Norah Krief: "Il n'y a pas de nostalgie dans cette "Revue rouge"! Il s'agit juste de faire ressortir l'histoire!"

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 18/08/2017 à 16H16, publié le 18/08/2017 à 14H45

On pourrait assister à cette "Revue rouge" le poing levé ou en sortir titillés par un fond de tristesse. Elle dit les époques des combats collectifs et révolutionnaires. Ceux d'avant l'égoïsme idéologique. Qui oserait encore "Quittez les machines"? Norah Krieff joue pile poil de ces ambivalences. Elle a la voix et la bande de "musicos" parfaitement adaptées à cette ivresse de l'Histoire!

J’ai complètement rejeté la langue arabe, tout comme la culture de mes parents. Jeune, l’entendre parler m’agressait beaucoup. Ce rejet était pour moi une façon de survivre parce que l’intégration était difficile en France. J’ai le souvenir qu’à l’âge de dix ans, l’école était très compliquée pour moi. Ma famille a mis énormément de temps pour s’intégrer et moi j’ai essayé de toute mes forces de m’éloigner d’elle.
-
Vous avez eu le sentiment de vous intégrer en rejetant votre culture ?
- S’intégrer ce n’est pas forcément rejeter la vie de ses parents consciemment. Mais, pour moi, cela s’est fait naturellement. Qui n’a pas honte de ses parents pendant l’enfance ? On ne veut pas qu’ils viennent nous chercher à l’école, on a envie de s’émanciper. Je ne voulais pas qu’ils viennent me chercher avec leur couscous et toute leur histoire ! Puis à un moment on revient à eux parce que c’est eux qui nous ont fondé.

Norah Krief. Propos receuillis par Hadrien Volle pour www.sceneweb.fr , juin 2017.

Il y a peut-être là les origines d'une façon de vivre la vie et la scène. Dans cette démarcation qui ouvre les chemins de traverse (comme la mort d'un jeune frère) et qui aujourd'hui amène à chanter la révolution, notamment dans ce off avignonnais de 2017. Mais peut-on encore "Quittez les machines... Drapeau déployé ... !" pour gagner le monde? Que sont les prolétaires devenus? 

Avignon, juillet 2017.

Avignon, juillet 2017.

© dmdm
Norah Krief, venue bébé avec ses parents de Tunisie, a vécu en banlieue, s'est nourri d'Ariane Mnouchkine, a fini par préférer la scène où on peut ne pas penser à la mort -c'est elle qui le dit- à la biologie en zappant le Conservatoire. Elle a été repérée à Lille par Alloucherie et Lacascade pour "Ivanov" de Tchéchov en 1991, a travaillé avec Sivadier ("Le roi Lear"), adapté Feydau ("La dame de chez Maxim") en 2009. Autant de fidelités.
Dans ses références: Harpo Marx ou Pina Bausch. Au total une façon de dire et de faire avec le corps. Ou avec la voix, quand François Morel lui écrit des textes ou quand la revue a viré rouge...   
Affiche Norah Krieff DMDM juillet 2017

C’est la suite d’un parcours entamé depuis quelques années avec Norah sur la chanson. Un travail parallèle à notre activité théâtrale, qui y ressemble, mais qui engage une énergie différente, un autre rapport au public, une autre façon de porter et de faire passer le texte en relation permanente avec la musique. Dans notre rapport de travail, dans la connaissance que nous avons l’un de l’autre de chaque côté du plateau, moi la regardant et elle jouant, le concert vient interroger, nourrir, mettre en question, radicaliser notre approche commune.
C’est ainsi que nous essayons à chaque fois de trouver une thématique forte dans les textes et les musiques proposées. Cette fois-ci nous nous attelons à des chansons de lutte. Elles sont à la fois témoignages d’espoirs collectifs et de révoltes, souvenirs d’insurrections et de résistances mais surgissant de l’histoire elles nous embrasent. Aujourd’hui encore ces paroles, ces refrains, ces musiques nous soutiennent, nous portent et j’espère nous entraînent vers de nouveaux combats. Il est temps.

Éric Lacascade, février 2015.

 

"Revue Rouge"

Création en février 2015 au Théâtre National de Bretagne / Rennes
Avignon, théâtre Gilgamesh Belleville (Juillet 2017) 

Mise en scène : Éric Lacascade, chant : Norah Krief, conception et direction musicale : David Lescot
avec Fred Fresson (piano, chœur), Adrian Adeline (basse, choeur), Antonin Fresson en alternance avec David Lescot (guitare, trompette, choeur), Philippe Floris (batterie, choeur)


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