PHOTO. Journal d'un photographe, semaine 48: "Mes yeux doivent briller avant de s'éteindre."

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/03/2015 à 00H00, publié le 18/03/2015 à 00H01
S 48 1 © HB

À la dérive. J'ai tellement tout changé, tout modifié. Un projet construit depuis des mois, s'est disloqué en quelques instants. J'ai regardé le fleuve et au-delà. Il y a ce mouvement, celui de l'eau, que je ne voyais plus et que l'on appelle la vie...

... Je ne voulais plus regarder, je ne voyais plus. J'ai fabriqué des images comme on fabrique des souvenirs. J'ai regardé la lumière et me suis fait aveugler. Je ne vois plus les éléments, je ne vois plus les composants. Je parle au passé comme pour composer.
Je ne veux plus de ce temps qui passe comme synonyme de regret. Je veux que le temps soit un élément acceptable. J'ai fait plus qu'un voyage, j'ai fait une traversée, j'ai remonté le temps pour croiser un ami. J'ai croisé un regard qui me dit que je suis en vie, qu'il y aura d'autres regards et d'autres envies, que le voyage s'arrêtera un jour. Pour l'instant je n'ai pas défait mes bagages.  je vais bientôt repartir. J'ai d'autres envies; celle de croiser des sourires et des rires. Je voudrais oublier une partie de ma vie, celle qui ne me fait plus envie, celle qui ne me fait plus sourire. Je ne veux plus de miroir pour créer une image. Seulement faire face au temps qui passe. Accepter la mort, accepter la fin d'une idée, accepter la possibilité d'un renouveau. Il me faut changer quelque chose, être moins figé dans mes idées et dans des poses de circonstances. J'ai marché dans des ruelles qui n'étaient pas les miennes, je cherche des avenues pour aller à la charge, je sais qu'au bout il y aura la mort.
Peu importe, j'aurais croisé le regard d'autres combattants et parfois tenté de comprendre. Mes yeux doivent briller avant de s'éteindre. Parfois il ont été voilés, éblouis, aveuglés par trop de pensées. Je dors les yeux mi-clos par peur du noir. Je ne trouve pas le sommeil car je ne sais pas quand s'arrête le voyage, je surveille mes bagages pour être prêt au combat. Je me sens plus serein quand je change d'idée. Je me sens plus vivant. Je ne veux plus m'embarquer dans un mauvais voyage, à raconter des histoires qui ne sont pas les miennes.

J'accepterai la mort quand je me serai battu, pas avant.

LLL. Semaine 48

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