LIRE. "Brève histoire des choses", de Jacques André Bertrand chez Julliard : de l'humour avant toute chose

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 27/06/2016 à 00H48, publié le 21/06/2015 à 18H03

Cinquante ans après George Perec, Jacques A. Bertrand qui s'est vu attribuer le Prix Vialatte, dresse un inventaire des choses bien dans sa manière. Loufoque érudit et poétique.

Jacques André Bertrand c'est un style. Reconnaissable entre mille. Une voix identifiable dès les premières lignes. "Rien ne ressemble plus à l'Homo sapiens sapiens que le savon. Leur destinée est identique, leurs carrières sont parallèles. Tous deux commencent à exhaler une certaine fraîcheur. Ils ont la peau douce. On prend plaisir à les caresser. Rapidement, ils en profitent pour se faire mousser. Ils font des bulles. Puis ils parviennent à l'âge ingrat. Mais n'anticipons pas." Depuis "Tristesse de la Balance", désopilant petit manuel d'astrologie édité à plusieurs reprises dans lequel chacun peut se reconnaître, Jacques André Bertrand a résolument  choisi l'humour et la poésie. Que ce soit pour raconter son combat contre le cancer dans "Comment j'ai mangé mon estomac"ou l'aversion largement partagée pour l'araignée ou autres joyeusetés dans  "Les sales Bêtes" .
JA Bertrand © Astrid di Crollalanza

Son dernier ouvrage "Brève histoire des choses" ne déroge pas à la règle. Du parapluie au savon en passant par le barbecue, la perceuse, l'ascenseur, la météo, la chaise, le chapeau ou le rond point, l'auteur de "Les autres, c'est rien que des sales bêtes" passe au crible de son érudition ces "choses" qui font notre quotidien et qu'après lecture de ce livre vous ne verrez plus jamais de la même manière. Le parapluie par exemple: "De beaux esprits, s'étant avisés que la baleine, vivant sous l'eau, devait être imperméable, eurent l'idée d'utiliser ses fanons pour en faire des armatures- qu'on finirait par appeler des "baleines", en prenant comme souvent la partie pour le tout". Ou encore le chapeau: "Sans couvre-chef, l'Homme n'a l'air de rien du tout. Et surtout pas d'un chef. Par ailleurs ses pensées s'échappent par le haut, comme de la vapeur d'eau. Cela nuit à la qualité de sa conversation. Davantage encore à celle de sa littérature. C'est pourquoi Paul Léautaud ne se séparait pratiquement jamais de son bonnet de nuit, ni François Mauriac de son feutre. Pindare déjà tentait de se protéger d'une couronne de lauriers. Périclès lui préférait le casque.". Vrai ou faux? Qu'importe! L'écrivain mêle anecdotes historiques et affirmations parfois sujettes à caution à seule fin de servir une démonstration aussi drôle que savoureuse. Ajoutez à cela un talent de styliste hors pair et vous aurez une petite idée de ce qui fait la spécificité de Jacques André Bertrand.
 
Récompensée par le Prix Vialatte, "Brève histoire des choses" se compose d'une vingtaine de chroniques. Souvent savantes. Toujours drôles. Poétiques aussi à la manière du final de la "Brève histoire du chapeau" qui rappelle à juste titre qu' "il vaut mieux sortit avec un livre qu'avec un parapluie. On peut d'ailleurs très bien s'abriter sous un livre. Je me souviens de m'être abrité d'une averse orageuse, tard le soir, un quinze août, sous "La pluie d'été" de Marguerite Duras aux éditions de Minuit...".
Tout est dit.

Brève histoire des choses - Jacques A. Bertrand - Julliard - 144 pages

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