"Orpheline" d'Arnaud des Pallières: quand un cinéma réussit à dire la complexité d'un sujet sans fondations

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 03/04/2017 à 21H38, publié le 10/11/2016 à 16H53

Quel beau mot que celui d'identité quand on en fait bon usage ou qu'elle se constitue au contact de l'autre, de tous les autres. Le mot va bien au cinéaste dont l'exigence, la maîtrise et le "laisser ouvert à la réflexion" font œuvre. L'identité est toujours plurielle quand elle dit les strates de sédiments qui font la subjectivité d'une femme en la circonstance, d'un être de cinéma: "Orpheline"

Les méandres et la minutie de la réflexion d'Arnaud des Pallières forcent la curiosité. Celui qui a longtemps estimé que le tournage critiquait le scénario que critiquait finalement le montage le faisait en connaissance de cause. Il écrit, tourne et monte. La lecture -toujours- lui est indispensable alors même qu'elle a pu densifier outre mesure le propos du cinéaste.
La découverte à 25 ans -il est né en 1961- d'une nouvelle d'Heinrich von Kleist lui a inspiré en 2013 Michael Kohlhaas, un "western moyenâgeux" tourné dans les Cévennes dans lequel sont centrales les questions de la révolte, de l'héroïsme et de sa perception. Ce film coscénarisé avec Christelle Berthevas a été présenté à Cannes en 2013.
Arnaud des Pallières fait des films amples, aux entrées multiples, qui sollicite l'imaginaire ou la mémoire de leurs publics. En 1996, avec "Drancy Avenir", du nom d'une station de tramway de la banlieue nord de Paris, il choisissait de titrer paradoxalement une prise en charge du passé: Drancy fut aussi le lieu d'un camp de transit des déportés de 1941 à 1944. En voix off -procédé habituel du cinéaste- les textes les plus poignants écrits sur la déportation des juifs y éclataient une image qui disait le réel contemporain.
En 2004, dans son quatrième film, "Adieu", il pose la question de l'altérité et de son accueil au travers de deux histoires. La première, celle d'Israël, entré clandestinement en France après avoir fui l'Algérie. Il écrit à sa femme, et ses lettres empruntent à la fable de Jonas avalé par la baleine (commune à la Bible et au Coran). La seconde, celle d'une famille d'agriculteurs français disloquée après la mort de l'un de ses fils. La critique relève notamment dans ce film les qualités du chef opérateur Julien Hirsch et du musicien anglais Martin Wheeler.
Il faut dire que des Pallières tient son obsession du "bon son" de l'enveloppant bruit de motos des furies THX de Mad Max.

Son dernier film Orpheline -pour lequel il retrouve au scénario Christelle Berthevas- est le portrait diffracté par quatre interprètes (dont Adèle Exarchopoulos, Solène RigotAdèle Haenel) d'une femme sans re-père qui reprend cette question de la quête identitaire, celle qui permet, dans la fugue, la sexualité, le vol ou le meurtre, d'assumer le chemin de soi.
C'est à l'occasion du 25ème festival du film de sarlat que nous lui avons proposé ce mot à mot...       
 

Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne

Arnaud des Pallières. Libération, entretien avec Julien Gester, août 2013.

 

Deux des films qui ont pu "traumatiser" son enfance: Voyage au centre de la Terre de Henry Levin et Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille.

Entre autres références cinématographiques: Marguerite Duras, Jean-Luc Godard, Robert Bresson, Michelangelo Antonioni, Hans-Jürgen Syberberg, John Carpenter.

Orpheline - Arnaud de Pallières (France) - 1h51

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