Matricule 111113: du numérique et de l'immédiation...

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 30/07/2016 à 23H00, publié le 11/11/2013 à 00H00
Matricule...

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© CNN

Je lisais hier dans le journal de papier…

Je lisais ... que la formule « Le jour où les mots n’auront plus de sens, nous aurons gagné » est attribuée à un criminel de guerre, Paul Joseph Goebbels, ministre de la propagande et de l’information chez Hitler…

Et je me retrouve ce matin avec une bonne grosse pensée diffluente. Caractéristiques : elle ne se fixe plus ; elle erre ; elle picore ; elle jouit. Et me voilà incapable, les tempes à l’étroit dans mon écran, de me sortir de ma demi heure de tablette, submergé par l’offre numérique. En plus, incapable d’apprécier le café. En perdre le goût. Je serais donc cette drôle de bête encore humaine qui ne peut faire 36 choses à la fois. J’ai l’air du temps.

A l’heure du tout-info, du tout-image, du breaking-news comme il est dit sur CNN, de la fabrique à polémiques et a scandales alimentées 24 heures sur 24 par les réseaux sociaux, « l’affaire DSK » remonte au miocène moyen, le cas Leonarda au paléolithique et la galerie s’amuse. Pas toujours. La déferlante rebute désormais dans ses mesusages des influents, patrons de presse (L’express, Lui) cernés par les vraiment méchants twittos.

L’empilage incessant et obligé par la concurrence et le référencement fait des journalistes des immédiateurs guettés par l’hystérie et l’immédiateté rend l’information instantanée toxique pour la démocratie. Le capitalisme financiarisé ne peut rêver meilleure assurance que rien ne lui succédera. Notre besoin urgent, passée la fascination pour l’outil évident et remédiable d’une nouvelle civilisation, est de repenser une temporalité pour ce « merveilleux » espace de la toile. Comme dit le philosophe Bernard Stiegler, gare au pharmakon, qui empoisonne autant qu’il soigne ! Chercher l’étymologie du grec m’a replongé dans la tablette ? Nonobstant, les mots ont besoin de temps pour faire sens.

BN (breaking-news) : Le temps de lire Ormuz de Jean Rolin (P.O.L).

« C’est au cours de cette excursion dans les gorges du Wadi Sweih, à une centaine de kilomètres dans le sud de Mascate, que pour la première fois j’ai vu Wax donner des signes de fatigue. »

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