Le Laboratoire de lumière. Semaine 9

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/06/2014 à 17H36, publié le 18/06/2014 à 00H00
"Anjou... Feu!"

"Anjou... Feu!"

© HB

Photographe, attelé à la construction d’un « Laboratoire de Lumière »…Une manière de nommer l’atelier que je me fabrique… Je me trouve à une vingtaine de kilomètres de la ville d’Angers...

... Prés du château de Brissac pour quelques jours, c’est l’occasion de retourner dans une région que je n’ai fait que traverser et photographier au cours de nombreux reportages; cette fois, j’y suis venu pour des rencontres
« Pierre Josse dit Jojo »

« Pierre Josse dit Jojo »

© HB
Rencontres, échanges et lectures seront les fils conducteurs de mon expo en 2015.
Livres HB semaine 9 © HB
Je cherche à échanger, je suis gâté: ma première visite se fait dans un entrepôt de livres tenu par Pierre Josse; ancien instituteur avant-gardiste et militant; du type: pourquoi deux aéroports à Nantes?
«Fahrenheit n’existe pas...»

«Fahrenheit n’existe pas...»

© HB
Plus de 100 000 ouvrages, revues et magazines destinés à des collectionneurs et amateurs de belles choses sont stockées, répertoriées, emballées dans un hangar situé à quelques mètres de son habitation entourée de tilleuls odorants et de vignes.
«Stockage en partance… »

«Stockage en partance… »

© HB
"A classer..."

"A classer..."

© HB
D’autres objets sont posés dans de multiples recoins de cette  caverne pleine de trésors. Une vielle boîte de papier photo de marque Kodak attire mon attention. Tout à coup, le lieu dans lequel je me trouve prend une tout autre dimension. J’étais venu pour parler de livres et de bien d’autres choses mais il y a cette boîte jaune et rouge aux couleurs délavées par le temps.
« À chacun sa madeleine… »

« À chacun sa madeleine… »

© HB
On oublie pas une boîte comme celle-ci par hasard. Je n’ai pas cherché à ouvrir cette boîte. C’est une boîte qui contient "des support à bonheurs ou à souvenirs", une boîte à secrets non encore révélés chimiquement donc pas encore accessibles à l’œil ni à la mémoire. Seul le photographe peut encore se laisser aller à imaginer et à rêver… Entre l’instant de l’acte photographique et la découverte du résultat en laboratoire: il y a du temps, et c’est ce laps de temps entre ces deux actions qui procure parfois le maximum d’émotions. Du désir, de l’angoisse… J’en passe; je ressasse… Chaque photographe vit cette attente à sa façon. Et cela reste pour moi; même si c’est un moment "d’inaction": un formidable et intense moment du travail de photographe. Celui qui permet encore tous les rêves et des voyages extraordinaires.
Divers HB semaine 8 © HB
"Jojo" à entre-autres choses enseigné les mathématiques et les principes de la photographie ainsi que les techniques de base du laboratoire n&b à de jeunes élèves avant de devenir bouquiniste. Nous en discutons.
L’art de l’attente… L’univers de la chambre noire. L’odeur des produits chimiques (révélateur, fixateur…) Le travail avec la lumière rouge de faible intensité qui n’altère pas le papier une fois les feuilles de papier sorties de leur emballage étanche à la lumière. C’est aussi l’école de la patience. Il faut contrôler la température des différents bains, calculer des temps d’expositions pour obtenir le résultat cherché, faire des tests. Le résultat définitif ne se voit qu’après le séchage du papier. Il faut du temps.
L’attente… Savoir attendre l’image qui apparaît lentement dans le premier bain de révélateur. Il y a un temps pour la prise de vue et un temps pour obtenir et voir le résultat de son travail.
L’immédiateté du résultat existe depuis…1947 avec un système de développement rapide inventé par la société Polaroid; comme aujourd’hui avec le numérique.
Joie immédiate, déception instantanée ou l’inverse. Le doute et l’attente ont-ils perdus de leurs qualités? L’attente du résultat en photographie me permet encore de rêver mon image même après la prise de vue. L’attente me permet encore de travailler mon image. Ce temps entre le moment de la prise de vue et le développement me donne encore à réfléchir à ce que j’ai vu, entendu et photographié, d’imaginer l’après: le résultat.
Faudra-t-il faire un tirage sur un papier brillant, mat, contrasté ou doux? Ces choix et ces extrapolations de l’image ne peuvent se faire que dans l’espace temps qui sépare ces deux actions du travail de l’image. Ces choix décidés dans ce laps de temps et les expériences possibles en chambre noire peuvent radicalement modifier l’image finale.
Le laboratoire est un lieu plein de secret. Un lieu de travail fait dans l’ombre mais pour être montré en pleine lumière aux autres.
En sortant de l’atelier de Jojo, mon regard tombe sur un livre de Pierre Desproges; j’y ai lu cette phrase sur la première de couverture:
"Une chose dont je suis sûr, c’est que je doute."

LLL. Semaine 9

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