Le Laboratoire de Lumière. Semaine 22

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/09/2014 à 17H04, publié le 18/09/2014 à 12H00
semaine 22/1 © HB

Il ne m'en fallait pas plus… Juste une proposition. Juste quelque chose qui me donne envie de bouger.

La proposition m'a été faite lors d'un repas parisien. "Et si tu venais avec moi à New-York?" me propose Anja, une jeune allemande, styliste dans une grande maison de couture. D'un dîner chic à Paris il est parfois possible de se retrouver dans une rue de New-York, la nuit… C'est ainsi que cela c'est passé: un éclat de rire, un sourire complice, du kérosène… L'aventure d'une nuit parisienne complice m'a mené à sept mille kilomètres de chez moi.
Nous avions l'idée de passer une folle soirée New-Yorkaise. Anja était petite main chez Givenchy à Paris. Son amie, chez qui nous allions passer une quinzaine de jours, travaillait pour la même maison mais sur la 5ème avenue. Nous étions fin prêts: jolies robes et escarpins assortis; rouge à lèvres raccord; costume de circonstance. Le taxi, réservé pour cette folle aventure file. Soudainement, il s'arrête. L'avenue est barrée par des bandeaux jaunes. Hululements de sirènes. Le passage est interdit. L'explosion d'une conduite de gaz bloque notre descente vers l'Upper East Side. Pas moyen de sortir de cet embouteillage, et hors de question à l'époque de prendre le métro à cette heure tardive, en compagnie de deux élégantes en talons aiguille. 
Les filles s'impatientent. Nous allons être en retard à cette soirée inmanquable. Ce contretremps me coince entre deux parfums de luxe qui virent à l'aigre quand mes camarades de virée ne font plus que consulter leur montre. Je n'y tiens plus. Il se passe toujours quelque chose à New-York pour un photographe. Mais je n'ai pas de boîtier avec moi et je suis coincé dans ce taxi à mi-chemin entre l'endroit où nous allons et  l'appartement où je loge. Je décide de quitter le taxi. Ma sortie est accompagnée d'un flot d'injures: on me traite de voyeur et en allemand, d'autres noms d'oiseau que mes connaissances linguistiques et la pudeur m'empêchent de traduire. Je remonte en courant une quinzaine de blocks sous la pluie jusqu'à l'appartement; je me change: un blouson de cuir, un jean, des chaussures adaptées; je saisis un boîtier chargé d'un film haute sensibilité et je redescends en courant sous la pluie vers le lieu de l'explosion. Je ne cherche pas le scoop. Cela ne m'intéresse pas. Je veux juste faire des portraits de ces gens qui s'occupent des autres…
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Au premier barrage, je tente de négocier avec la police… Difficile… Je travaille dans la pub, je ne possède pas de carte de presse. Je fais juste une image du flic qui met sa main sur sa hanche pour me montrer sa matraque et me laisser deviner qu'il n'hésitera pas à s'en servir.
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Peu importe il y a certainement un autre moyen d'accès. Je contourne l'obstacle. Une ambulance arrive par un autre coté du bloc d'immeubles. Je discute avec le chauffeur, je lui explique que je suis photographe et qu'il me faut des images. Il me laisse monter à l'avant du véhicule. Nous passons les cordons de sécurité. Je rentre dans le périmètre pour faire des images de nuit et quelques portraits, en expliquant ma démarche de photographe.
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Il ne m'a jamais été possible d'expliquer à mes deux compagnes de fiesta ce que je voulais faire…  Elles ne me voyaient plus comme un photographe de pub, faisant parfois à l'époque quelques photos de défilés de mode. J'étais en une seconde devenu un voyeur alors que je pensais à ceux qui donnent aux autres.
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L’action des forces d’intervention terminée, il ne reste que les voyeurs près de la lumière,
au fond à gauche de l’image...
Ca valait le coup de les rencontrer et de rater une fiesta…
Faut-il tout montrer? Faut-il tout dire?

LLL. Semaine 22
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