Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula #114: Ma vie en rose...

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 26/05/2017 à 20H48, publié le 24/05/2017 à 14H12
"Ma vie en rose..."

"Ma vie en rose..."

© Isaac Krouman

Paula n’a pas pris la poudre d’escampette comme le mutin Marco; elle est restée à Abidjan.

Cette semaine la vie a repris en apparence son cours normal en Côte d’Ivoire. Mais en écrivant ceci, je réalise qu'une amie m'a appris hier que le corridor sud de Bouaké était de nouveau bloqué par des militaires "mutins". Dans son sens actuel, l'adjectif "mutin" est synonyme d' "espiègle", mais en découvrant à l'instant une dépêche de l'AFP diffusée par RFI annonçant trois morts ce matin, je lui redonne son sens initial chargé de violence. De ces victimes, je déduis que les militaires "sérieux" les auraient délogés rudement. Il semble que la farce ait assez duré et que le choeur entre en scène. Espérons que la règle des trois unités de la tragédie classique sera respectée et qu'un acte suffira. 
Coup de théâtre! La farce reprend le devant de la scène avec l’annonce par le Ministre de l’Intérieur qu’il y a eu des victimes car en fait:

Certains des manifestants armés ont dégoupillé une grenade offensive, qui a explosé en leur sein

Réouverture corridor sud de Bouaké

Réouverture corridor sud de Bouaké

© Apa news (Agence presse africaine)
Il n'y a pas qu'à Manchester que sévissent les ras-du-bulbe (je leur refuse une majuscule).
 
Quelle que soit la situation, je ne ferai pas comme certains expatriés, la semaine passée, qui sont partis dormir dans un hôtel près de l'aéroport - depuis les attaques menées en 2004 contre les Français, certains de mes compatriotes deviennent décidément très émotifs dès qu'un pistolet claque. De toute façon, depuis quelques jours, je ne sors plus de l’appartement, un dos bloqué limitant mes mouvements "du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil mais pas encore du lit au lit"*. Bien que j'ai épuisé mon stock de livres de la bibliothèque, je ne suis pas en panique. Ma liseuse est riche d'une vingtaine d'ouvrages en cas de disette. Et je conserve précieusement un recueil de nouvelles d'Haruki Murakami pour les jours de désespoir.
Fétichistes guerriers ...

Fétichistes guerriers ...

© Stephan Gladieu, Le Figaro
Une amie m'informe que dans "le pays-où-il-ne-fait-pas-bon-vivre" où elle est actuellement en poste, sa partie de belote coinchée d'un dimanche récent a avorté, l'un des quatre joueurs s'étant fait enlever par des rebelles. Heureusement, il a été rapidement délivré, mais il a eu peur pour sa vie, me raconte t-elle, quand les guerriers, ayant décidé qu'il devait combattre avec eux, ont entamé des rites initiatiques de préparation à la bataille.
On ne sait si une rançon a été payée ou pas, cela ne regarde que les concernés. Payer ou ne pas payer? En théorie, verser une rançon sauve une vie mais en met potentiellement plusieurs autres en danger; dans la région des Grands Lacs, la pratique de l'enlèvement s'accentue. Mais dans la pratique? Quand un collègue humanitaire est concerné, ne remise t-on pas ses principes au placard? Dans le cour de psychologie de la négociation que je suis en ce moment, on parle de "cadrage à la perte". La certitude de sauver une vie est ressentie plus satisfaisante que l'incertitude d'en sauver plusieurs... curieuse arithmétique !
"Alors on danse!" chante Stromae. Alors on fait danser, énonce Jenny Mezile dans son spectacle "Ma vie en rose". Haïtienne installée en Côte d'Ivoire "depuis depuis", elle a récemment présenté une belle et puissante chorégraphie-catharsis dansant les pensées d'une femme ensevelie sous les décombres d'un tremblement de terre. J'ai vu ce spectacle le soir de la première journée agitée dans Abidjan. Contre l'absurdité existentielle, l'art m'est toujours consolateur.
 
*"Les vieux", Jacques Brel.

Tout Nomad's land
 

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