Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula #118: La complainte de Paula en Abidjan

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 23/06/2017 à 20H26, publié le 21/06/2017 à 15H36
Otarie imitant un phoque 

Otarie imitant un phoque 

© http://www.pinsdaddy.com

Certes, Abidjan n'est pas l'Alaska. Mais les offres d'emploi y sont tout autant source de désillusion.

Une ONG "sauve 61 enfants victimes de pires formes de travail", titre un quotidien ivoirien dans ses pages intérieures. Moi aussi j'avais voulu les "sauver", il y a un mois de ça. J'avais pour cela lu des rapports accablants sur le travail forcé des enfants dans les communautés cacaoyères, assimilé les données, décortiqué les initiatives du gouvernement, des entreprises et de la société civile. J'avais même repéré le siège local du syndicat des entreprises du cacao. Pour ce poste de "chef de projet de lutte contre le travail forcé des enfants", j'avais tous les prérequis sauf les 5 années d'expérience dans ce domaine de la culture du cacao en Côte d'Ivoire.
 
Pas même reçu un accusé de réception de ma candidature!
 
Quelque temps plus tard, pour un "machin français" cherchant un coordinateur de projet de micro-finance, j'ai rafraîchi mes savoirs sur l'appui à l'entrepreneuriat. Cette thématique ne m’emballe pas vraiment mais je possède de bonnes bases et une expérience ici-même à Abidjan. J'ai  adapté mon CV et rédigé un brouillon de lettre. Le profil de poste ne donnait pas d'information sur le type de contrat mais je l'avais repéré sur un portail humanitaire français alors, je pouvais imaginer au moins les conditions basiques des volontaires*. En  creusant un peu plus, j'ai atterri sur un site de recrutement ivoirien et trouvé le poste pour lequel je postulais: un poste local payé entre 200 et 800 000 CFA (300 à 1200 euros).
 
Cette fois, j'ai renoncé.
 
Comme j'ai renoncé à des postes trop financiers, trop techniques, trop... loin de mes expériences.
 
Depuis 8 mois que je suis revenue en Côte d'Ivoire, j'ai postulé pour des projets liés à la drogue, à la prostitution enfantine, à l'alimentation, aux déplacés et réfugiés, à l'insertion professionnelle, à l'égalité des genres et même aux développements culturels (pas vraiment ma spécialité, et je dois bien avouer que  je n'y croyais pas vraiment). De fait, j'ai plein d'informations à jours et ciblées: une vraie banque de données. J'envoie des CV et des lettres motivées et a priori motivantes.
 
Aucun accusé de réception pour mes dossiers de candidatures!
 La pêche à l'emploi 

 La pêche à l'emploi 

© npa29.unblog.fr
Pourtant, je m'applique. J'ai une longue expérience de la pêche à l'emploi. Dans ma profession, on travaille sur projet, sur mission. Rares sont les propositions de poste, celles qui m'intéressent, qui vont au delà de 18 mois. Personne ne les prendrait au sérieux; les contextes sont trop volatiles. J'ai affûté mes techniques, mes compétences de chercheuse "en emploi". Par exemple, comme les employeurs utilisent de plus en plus des algorithmes pour leur présélection, je sélectionne les "éléments de langage" de l'annonce qui seront indispensables pour être repérée. Mais je soupçonne les algorithmes de manquer d'imagination et de botter en touche mon parcours bien peu linéaire.
 
Ma dernière déception est encore assez fraîche. Il s'agissait d'ouvrir une mission et un centre d'accueil pour des filles en "situation de prostitution". Je collais au profil à 200% et les trois entretiens que j'avais passés m'avaient paru très prometteurs. Après un mois sans nouvelles mais sans angoisse – le démarrage n'était prévu qu'en juillet, j'ai reçu un email me disant que "nous avons le regret... " et un argumentaire. Pour une fois ! Sauf que c'était cousu de fil blanc. Je les soupçonne de s'être convaincus que je ne m'engagerai pas sur la durée: je devais être en Côte d'Ivoire pour suivre mon mari, prête à les planter si celui-ci était appelé ailleurs... Le président m'avait interrogé sur la durée de mon engagement. Si j'avais  été un homme, il ne se seraient pas posé cette question.
 
Donc sans regret.
 
Alors, je me dis parfois qu’il ne me reste plus qu'à aller faire danser les ballons sur mon nez, comme le phoque dans la chanson de Beau Dommage.
 
* Il existe en France, un statut de volontaire qui n'est pas salarié mais qui n'est pas non plus bénévole: on ne reçoit pas un salaire mais des indemnités, on ne cotise pas au chômage mais on peut bénéficier de cotisations retraite sous certaines conditions. Ce n'est pas Byzance mais ça me suffit.
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