Arracher le temps de bien partir

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/05/2014 à 21H55, publié le 05/02/2014 à 00H00
Duba dmdm

Il est ici question de vieillesse et de mort. L’heure est venue pour une vieille dame de quitter la vie. La mort est là, sur un cheval, incarnée par un cavalier fossoyeur et sifflotant, inspiré à Pierre Duba par Robert Mitchum dans «La nuit du chasseur» de Charles Laughton. Le cow-boy ne s’embarrasse pas de formes : «Maintenant… L’heure c’est l’heure».

La vieille dame va réussir à arracher à son sinistre visiteur «le temps d’une pensée» : «Tu ne vas quand même pas m’emporter avec les chaussures d’une petite fille aux pieds ?». Elle peut ainsi retourner dans ses souvenirs, redevenir petite fille parce que «Tous les enfants sont à l’intérieur  d’une veille personne, mais ils ne le savent pas encore».

Et retrouver la douceur de l’enfance, la lumière de la vie, la couleur des jeux et de l’insouciance, celle des peurs enfantines aussi.

La petite fille et la veille dame ! L’une a peur de la nuit, l’autre de la mort. Elles s’accrochent l’une à l’autre, se tiennent et se retiennent, apprivoisent ensemble le moment du passage. Elles se mettent en ordre pour n’être qu’une à partir.

Les dessins de Pierre Duba expriment avec force et justesse l’espace poétique du songe. Ses noirs, ses blancs, ses flous, ses perspectives, ses cadrages, ses disproportions évoquent la suspension du temps, la profondeur des sentiments, l’importance des petits riens que l’on emporte avec soi, le cheminement intérieur si bien mis en musique dans le texte de Philippe Dorin.

«Dans ma maison de papier» de Pierre Duba et Philippe Dorin, Editions Six Pieds sous terre – collection blanche

«Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu» Philippe Dorin, éditions l’Ecole des loisirs.