"Continuer" de Laurent Mauvignier: Au nom du fils

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 25/11/2016 à 22H18, publié le 10/10/2016 à 09H00

Le dernier roman de Laurent Mauvignier est un road-movie initiatique. L'histoire d'une mère et d'un fils partis en quête d'eux mêmes au fin fond du Kirghizistan. Bouleversant.

Sybille est une femme comme les autres. Un peu plus à la dérive, peut être, depuis que son mari l'a quittée. Mais suffisamment lucide pour s'apercevoir que les dissensions de son couple ont eu des répercussions sur leur fils unique, Samuel. L'heure est à la prise de décision:

On ne peut plus laisser Samuel. Maintenant, il faut qu'ils comprennent ensemble ce qui s'est passé. Comment depuis des mois il s'est détruit, comment ils l'ont détruit à force d'indifférence, ou d'aveuglement, car ils ont été aveugles à tout ce qui n'était pas leur guerre, à tout ceux qui n'était pas eux et chacun a été responsable de ce qui arrive ce matin. Samuel a été leur victime collatérale

Laurent Mauvignier, "Continuer"
Donc acte. Sybille décide alors de vendre la maison familiale de Bourgogne pour partir plusieurs mois à cheval avec son fils dans les montagnes d'Asie Centrale. Un pari fou. Une dernière tentative, pour elle comme pour lui, de retrouver le fil de leur vie. 
C'est précisément ce fil que Laurent Mauvignier dévide peu à peu éclairant les zones d'ombre de ses personnages en perdition. Samuel délaissé par ses parents, entraîné malgré lui dans la délinquance, submergé par sa peur de l'autre. Sybille brillante étudiante en médecine qui rêvait de devenir chirurgien pour "rompre avec cette fatalité qui aplatit sa famille génération après génération" et caressait des rêves d'écriture en passe de se concrétiser. Sybille et son engagement qui lui valut les plus belles heures de sa vie. Et puis soudain plus rien. Hormis la honte de ne pas avoir été à la hauteur de ses rêves. Le lecteur ne comprendra que dans les dernières pages la raison pour laquelle la jeune femme est peu à peu devenue l'ombre d'elle même.
 
Faisant alterner les monologues intérieurs de ses personnages, Laurent Mauvignier brosse au fil des pages deux portraits d'une humanité et d'une vérité saisissantes. Les plus belles pages de ce road-movie qui se double d'une quête initiatique sont sans doute celle qui disent le retour à l'essentiel que ces deux êtres "à bout de tout" sont venus chercher au Kirghizistan: la nourriture, l'eau, les chevaux, la route. "Continuer" est l'histoire d'une rédemption portée par une écriture éblouissante.
L'un des plus beaux romans de Laurent Mauvignier.

Continuer Dmdm
Continuer - Laurent MAUVIGNIER - Les Éditions de Minuit - 240 pages
> feuilleter les premières pages
(Illustration principale: © Roland Allard)
Les lectures d'Alexandra
La critique Littéraire desmotsdeminuit.fr