Les lectures d'Alexandra. "Souvenirs de la marée basse" de Chantal Thomas: ode à la mère

Par @desmotsdeminuit
Publié le 01/10/2017 à 17H00

Romancière et historienne spécialiste du XVIIIème, Chantal Thomas dans son dernier roman rend hommage à sa mère pour qui nager s’apparentait à une école de liberté.

Ce pourrait être la scène inaugurale d’un film. Une jeune fille se promène à bicyclette le long du Grand Canal à Versailles. "Ce matin-là, elle n’a pas clairement le projet de se baigner (…) mais elle a toujours un maillot de bain avec elle, au cas où, et quand elle arrive en sueur, devant la surface miroitante où sombre une barque à demi noyée, trouve les berges vides bordées d’allées qui plus loin s’embroussaillent, elle a un merveilleux sentiment de liberté". Et n’écoutant que son désir, elle plonge sous le regard ébahi du jardinier. Cette jeune fille est née en 1919. Elle est la mère de la romancière Chantal Thomas qui, dans ce livre, brosse le portrait d’une femme mélancolique et fantasque pour qui nager était une manière de fuir les contraintes, d’échapper aux vies imposées et de préserver sa liberté. 

Joie

Une mère qui n’a pas plus de goût pour la transmission que pour les histoires et répète à l’envi que "les histoires des autres ne l’intéressent pas". Ainsi naissent peut-être les vocations. "Et la sienne, sa propre histoire, l’intéresse-t’-elle?" s’interroge la romancière. "Certainement, mais sans éprouver l’envie d’en faire récit, ou même plus profondément, sans y voir une histoire". Qu’à cela ne tienne, et peut être pour cette raison même, sa fille sera écrivain. Qui plus est historienne. "Souvenirs de la marée basse" met des mots sur les silences de cette "mère oublieuse" qui eut le plus grand mal à se satisfaire de son rôle d’épouse et de femme au foyer et l’inscrit dans l’Histoire, remontant ainsi aux origines du roman familial. 
"Je suis née d’impulsions sportives et de la convoitise de corps parfaits", écrit la romancière. La vie au grand air et le culte du corps des parents s’accorde mal avec l’arrivée d’un enfant. La mère n’a qu’un souhait: qu’il ait les yeux de la couleur du lac dans lequel elle s’adonne à sa passion. Elle sera exaucée. Non seulement la petite fille aura les yeux de la couleur escomptée mais elle partagera avec sa mère sa passion de l’élément aquatique. Sans doute aussi cette insoumission secrète, ce besoin de liberté, cette certitude que "la gaieté vient de la mer. Elle danse dans le mouvement des vagues. Elle se relance à leur agitation continuelle. Et même quand on ne sait pas nager, même pour qui, venu de la campagne, excursionne une journée à la mer, faire quelques pas dans l’eau, le bas du pantalon retroussé, rend joyeux". Cette joie éclabousse chaque page de ce roman construit en 49 chapitres où chaque titre résonne comme ces noms de plage qui bordent la Côte d’Azur où Jackie ira nager au soir de sa vie. De La plage de la pêcherie à La plage aux enfants, Chantal Thomas dessine une cartographie toute personnelle qui est celle de l’enfance dans cette langue si sensuelle et précise qui la caractérise.
"Souvenirs de la marée basse" est un enchantement de chaque instant. Une ode à la mer. Et à cette mère à jamais restée enfant.
couverture Souvenirs de la marée basse

Souvenirs de la marée basse - Editions du Seuil - 212 pages

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