Edgar Hilsenrath

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Publié le 13/08/2016 à 11H45
Hilsenrath 1

Quand il fit nuit noire, les petits enfants commencèrent à avoir peur et à pleurer. Quelques vieux croassaient, d'autres priaient. Après ce premier jour de voyage, ça sentait déjà les excréments et l'urine. Et l'air devenait de plus en plus lourd. L'avocat s'était levé et avait offert au porteur d'eau sa place sur la valise en bois. Et le porteur d'eau était assis maintenant près de Shane Sure,

... la marieuse, qui n'arrêtait pas de le harceler en lui décrivant toutes les jeunes filles qu'elle lui trouverait, quand tous les Juifs seraient revenus au shtetl. Contre une petite récompense, bien sûr. Les affaires sont les affaires.
Le porteur d'eau écouta un moment. Puis la marieuse recommença à sangloter et ne dit plus rien."

Le retour au pays de Jossel Wassermann
Edgar Hilsenrath
(traduit en 1995 (Albin Michel par Christian Richard) et aujourd'hui par Chantal Philippe) 
Le Tripode, 2016.
©Henning Wagenbreth pour l'illustration de couverture

©Henning Wagenbreth pour l'illustration de couverture

"Né en Allemagne en 1926, Edgar Hilsenrath a survécu au ghetto durant la guerre, avant de partir pour Israël, puis pour New York. C’est dans cette ville, où il enchaîne d’abord les petits boulots, qu’il commence véritablement l’écriture de son premier roman. Il écrit la nuit, dans des cafétérias juives sordides, et vit de rien.  Toute son œuvre s’inspire de cette expérience marquée par la guerre et la solitude, mais sur un mode burlesque, quasi rabelaisien.

Longtemps refusé par les éditeurs allemands, qui craignent les réactions à son approche, très crue, de la Shoah, Edgar Hilsenrath connaît d’abord le succès aux États-Unis. Ce n’est qu’après son retour en Allemagne, en 1975, et la réédition de ses chefs-d’œuvres Nuit etLe Nazi et le Barbier, qu’il obtient la consécration dans son propre pays. Auteur d’une œuvre ample et à l’originalité sans équivalent, il est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains européens les plus singuliers de sa génération."

©Le Tripode
 

"Les luttes les plus acharnées avaient lieu pour un quignon de pain. C’est plus tard, avec ces convois humains arrivant sans cesse de Roumanie, qu’il avait fallu se battre pour dégoter une place où dormir." ("Nuit")

Hilsenrath 3

Depuis ses débuts*, la maison d'édition -Le Tripode- est au service d'auteurs dont elle admire la seule liberté possible : privilégier la sensibilité aux doctrines, le cheminement dissident de l’imaginaire à l'immédiateté du discours. Le lyrisme de Jacques Abeille, l'exigence de Robert Alexis, l’irrévérence d’Edgar Hilsenrath, l’iconoclasme d’Andrus Kivirähk, l'espièglerie de Jacques Roubaud, la virtuosité de Juan José Saer, le désir sans limite de Goliarda Sapienza, la rigueur de Jonathan Wable, la lucidité de Louis Wolfson ou encore la fantaisie de Fabienne Yvert ... voici quelques-uns des regards qui, de façon salutaire, nous sortent de la marche ordinaire du monde.

Frédéric Martin.
* Le Tripode est né durant l’été 2013 de la scission des anciennes éditions Attila en deux entités indépendantes : Le Tripode et Le Nouvel Attila. Son catalogue reprend pour partie celui des éditions Attila, chaque auteur s'étant vu proposer de rejoindre la maison de son choix.


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