Ainsi, la scène du Théâtre des Abbesses est recouverte de plateaux en bois convertibles, s’inclinant en pentes afin de souligner le déséquilibre permanent des personnages fourbes et manipulateurs. Continuellement dans une lutte pour repousser leurs échéances, ils ne trouveront jamais le calme et la sérénité mais parviendront toujours à leurs fins. De ce fait, la scénographie évolue, mouvante et pentue comme les courbes de la Bourse. Un beau panel d’arnaqueurs et d’escroqués auquel Demarcy-Mota offre le grain de folie et le décalage qui résultent de toute cette absurdité obsessionnelle.
Naviguant sur les accords de Nirvana ou encore d'Abba, la pièce prend des airs de comédie musicale parodiée mais crédible et convaincante, les comédiens adoptant des attitudes de mafieux amusants qui dénotent avec la réalité balzacienne, apportant la touche d’humour qui convient. Dans une quête et une attente constantes, qu’elles soient économiques ou amoureuses, les comédiens se distinguent tous par leur habilité à tromper ou à persuader. Treize admirables comédiens qui constituent le miroir d’une société houleuse. De talentueux interprètes qui s’accordent parfaitement avec l’atmosphère immorale et crédule qui se dégage de cette pièce.

Le Faiseur, texte d’Honoré de Balzac, mise en scène: Emmanuel Demarcy-Mota (reprise)
Théâtre des Abbesses, jusqu'au 11 avril

Sortir avec desmotsdeminuit.fr

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