VIDEO. René Feret, le cinéaste de l'intime qui va manquer

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 29/04/2015 à 13H57, publié le 28/04/2015 à 22H26

René Féret disparait à 69 ans. Cinéaste discret mais déterminé, il avait construit une œuvre sensible et juste parce qu’elle s'était souvent inspirée de son histoire personnelle. Qui ressemble à la nôtre.

Il était acteur, son premier métier de cinéma, quand son père meurt. C'est pour lui un drame, après une tentative de suicide, il est interné dans établissement psychiatrique pendant plusieurs semaines. Mais c'est un drame fondateur: de cette expérience il  fait son premier film, Histoire de Paul (1975) qui montre les implacables logiques de l'enfermement d'un asile de fous. Récompensé par un prix Jean-Vigo, salué par la critique et des intellectuels dont Michel Foucault, la reconnaissance l'invite à poursuivre son envie nouvelle de réalisateur. Conscient de la fragilité des conditions de production du cinéma qu'il veut défendre, il monte sa propre structure qui produira notamment René Allio et le premier film de Robert Guédiguian.
En 1977, il tourne La communion solennelle, selection à Cannes, beau succès public, c'est un manifeste de ce qu'il veut raconter: la famille et l'intime. Le sujet intéresse peu les producteurs, quand il sont accordés, les budgets sont riquiquis, peu importe, Féret poursuit sa route et ses envies.
Trois films sur la petite vingtaine qu'il nous laisse.
Les frères Gravet (1995). Ils se retrouvent pour enterrer leur mère, ils ne se sont pas vus depuis longtemps, souvenirs, échecs, frustrations, la fratrie se redécouvre. Le film n'avait même pas trouvé de distributeur (disponible en Dvd).
Il a suffi que maman s'en aille (2006). Maman c'est celle qui vient de quitter Olivier, la soixantaine. Il rencontre Delphine bien plus jeune, que jalouse aussitôt Léa sa fille de 10 ans. Film de cœur, celui d'Olivier sur le point de lâcher, celui de l'amour. Pudeur de la relation des émotions pour ici encore interroger les liens familiaux et la vie qui passe et abime. Le cinéma de René Feret est aussi une variation autobiographique.
Comme une étoile dans la nuit (2008). Ils ont 25 ans, s'aiment tant qu'ils vont se marier. Mais il tombe gravement malade. Simple, sans pathos: comment la vie peut s'arrêter si vite, si tôt?

Quand René Feret nous avait rendu visite, en visite en 2001, c'était à l'occasion de la sortie de Rue du Retrait, l'histoire d'une petite vieille acariâtre qui se néglige mais se retrouve grâce à une rencontre. Les personnages de Féret ne sont jamais seuls, c'est l'encouragement de ce qu'il nous raconte toujours.

La planète Féret c'était aussi comme une troupe, une fidélité à des acteurs qui lui étaient fidèles. En premier lieu la famille Stévenin, père et enfants.
Il ne sera jamais trop tard pour découvrir l'intégrité romantique de ce cinéaste de l'ombre qui va nous manquer.

Le 4 avril 2001, il était sur le plateau de Des Mots de Minuit, en compagnie de l'écrivain martiniquais Raphaël Confiant.
(Réalisation: Jean-François Gauthier)

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