Ecrivain et jazzman, l'américain James McBride séduit par sa verve romanesque et son rendu de la "note bleue"

Des mots de minuit
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 03/10/2015 à 09H03, publié le 01/10/2015 à 19H22

"Je suis né homme de couleur, surtout n'oubliez pas ça." Un roman américain qui joue cette entame ne se refuse pas surtout par gros temps de populisme; surtout s'il est écrit ensuite : "Mais pendant 17 ans, je me suis fait passer pour une femme". Il y dans cette juxtaposition l'humour identitaire d'un auteur né en 1957 qui ajoute à son sens millimétré du récit la passion du jazzman.

Un troisième roman ("L'oiseau du bon Dieu" traduit par François happe) et un quintet.
James McBride est multicarte. Son troisième roman est une épopée qui suit la trace du (de la) jeune esclave Henry, le narrateur, dans l'Amérique du milieu des années 1850. John Brown, légende américaine, et "Vieux" prêcheur abolitionniste d'avant la guerre de sécession va prendre le gamin sous sa coupe après avoir débarqué dans un boui-boui du Kansas où il subit sa condition. C'est le début d'un périple qui emmène une troupe déguenillée faire le coup de feu, la main sur la bible ou sur la bouteille, pour arracher l'égalité raciale. "Je sais pas comment expliquer ça, mais à chaque fois que le Vieux se mettait à parler du sacré, le simple fait de mentionner le nom du Créateur faisait de lui quelqu'un de carrément dangereux. Il était parcouru d'une sorte d'électricité. Sa voix devenait comme du gravier raclant une route de terre. Quelque chose en lui se dressait. Sa vieille carcasse fatiguée disparaissait, et à la place, se tenait un homme remonté à bloc comme un mécanisme de mort. C'était carrément troublant à voir, et l'officier, il est tout perturbé."
James McBride couverture
 De fait, c'est son identité que questionne McBride dans un épais roman que la foison et la densité de péripéties laissent peu quitter. Peu de temps pour souffler dans cette époque centrale de la construction des états unis d'Amérique. De l'intimité et du froid des bivouacs aux discours boursouflés des philanthropes de la côte est. Des doutes et des vélléités de ces cavaliers de la bonne cause aux bordels du Far West. De l'héroïsme aveuglé par la foi à l'assignation acceptée de celles et ceux qui n'ont pas connu d'autre statut que d'être possédés par les blancs.
"J'étais un Noir avant tout, et le Noirs jouent aussi d'un rôle à eux: dissimulation. Sourire. Faire sembalant d'être esclave, c'est bien, jusqu'au moment où ils se retrouvent libres, et puis après? Libres de quoi faire? D'être comme l'homme blanc? Est-ce qu'il est si bien que ça? Pas si on en croyait le Vieux. Il m'est venu à l'esprit, à ce moment-là, qu'on est la somme de tout ce qu'on est dans cette vie à tout instant. Et ça comprend le fait d'aimer quelqu'un. Si vous pouvez pas être vous-même, comment pouvez-vous aimer quelqu'un? Comment pouvez-vous être libre? Tout me comprimait le coeur comme un étau. Ça m'écrasait carrément."
Propos d'époque et doute d'adolescent aussi qu'actualise l'auteur dans ce Mot à Mot.
Photo McBride
McBride est donc essentiellement double. Dans son concert parisien, à la Maison de la Poésie de la Ville de Paris, il était accompagné de Trevor Exter à la basse, Adam Hassen Faulk au piano, Keith Robinson à la guitare et au chant et Damon Due White à la batterie. ("The Good Lord Bird Band ")  

« God is going to Save the world on fire ».


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