"Le Jardin des Sept Crépuscules" : Miquel de Palol, romancier catalan et poète doublement underground sous Franco

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/10/2015 à 11H46, publié le 14/10/2015 à 12H02

Milieu des années 1980. Un auteur trentenaire et désinhibé écrit pour son plaisir 1000 pages "convaincu qu'il sera le seul à les lire". "El jardí dels set crepuscles" est pourtant publié en catalan par un ami éditeur. Une histoire à multiples facettes et autant de narrations : celle de la banque Mir dont le fondateur et les héritiers ont mené le monde. Suspense, tragédie et jardin suspendu...

Né en 1953, architecte de formation, ayant de qui tenir -ses père et grand-père sont archéologue et artiste-, poète sous le manteau et sous Franco avant d'être romancier, signataire aujourd'hui de plus d'une soixantaine de textes, Miquel de Palol écrit comme Escher dessine, en faux semblant, à foison, se référant à Shakespeare et à son Lear ou à Sade. Le résultat est un tuilage savant, ébouriffant et savoureux. L'histoire unique d'une dynastie bancaire est fractalisée en sept jours dans un château protégé de l'apocalypse nucléaire qui arrive sur l'Europe, dans le récit des dizaines de personnages qui se promènent dans l'épaisseur de ce roman traduit du catalan par François-Michel Durazzo.   
Escher © Maurits Cornelis Escher

Dans l'enchâssement des narrations croisées et l'exploitation de toutes les ressources romanesques, la critique remarquablement organisée et argumentée d'un système de pouvoirs notamment bancaire qui domine le monde. Bien au dessus des gouvernements ou des institutions qui le servent et auquel rien ni personne ne peuvent échapper tant est subtile la sophistication de ses moyens idéologiques, économiques ou politiques. 
"Tout cela fait partie de l'hypocrisie traditionnelle de la société capitaliste, dit Simon qui suscita chez les femmes des regards pleins de commisération. La société oblige l'artiste à se vendre comme un produit dont le contenu doit correspondre à l'étiquette. Seuls les grands - je veux dire les très grands, ceux qui le sont vraiment - y échappent. Les marchands trouvent parfait de lutter pour le succès et le bien-être économique; c'est pour eux une qualité professionnelle indispensable ; mais quand un artiste fait la même chose, ils le suspectent d'impureté ; ce qu'ils veulent c'est un artiste matériellement désintéréssé et, à moins que ses idées ne leur soient hostiles, plus il mène une vie précaire mieux ça vaut."

"Le jardin des sept crépuscules" est aussi la critique d'une utopie d'aristocrates réfugiés dans une "tour d'ivoire" en haute-montagne pour échapper au chaos et à  l'apocalypse.      

Le jardin Palol

Dans ce mot à motMiquel de Palol parle de baroquisme, de folie. Il évoque ses cinq ans de travail dont le moment le plus jouissif est pour lui la planification, avant l'écriture et la correction, "quand tout est possible, comme dans la passion amoureuse". 

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